L'Histoire en Parabole...
ou comment tirer de Gn 22 une illustration
Il était une fois...
Cela faisait près de 50 ans qu'ils avaient quitté leur pays. Leur Dieu avait pourvu de toutes sortes de manières à tous leurs besoins et même au-delà : ils étaient riches, respectés par les rois du lieu, Dieu les avait protégés sur leur route, même lorsqu'ils ont agi de façon non recommandable, de façon toute inattendue, ils ont même encore eu un fils dans leur vieillesse... pourtant, tout n'a pas toujours été facile pour eux...
Désespérant de ne pouvoir avoir ce fils, alors que Dieu leur avait promis, Mme avait, selon la coutume d'alors, mis dans les bras de son mari, sa servante Egyptienne, comme une... mère porteuse, dirions-nous aujourd'hui. Il est vrai qu'au départ Dieu n'avait pas formellement attesté qu'un enfant naîtrait encore à Sara !... Mais le fils qui naquit de cette union selon la tradition, n'était pas celui que Dieu avait promis à ce vieux couple...
A l'époque où se passe notre histoire, la servante et ce fils avaient été mis à la porte, ce qui, par contre, n'était pas du tout la coutume d'alors ! Bien que cadet, comme fils issu de l'union avec l'épouse de premier rang, Isaac était juridiquement l'aîné, donc l'héritier de son père. Tout cela se passait bien avant que l'on ne parle du papy boom... et pourtant, M. avait près de 125 ans, Mme 116 ans, mais... ils n'étaient pas encore grands-parents !... A cette époque, leur fils unique avait à peine 25 ans 1, ses parents ne lui avaient pas encore donné de femme en mariage !
Après bien des épreuves, mais aussi des joies et des promesses accomplies durant toutes ces années, voilà cette famille installée à Beer-Sheba avec tous les gens de leur clan, leurs troupeaux, et autres biens. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, pourrions-nous dire... c'est à ce moment là que Dieu fit tomber la plus rude des épreuves sur ce père, père de tous les croyants dira plus tard un certain Paul de Tarse (Rm 4.16, 18)...
Dieu tente pour affermir la foi des siens
Ici, comme ailleurs dans l'Ecriture, nous voyons comment l'homme de foi n'est pas nécessairement épargné par l'épreuve. S'il y a des difficultés qui sont des conséquences de notre péché ou de négligences, ce n'est pas toujours le cas. Le degré de foi ne se mesure pas à l'absence d'épreuve...
Comme la tempête permet de tester la solidité des fondations d'une maison, la sécheresse l'enracinement profond d'un arbre, le ban d'essai la résistance d’un moteur flambant neuf, comme le feu épure l'or ou l'argent ... ainsi Dieu met les siens à l'épreuve.
Lorsque “tout baigne”, il est relativement facile d'aimer Dieu et de se réclamer de lui... mais lorsque cela nous en coûte, c'est parfois autre chose... M. Job en savait quelque chose, M. Abraham aussi !
Mais lorsque l'épreuve est là, aussi tenace qu'une pieuvre, aussi douloureuse qu'une piqûre de scorpion, aussi persévérant qu'un bœuf labourant la terre ou pressant l'huile,... il est juste de se rappeler, que rien n'arrive sur cette terre qui n'échappe au contrôle souverain du Dieu qui pourvoit. C'est pourquoi l'apôtre Paul pouvait affirmer que : Dieu est fidèle et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Au moment de la tentation, il préparera le moyen d'en sortir pour que vous puissiez y résister (1 Co 10.13), et avant lui le psalmiste : Tu nous as éprouvés, ô Dieu, tu nous as jetés au creuset comme on fait pour l'argent... mais tu nous en as fait sortir pour nous conduire à l'abondance (Ps 66.8-12). Aussi, qui dit tentation ou épreuve, ne dit donc pas nécessairement péchés ! Jésus a été tenté, sans pécher ! Dieu ne fait pas pécher les siens (Jc 2.13-15), l'épreuve produit au contraire l'endurance et fait du croyant, un adulte solide parce que sa foi telle une ancre l'empêche de partir à la dérive (Jc 1.3-4 ; Hb 6.19).
La foi d'Abraham n'était pas du toc, c'était du vrai, du solide, encore fallait-il le voir... ! Ce test l'a montré (Jc 2.21-23). La foi d'Abraham s'est manifestée en actes d'obéissances, ce qui est la face visible de la foi. Croire en Dieu, n'a rien d'extra-ordinaire, les démons croient aussi et tremblent ! (Jc 2.19). La foi sans les œuvres, c'est-à-dire sans fruits dignes du Seigneur est comme un cadavre (Jc 2.26), elle a tout l'apparence d'un corps, mais n'est qu'un cadavre froid et sans vie, qui ne peut donc produire de fruits.
Certes, la patience, l'endurance, les renoncements, l'obéissance... ne sont pas des vertus très à la mode, à l'ère du zapping. Pourtant ce sont là des qualités que l'on est en droit d'attendre d'un adulte et de voir acquérir par les plus jeunes... heureux l'homme qui tient ferme face à l'épreuve ! (Jc 1.12).
Puisque Dieu donne avec la tentation le moyen d'en sortir, il est donc vraiment possible de tenir ferme, de sortir la tête haute de la fournaise, même si parfois l'on estime que Dieu présume de nos forces... puisque c'est Lui qui pourvoit...
Mais, me direz-vous, oh combien il est facile de parler, lorsque l'on ne va pas si mal que ca... Certes, pourtant, Abraham, Job, Paul... eux, savaient de quoi ils parlaient ...! Jésus aussi ! (Hb 4.14-16).
Dieu demande ce qui a la première place
Pour tester la confiance qu'Abraham a en Lui et en Sa parole, Dieu lui demande ce qu'il a d'irremplaçable et de plus précieux, son Fils unique, le fils de la promesse !
A un jeune homme riche Jésus avait demandé de vendre tout ce qu'il possédait (Lc 18.22). Là, l'enthousiasme se transforma vite en profonde tristesse... Chez Abraham, il en fut tout autrement....
Bien que le Père des croyants, ait vécu avant le don de la Loi à Moïse, Loi interdisant formellement les sacrifices humains (Lv 18.21 2; Dt 18.10) et qu'en ce temps les sacrifices de premier-nés3 étaient communs dans les cultes Cananéens, sacrifice passant pour le plus efficace des rites propitiatoires4, cette demande choque. Les Juifs du reste, parlent ici non du sacrifice, mais de la ligature d'Isaac 5!
Abraham sait de façon très claire :
Dieu qui ne manque pas d'imagination ayant déjà su donner un fils à une femme qui jusqu'à 90 ans avait été stérile, saura mener à bien ses projets. Mais comment ?
L'auteur de l'épître aux Hebreux dit qu'Abraham croyait en la résurrection des morts (Hb 11.17-19). C'est pourquoi Abraham a pu affirmer à ses serviteurs : le garçon et moi, nous irons jusque là-bas pour adorer Dieu, puis nous reviendrons vers vous (Gn 22.5).
L'épitre aux Hebreux propose aussi de voir dans cette histoire une parabole (Hb 11.17-19), est-ce ainsi qu'il faut entendre cette parole dite à Isaac : Mon fils, Dieu pourvoira lui-même à l'agneau pour l'holocauste (Gn 22.8a) ?
Les 3 jours de marche durent cependant être 3 jours de dur labeur pour les méninges d'Abraham. A moins que Dieu lui ait déjà révélé en ce temps ce qu'accomplirait Jésus quelques 2 200 ans plus tard (Jn 8.56)...
Interprétations allégoriques
Les pères de l'église qui affectionnaient tout particulièrement les allégories, ont vite vu dans le sacrifice d'Isaac une typologie, préfigurant le sacrifice de Jésus.
L'expression Fils unique, est utilisée par Jean comme un titre messianique, pour désigner le Christ (Jn 1.14, 18 ; 3.16, 18 ; 1 Jn 4.9).
Comme Abraham était près à donner son fils unique (Gn 22.2 ; Hb 11.17), Dieu n'a pas épargné son propre Fils (Rm 8.32). Certains font un parallèle entre les serviteurs mis à l'écart, et Jésus à Gethsémanée laissant ses disciples à l'écart (Mt 26.36). Les 3 jours de marches symboliseraient-ils les 3 jours dans le tombeau ?
L'obéissance d'Isaac qui se laisse ligoter n'est pas sans rappeler comment Jésus à été en tout obéissant à son père, comment il s'est livré volontairement. Jésus est l'agneau de Dieu (Jn 1. 29, 36, Es 53). De plus, Morija est la colline où plus tard Salomon bâtira le Temple (2 Ch 3.1). Jésus a été crucifié non loin de là.
Mais à la différence d'Isaac, Jésus est réellement mort et ressuscité. Il s'est donné volontairement, se substituant à nous. A la différence d'Abraham qui a ligoté et levé son couteau sur Isaac, Dieu n'a pas cloué son Fils sur la croix...
S'il y a allégorie ici, ce récit n'illustrerait-il pas à merveille cette parole de l'apôtre Paul : Dieu est fidèle et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Au moment de la tentation, il préparera le moyen d'en sortir pour que vous puissiez y résister (1 Co 10.13) ? Le Seigneur est Adonaï-Yireéh, c'est-à-dire : le Seigneur pourvoira. In extremis, Dieu a pourvu au sacrifice, il a honoré la foi d'Abraham.
Aujourd'hui nous en savons plus qu'Abraham sur Dieu, nous avons toute la Bible entre nos mains. Par Son Fils, Dieu nous a pleinement révélé sa volonté. En lui, Dieu a pourvu à tout ce qui nous était nécessaire quant au salut, mais aussi quant à une vie qui honore notre Père. Or, si nous avons tout pleinement en Christ (Col 2.10)... à Qui irions-nous d'autres?
En guise de conclusion
Ayons foi en Sa Parole, Parole entièrement reçue et justement interprétée grâce au secours de Celui qui a inspiré les rédacteurs choisis par Dieu : l'Esprit-Saint. Alors dans les moments difficiles, nous pourrons tenir ferme, même s'il faut souffrir, voire chanceler ou pleurer...
Car Dieu est fidèle et il ne permettra pas que nous, qui lui appartenons soyons tentés au-delà de nos forces. Au moment de la tentation, il prépare le moyen d'en sortir pour que nous puissions y résister (1 Co 10.13).
Et puis l'épreuve passée, avec le Psalmiste nous pourrons Le louer et dire : c'est grâce à lui que nous vivons il nous a gardés de la chute ! (Ps 66), et avec d'autres proclamer un retentissant : Soli Deo gloria (A Dieu seul soit la gloire) !
1 Selon Flavius Joseph Antiquités Juives I, XIII, 2.
2 Certains pensent que Molok était une divinité cananéenne, à laquelle on sacrifiait de jeunes enfants. D'autres pensent que Molok est le nom du sacrifice d'enfants lui-même.
3 La Loi de Moïse va imposer un sacrifice substitutif aux premier-nés, en souvenir de la manière dont Dieu avait préservé les premier-nés des Juifs en Egypte (Ex 13.13b-16). Il ne s'agit pas de se rendre Dieu favorable, mais de se souvenir de sa bienveillance passée.
4 Daniel ROPS, Histoire Sainte, Le peuple de la Bible, Paris, Fayard, [1943], p. 33.
5
Le Coran place le récit de la naissance d'Isaac après cet épisode du sacrifice. C'est pourquoi, beaucoup concluent qu'il s'agissait du sacrifice d'Ismael et non du sacrifice d'Isaac, bien qu'aucun nom ne soit mentionné dans le texte. Pourtant, les théologiens musulmans ne sont tous pas unanimes quant à l'agencement chronologique de ces chapitres. Le texte biblique, place ce récit après qu'Ismael ait été chassé, et met l'accent sur l'expression du fils unique, celui que le vieux père aimait tout particulièrement...