Dieu
Nous résumons ici líInstitut Biblique « les Fondements de la Foi n°1 », apporté par Henri Blocher à líEglise
Lecture préliminaire?: Hébreux 11. 1 à 6
Introduction?: Au commencement, Dieu?!
A la première page de la Bible, première ligne, premier mot, on lit?: «?Au commencement, Dieu?!?». Le credo ou Symbole des apôtres qui résume la foi chrétienne commence lui aussi par?: «?Je crois en Dieu?. » Cela devrait suffire à souligner líincontournable nécessité de parler de Dieu au tout début de tout exposé sur la foi. Certains chrétiens justifient cependant bibliquement leur souci de commencer par parler de Jésus. Ils font remarquer que dans les discours du livre des Actes, les apôtres parlent surtout de Jésus et non de Dieu. Mais on peut aisément comprendre que lorsque les apôtres síadressent à des Juifs instruits dans les Ecritures, ils peuvent díemblée parler de la mission de Jésus-Christ et du salut opéré par lui. Mais lorsque les apôtres síadressent aux païens, ils commencent bien par la doctrine de Dieu (Actes 14 et 17). Díautres négligent la «?doctrine de Dieu?» disant que ce qui compte níest pas de croire que Dieu existe ou quíil existe un Dieu. Après tout, plus de 60 % de nos concitoyens français consultés par sondage sont prêts à dire quíil y a un Dieu?: ce qui compte donc, cíest de savoir quíIl est et comment être réconcilié avec Lui. Cíest une pensée juste, mais síil níy avait pas de Dieu, tout le reste síécroulerait dans une poussière de non-sens.
1.Le sens de Dieu
1.1 Le sens du mot
Cíest seulement récemment, en Occident que certains ont nié líexistence de Dieu. Dans toutes les nations, toutes les ethnies, toutes les races, toutes les époques, líimmense majorité des humains a cru quíexistaient un ou des dieux. Dans toutes les langues, il existe un mot que líon traduirait en français par?: Dieu.
1.2 Les quatre éléments caractéristiques du divin
Quels sont les traits qui sont associés à la notion de «?dieu?» lorsque líhomme utilise ce mot??
1er élément : la puissance (comme líéclair dans le ciel)
En langue hébraïque, le mot «?El?» est un des mots pour dieu. Il signifie couramment la force (ex.? Gn?31.29). Il y a peut-être un jeu de mot recherché par Habaquq lorsquíil dit du Babylonien?: «?Sa force, voilà son dieu?»?(Ha?1.11)
2ème élément?: líéternité (comme le symbole infini en mathématiques)
Cíest la puissance de résister à líennemi suprême de líhumanité, devant lequel líhomme se sent si faible, et se trouve finalement toujours vaincu?: la mort. Les dieux sont les immortels. Cíest donc une puissance de victoire sur le temps, une souveraineté sur le temps qui caractérise aussi la divinité. Elle est liée à líéternité.
3ème élément?: le mystère? (comme deux flècles)
La divinité a quelque chose díinvisible, elle échappe à la prise des humains, elle attire et repousse, elle fascine et fait trembler. Il y a là un double mystère devant lequel on frissonne, qui suscite la crainte et même la terreur, mais qui revient toujours comme líobjet díun désir profond. On retrouve ces deux traits associés à la notion biblique de Dieu?:
Cette dualité qui, dans les représentations humaines, marque le sacré et la divinité en général, est aussi reprise pour la notion biblique de Dieu.
4ème élément?: la cause, ou la source
Cíest un trait moins universel, mais en général, les dieux sont considérés aussi comme à líorigine de la réalité telle que nous líéprouvons. Malgré la tendance populaire à multiplier les dieux, la réflexion a poussé les gens les plus sensibles, qui prenaient le temps de méditer, vers la pensée de líunité de la divinité, líunité de Dieu. Il est significatif que nulle part en dehors de la Bible on níy est arrivé de manière pure et complète. En général les religions ordinaires des humains ont été polythéistes. Il y a cependant chez les sages, une reconnaissance que líidée de Dieu tend vers la pensée de líunique. Cela est fermement associé à líaffirmation biblique de Dieu. La grande confession de foi donnée à Israël?: «?Ecoute Israël, líEternel notre Dieu, líEternel est un?» (Dt?6.4), est líaffirmation de líunité et de líunicité de Dieu.
1.3 Les traits caractéristiques du Dieu Unique
Lorsque líon reconnaît líunicité divine, ou que líon tend vers elle, plusieurs traits caractéristiques méritent díêtre mis en relief?:
Líinfinie supériorité et/ou intériorité de ce Dieu?:
Dieu est le Très Haut. Cíest ce quíexprime aussi la très belle formule en Islam?: Allah est plus grand, Allah akhbar. Cette suprême élévation caractérise un dieu digne de ce nom. «?Dieu est celui dont on ne peut pas concevoir de plus grand?» selon la définition de Saint Anselme de Canterbury, líun des plus grands penseurs au Moyen Age. Cíest au-delà de tout ce que nous pouvons cerner. Le titre de Seigneur parle de cette grandeur si caractéristique de la notion biblique de Dieu. Dieu nous dépasse, il est le Souverain sous lequel nous sommes placés. Mais ce Dieu qui nous est infiniment supérieur nous est aussi infiniment intérieur. En toute réalité, il est là. Il est le secret ultime de líexistence de quoi que ce soit. Saint Augustin disait?: «?Il est plus élevé que la plus haute cime de moi-même et il míest plus intérieur que le plus intime de moi-même?».
La toute suffisance, la plénitude, líabsoluité?:
Le mot «?absolu?» veut dire dé-lié, indépendant, qui ne dépend de rien díautre que de lui-même. Dieu se suffit pleinement à lui-même. Síil avait un besoin en dehors de lui-même, il serait lié par ce besoin?! Die u nía pas besoin de nous. Au Psaume 50, Dieu détrompe les Israélites qui croyaient quíIl avait besoin des sacrifices. Dans Actes 17, Paul dit clairement que Dieu nía besoin de rien, quíIl níest pas servi par des mains humaines. Si líon peut dire que Dieu a besoin de nous cíest dans un sens second, par amour, comme des parents ont besoin de líaide que des tout-petits leur donnent. Cíest un besoin díamour, mais Dieu en lui-même nía besoin de rien ni de personne, Il est absolu, tout est de lui, par lui et pour lui.
Le maximum de valeur?:
Il est digne de recevoir toute la louange, líadoration (le prosternement du plus profond de líêtre). Il est le bien. Cíest ce que Jésus a répondu au jeune homme riche?: un seul est bon. (Mt?19.17). Toutes les valeurs que nous pouvons apprécier atteignent leur degré suprême en Lui. Or dans les religions païennes polythéistes, cíest loin díêtre le cas. Cíest un des traits les plus défigurés. Certains hommes méprisent et haïssent leur dieu dans leur religion. Cela montre leur degré díignorance du vrai Dieu.
Ainsi, nous voyons que le sens díun tel Dieu est fort répandu dans líhumanité. «?Ce sens est implanté par le Créateur dans le cœur humain?», affirmait Calvin qui parlait de «?sens de la divinité chez tout homme.?» Cela peut prendre des formes très diverses?: intellectuelle, plus affective... Ce sens existe aussi chez líathée?: il faut un certain sens de Dieu pour le refuser, pour nier, pour dire?: «?Ce que mon intelligence me propose est un leurre, une illusion que je dois combattre?». Mais le sens est là, la notion de Dieu níest pas radicalement absente. Or aujourdíhui, il y a une telle indigence de vie spirituelle, intellectuelle, une telle déculturation, un tel abrutissement par les divertissements de toutes sortes que les gens peuvent avoir líimpression quíils níont aucun sens de Dieu.
2. Dieu est
Ce sens de Dieu ne suffit cependant pas pour affirmer que Dieu est. Ce sens peut être récusé par les athées ou dévoyé comme la Bible le dénonce à propos de líidolâtrie, qui est le report du sens de Dieu sur les créatures (Romains 1). Il faut donc montrer comment líaffirmation que «?Dieu est?» est vraie et síapplique à un être réel.
2.1 Líaffirmation biblique
Líaffirmation sur líêtre de Dieu est líune des grandes affirmations de la Bible. Lorsque Dieu se révèle plus particulièrement à Moïse, il lui révèle son nom comme «?Je suis?» (on prononçait sans doute ce mot?: Yahvé). Nos Bibles les plus courantes ont rendu ce terme par?«?líEternel?». Les traditions juive et chrétienne líont plutôt rendu par «?le Seigneur?». Cíest une paraphrase de ce nom que Dieu donne à Moïse. «?Je suis?» met líaccent sur son être, par contraste avec les dieux des nations qui ne sont pas (Ga?4.9). Comment en donner preuve?? La vérification se fait díune manière tout à fait particulière, non que la preuve soit trop restreinte, mais au contraire parce quíelle est tellement abondante, tellement englobante, quíon ne sait où commencer. Cíest líexistence de Dieu qui seule donne sens au reste. Le psaume 36 emploie líexemple de la lumière (36.10). On ne peut prétendre voir Dieu à partir díun autre éclairage?: il est la lumière. Ceux qui nient Dieu sont comme des solipsistes,?ces philosophes qui prétendent que le monde níexiste pas?!
2.2 Les lignes de forces
Mais il existe des lignes de forces de ce témoignage qui nous englobe et nous aide à saisir que Dieu est.
Les exigences díune certaine causalité.
Notre univers et son ordre, les traces díintelligence, líincroyable agencement de ce monde que nous sommes capables díapprécier constituent un premier témoignage. Cíest ce que Voltaire lui-même disait?: «?Líunivers míembarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et níait point díhorloger.?» Il y a une telle manifestation díintelligence constructive dans les rouages díune montre quíon se dit quíelle est le produit díune intelligence?: il en va de même avec le monde.
Autre témoignage absolument extraordinaire?: que líhomme réussisse par líintelligence à concevoir des schémas, juste par la pensée, indépendamment de son expérience, et que ceux-ci síaccordent avec ce que líon trouve dans le monde. Cíest ainsi que la science progresse. Indépendamment de son expérience des ordonnances du monde visible, líhomme conçoit des choses par sa seule intelligence, et cela fonctionne?! Cíest un témoignage de dépendance à líégard díune origine intelligente, supérieure.
La correspondance avec le dépassement humain du monde.
Líhomme a le sens du bien, du vrai, de líéternité. Or cela lui fait dépasser le monde?: ce níest pas dans le monde quíil trouve ces réalités. LíEcclésiaste affirme?: «?Dieu a mis líéternité dans leur cœur.?» (Ec?3.11) Líhomme síélève au-dessus du monde, il est en rapport avec un Dieu au-dessus du monde. Descartes a vu cela lorsquíil interroge?: líidée de perfection est dans mon esprit, mais díoù peut-elle venir?? elle ne peut pas venir de moi, je ne suis pas parfait?; elle ne peut pas venir du monde, il níest pas parfait.
Les manifestations spéciales de Dieu dans líhistoire
Dieu nous fait lui-même signe pour que nous le discernions. Ce níest pas ici le rapport qui existe habituellement entre lui et le monde?: un signe est un acte particulier de Dieu qui renvoie à lui. Ces signes sont?: (1) les miracles (appelés «?signes?» dans la Bible)?; (2) les prophéties, qui sont miraculeuses lorsquíelles disent longtemps à líavance ce qui va arriver?; (3) les concordances dans les séries díévénements qui échappent à tout calcul de probabilité?; (4) la personne et líoeuvre de Jésus. Cíest de cette dernière manière que Dieu, sans doute, démontre le plus clairement sa manifestation spéciale dans líhistoire?: par ce quíest Jésus, par sa beauté, ainsi que par ses œuvres et sa résurrection.
2.3 Líexpérience mystique
Mais que dire de líexpérience que líon appelle parfois mystique, une expérience immédiate de Dieu?? Elle peut avoir des formes plus ou moins extraordinaires. Mais quíen penser?? Díabord, elle est une réalité. La Bible nous parle díavoir «?goûté que le Seigneur est bon?» (1 Pi 2?:3). Cíest une réalité par líœuvre de líEsprit en nous, nous pouvons donc en parler. Ensuite, ce langage attirera beaucoup de nos contemporains. Les preuves classiques que nous avons vues précédemment ne les touchent pas beaucoup. Mais si on leur présente une preuve expérimentale un peu mystérieuse, ils seront intéressés, et nous pouvons donc líutiliser jusquíà un certain point, en faisant toutefois attention au troisième point. Les dérapages sont faciles?: ce níest pas líintensité de líexpérience qui la valide et marque sa vérité. Des expériences intenses peuvent se vivre avec les drogues, avec les démons?! Líexpérience ne valide donc pas la vérité, mais associée à tout le reste, elle peut être évoquée et nous servir de confirmation intime dans la certitude de la foi.
3. La description que líon peut faire de Dieu?:
3.1 La distinction entre Dieu et le monde.
La plus grande tentation níest pas líathéisme, parce que Dieu se montre de si multiples façons et quíil existe en líhomme un sens de Dieu. La plus grande tentation est le panthéisme, líidée que Dieu est la profondeur du monde ou le tout du monde. La Bible établit clairement la distinction entre Dieu et le monde. Cette distinction fait aussi que líhomme, en communion avec Dieu par création, ne tombe pas sous líesclavage des éléments du monde, et ceci même si cette communion est altérée par son péché. Cíest parce que Dieu est supérieur et distinct du monde que líhomme níest pas un simple rouage de la machine du monde.
3.2 Ce Dieu infini est personnel.
Dieu se révèle dans la Bible comme un Dieu personnel. Cíest un visage, un triple visage qui se révèle par Jésus-Christ. Le caractère personnel de Dieu est la révélation plus particulière que nous fait la Bible. Cíest parce que Dieu est personnel que la personne est le sommet dans la création même.
3.3 Ce Dieu personnel et infini est bonté.
La bonté pure et mystérieuse de Dieu est la plus haute valeur, que les païens níont pas connue. En Dieu, la sainteté, la justice et líamour sont un. Cíest pourquoi nous sommes appelés, nous aussi, à un culte qui corresponde à la loi morale, cíest-à-dire à líexpression de sa justice et de sa bonté. Cíest un tel Dieu qui permet quíil y ait Bonne Nouvelle, qui rend possible líEvangile.