John Smyth, vous connaissez ?
Notre Eglise a eu l’honneur et la joie de prêter ses locaux, le samedi 18 octobre, à la Société d’Histoire et de Documentation Baptiste Française (SHDBF), qui organisait là sa conférence annuelle. Jacques Emile Blocher, président de la SHDBF, introduisait brièvement l’orateur du jour : John Stauffacher, Docteur en histoire moderne de l’Université de Strasbourg, et directeur de Institut Biblique et Pastoral Baptiste d’Algrange1, remerciant la cinquantaine d’auditeurs qui s’était déplacée pour l’événement. Bien que considéré comme le « père » du baptisme, John Smyth2 demeure pour beaucoup de baptistes un personnage inconnu. Il n’est pas issu d’une « grande famille » réputée de son temps. On sait peu de chose sur sa jeunesse. Les spécialistes situent sa naissance vers 1570. Son lieu de naissance est aussi incertain. Issu de la tradition anglicane, il est soutenu par des puritains fortunés et commence des études de théologie dans la prestigieuse université de Cambridge en 1586.
De 1600 à 1602, il est nommé à la Cathédrale de Lincoln, mais ce poste, attribué sur vote du Conseil municipal devait être renouvelé chaque année. Pour Smyth, il ne le sera qu’une fois. De cette époque, deux ouvrages nous sont parvenus de lui : un livre de sermon sur le Ps 22, The Bright Morning Star (1603), et un ouvrage sur le « Notre Père », A Pattern of Trite Prayer (1605).
De 1603 à 1606, John Smyth se livre à des activités plus « clandestines ». Un incident qui, aujourd’hui, peut nous surprendre, le conduira en 1606 à renoncer officiellement à son ordination dans l’Eglise Anglicane : il fut condamné pour avoir osé prêcher sans soutane, pour remplacer in extremis, sur demande de l’assemblée, le prédicateur du jour empêché !
De 1606 à 1607, Smyth passe dans la dissidence. Il est élu en 1606 pasteur de l’Eglise de Gainsborough, collaborant ainsi à présent avec les « puritains séparatistes » qui refusent le lien entre l’Eglise et l’Etat, alors que les puritains cherchaient à transformer l’Eglise de l’intérieur. A cette époque, il se consacre surtout à la réflexion sur la doctrine de l’Eglise : seuls les croyants sont membres de l’Eglise, pour lui, seule l’assemblée des croyants peut décider pour l’Eglise. La répression à laquelle étaient soumis les « séparatistes », conduisit Smyth et d’autres à sa suite à fuir dans un pays plus libre.
De 1607 à 1612, Smyth s’installe à Amsterdam, reçu dans une maison d’accueil pour indigents qu’avait ouverte un mennonite « large ». Ce lieu était surnommé : « le wagon des ordures » ! Durant cette période, Smyth et ceux qui l’ont suivi (Thomas Helwys et trente-six autres), se réunissent entre eux. La doctrine de Smyth se précise quant au baptême ; il assimile le pédobaptisme à l’œuvre de l’antichrist, l’eau versée sur le front au chiffre de la bête. Il s’autobaptise (geste qu’il regrettera plus tard), puis baptisera les membres de sa communauté, mais sans pratiquer l’immersion toutefois. Ce n’est qu’en 1638 que le baptême par immersion entrera en vigueur dans les premières Eglises baptistes. Smyth refuse le recours à la liturgie, aux recueils de chants. La lecture de la Bible se fait en grec et en hébreu, langue que tous les membres sont encouragés à apprendre. Il ne reconnaît que deux fonctions dans l’Eglise : celles d’ancien et de diacre. La liberté de conscience sera un autre cheval de bataille. Smyth renonce aussi peu à peu aux vues calvinistes. Pour des raisons « psychologique et de santé » nous dit John Stauffacher, Smyth va se rapprocher de plus en plus des Menonnites.
En 1608 son ami Thomas Helwys, qui l’avait suivi en Hollande, se sépare de lui, excommuniant même Smyth. Helwys retourne en Angleterre en 1612, année où il fonde la première Eglise baptiste à Londres, dans la clandestinité. Il mourra en prison.
En 1610, Smyth va s’allier aux mennonites hollandais, ce qui ne fait pas non plus l’unanimité du côté des mennonites. Dès lors cependant, son groupe se fond avec ceux-ci. La maladie emporte Smyth en 1612.
Le moment de questions qui suivait a permis d’apporter quelques compléments d’informations. Nous en livrons juste l’un ou l’autre : les cultes étaient très longs, occupant le dimanche matin et le dimanche soir ce qui facilitait l’apprentissage des textes bibliques dans leur langue originale ! Dès le départ, l’Eglise s’est souciée d’apporter un enseignement adapté aux enfants. L’administration du baptême par immersion n’était pas un sujet de préoccupation au tout début. Un très sympathique buffet joliment préparé, donna encore l’occasion d’échanges conviviaux. Merci à la SHDBF pour ces moments !
NDLR : en 1997 on estimait à environ 2 milliards le nombre de chrétiens dans le monde, répartis ainsi : - Catholiques : 1 Milliard; - Protestants : 380 Millions dont ; environ 50 millions de Baptistes toute sensibilité confondues (voir http://www.lueur.org/qui/baptchiff.html pour des statistiques)
2 Pour un résumé de la vie de Smyth lire l’article de David Boydel chez
En langue anglaise :