Dieu est le Dieu des vivants (Luc 20:27-38)
«Dieu est le Dieu des vivants» - voilà la réponse de Jésus à ceux qui mettent en doute la résurrection des morts, cette espérance juive et ensuite chrétienne que la mort n'a pas le dernier mot à dire, que notre vie ne se limite pas à notre existence terrestre, mais va au-delà de cette frontière redoutée qu'est la mort. Mais comment défendre cette espérance face à ceux qui la ridiculise ; comment la défendre face à nous-mêmes quand le doute veut nous l'arracher ?
«Dieu est le Dieu des vivants» - réponse surprenante pour nous qui nous attendions à une démonstration savante du bien-fondé de la résurrection. Mais il y a plus de sagesse et de profondeur dans cette réponse de Jésus qu’on imagine au premier abord.
Jésus donne cette réponse aux Sadducéens, classe riche et influente en Palestine à l'époque. La plupart d'entre eux sont des prêtres au Temple juif à Jérusalem. Loin d'être des athées, ils gardent pour autant une bonne dose de méfiance envers toute spéculation religieuse ; ils ne croient pas à l'immortalité de l'âme, ni à la résurrection des morts ou au jugement dernier. Ce sont les « modernes », les sceptiques de leur temps.
Les Saducéens s’appuient, pour ridiculiser l’espérance de la résurrection, sur une prescription de la loi de Moïse : un homme devait épouser la veuve de son frère si ce dernier meurt sans laisser d’enfant. Ils partent de ce précepte pour construire l’histoire des sept frères ayant tous, l’un après l’autre, épousé la même femme. Au jour où les morts reviendront à la vie, de qui sera-t-elle donc la femme ? Car tous les sept l’ont eue comme épouse ! (Luc 20,33). Certes, les arguments contre la résurrection ont changé. Mais la rencontre des Sadducéens avec Jésus nous montre que les doutes face à la résurrection ne sont pas l'invention de notre âge moderne ; seulement leur apparence a changé.
Dans sa réponse aux Sadducéens, Jésus se réfère lui aussi à la Loi de Moïse. Il reconnaît dans cette Loi - comme d'ailleurs dans tout l'Ancien Testament - la révélation de Dieu, son Père. Il cite le passage où Dieu se révèle à Moïse tout au début de son ministère. Dieu se présente à Moïse comme le Dieu de ses ancêtres, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob (Exode 3.6), donc des personnes qui étaient mortes depuis plusieurs centaines d'années au moment où Dieu rencontre Moïse. Et Jésus s'appuie sur ce nom que Dieu se donne pour affirmer la résurrection ; car Dieu, dit-il, est le Dieu des vivants, et non des morts ; car tous sont vivants pour lui.
Dans cet argument surprenant, Jésus résume en fait l'assurance face à la mort dont jouissait déjà le croyant sous l'ancienne alliance, avant la venue de Jésus. Cette assurance avait ses racines dans la rencontre avec le Dieu vivant. L'homme est créé à l'image du Dieu vivant (Genèse 1.27) ; il est appelé à vivre en vis-à-vis avec Dieu. Et cette dignité de l'homme implique qu'il est appelé à la vie éternelle. Même une fois le péché intervenu, l'homme garde cette aspiration à l'éternité en tant que souvenir de cette vocation. Il y a ce vide dans le cœur humain que Dieu seul sait combler.
La Bible nous rapporte les interventions de ce Dieu vivant dans l'histoire. Dieu se révèle à des hommes, il fait alliance avec eux, il se laisse connaître. Il appelle Abraham à partir de sa famille pour s'installer au pays de Canaan ; il libère le peuple juif de l'esclavage en Egypte. Avec la venue de Jésus, l'action historique de Dieu arrive à son point culminant. En Jésus, c'est Dieu fait homme. Ses actes, ses paroles nous font connaître Dieu pleinement. Sa mort nous ouvre la voie et nous fait entrer dans cette relation intime, voulue par Dieu dès l'origine, relation d'un enfant vis-à-vis de son Père. Sa résurrection, trois jours après sa mort, fait éclater la puissance vivifiante de Dieu qu'il veut désormais manifester dans la vie de tout homme. En entrant par cette porte ouverte, nous voyons Dieu à l'œuvre dans notre vie ; nous le voyons répondre à notre prière, nous conduire selon son projet de perfectionnement.
Toutes ces interventions de Dieu dans l'histoire du monde et dans notre vie sont comme les bruits qui parviennent, du monde extérieur, à un bébé dans le ventre de sa mère et qui lui indiquent que son petit monde à lui n'est pas toute la réalité, bien qu’il ne sache se représenter ce monde qui dépasse son expérience actuelle. La rencontre avec le Dieu vivant ici et maintenant est l'avant-goût, la garantie de notre communion éternelle avec Dieu. Puisque le Dieu de la vie est notre Dieu, nous avons l’espérance de vivre, même au-delà de la mort.