Roger Williams vous connaissez ?
Résumé d’Institut Biblique : nos ancêtres... les Baptistes
![]() La première Eglise Baptiste des Etats Unis d’Amérique |
Si à la première Eglise Baptiste sont associés le nom de John Smyth, Amsterdam et l’an 1611, à la première Eglise Baptiste en Grande-Bretagne le nom de Thomas Elwys, Londres et l’an 1612, on rattache la figure de Roger Williams à la première Eglise Baptiste des Etats-Unis d’Amérique qui s’établit à Providence en l’an 1639 ! |
Roger Williams : sa famille et son temps
On sait peu de chose sur son enfance, mais tout de même plus que sur l’enfance de John Smyth. Roger William est probablement né à Londres en 1603 (ou 1604). Son père était tailleur. C’était un homme simple, d’une piété sans raffinement doctrinal particulier : « Il faut croire comme l’Eglise dit qu’il faut croire ! » La famille Williams habitait près de la prison de Newgate, près de la place Smithfied, où beaucoup d’hérétiques subirent de violents supplices.
En 1603 Jacques Ier accède au pouvoir en Angleterre. C’est un roi imbu des principes absolutistes du droit divin. Sous son règne, puritains et dissidents sont persécutés.
Beaucoup vont émigrer en Hollande et jusque dans le Nouveau Monde (cf l’épopée du MayFlower, la fondation de New Plymouth en 1620).
Son fils Charles Ier lui succède en 1629, inaugurant onze années de « tyrannie ». Une deuxième vague d’émigration commence en 1630, les villes de Salem puis de Boston sont fondées. En 1649 Charles Ier est décapité, Olivier Cromwell institue une république parlementaire. Il est en faveur de la liberté de conscience de tous les Protestants.
La mère de Roger Williams est rattachée à une famille de la petite bourgeoisie de l’époque, les Pemberton. C’est sans doute à la faveur de cette relation que le jeune Roger entrera comme secrétaire sténographe dans la Star Chamber, c’est-à-dire la Haute Cour de Justice du Royaume et y côtoiera les grands du monde d’alors. Sir Edward Coke, juriste acquis aux idées libérales, le remarque alors, et lui permet de poursuivre des études de droit au collège Pembroke à Cambridge. Mais celui dont il rêvait de faire un éminent juriste lui dit un jour de l’an 1626 son désir de devenir plutôt... pasteur ! Déception...
Roger Williams : pasteur puritain
Roger Williams finit ses études de théologie sans peine, c’est un étudiant brillant. A 25 ans, il devient « chapelain » de l’Eglise anglicane à Otes. Farelly le décrit comme un homme pieux, accompagné d’une pensée réfléchie, ardente, curieuse, chargée pourtant de partis pris puissants, de principes axiomatiques, qu’il fallait accepter en acceptant l’homme1.
Son mariage avec Mary mettra pour quelque temps un frein à ses discussions passionnées autour du sujet qui préoccupe les politiques d’alors : la liberté, la non-ingérence du Roi dans les affaires ecclésiastiques. Mais bien vite la teneur de ses sermons parvient jusqu’aux autorités. On a beau lui conseiller de mettre une sourdine à ses propos imprudents... rien n’y fait.
C’est alors que l’on apprend qu’un bateau vient d’arriver d‘Amérique. La communauté puritaine de Salem cherche un pasteur... Mais fuir, lui ? Jamais ! On l’avertit qu’il va être convoqué devant le Conseil du Roi... il lui faut donc partir.
Roger Williams : pasteur en Nouvelle-Angleterre
Boston
Le 1er décembre 1630 il embarque avec Mary sur le Lyon qui va mettre le cap sur Boston. Ils accosteront le 5 février 1631.
A l’arrivé à Boston, le choc est grand : cela ne fait qu’un an que les Colons puritains se sont établis, et ils vivent dans des conditions très difficiles. Mais ce qui bouleversera bien plus encore Roger Williams, parti pour ne plus servir sous l’autorité du Roi, sera le modèle genevois de gouvernance qu’il découvre mis en place à Boston ; l’Eglise élit ses pasteurs, mais aussi ses ministres. C’est encore l’Eglise d’Etat !
Salem
A la mi-avril 1631, Roger et Mary se mettent en route pour Salem. Installé là pour seconder le pasteur Skelton, Roger Williams refuse le salaire de l’Eglise et gagne son pain en faisant du commerce avec les Indiens.
Une Assemblée Générale des Eglises du Massachusetts, sous la pression des gens de Boston, remet à l’ordre du jour un gouvernement civil élu par les seuls membres de l’Eglise. Salem doit se soumettre à ces décisions.
Plymouth
Cette décision incompatible avec les idées de Williams le conduit à s’installer en 1632 à Plymouth, ville hors de la juridiction de Boston. C’est à Plymouth que s’étaient installés les premiers colons, des Pèlerins de Plymouth sans liens directs avec l’Eglise Anglicane. Roger Williams devient là l’assistant du pasteur Smith et, résolu à rester indépendant financièrement, gagne sa vie comme fermier avant de reprendre le commerce avec les Indiens.
Williams apprendra les langues des Indiens, saura les apprécier, les respecter, être juste dans le commerce avec eux.
Cela lui permettra de dialoguer sereinement avec eux, le jour où le chef du tepee de Massasoit le recevra froidement, faisant remarquer que la « religion d’amour » dont parlent les « blancs » sonne faux : comment aimer et leur voler leurs terres ?
Roger William se met dès lors à prêcher aux colons d’acheter les terres aux Indiens. Ce qui ne sera pas du goût des colons...
A la fin de l’année 1633, les autorités civiles et religieuses de Plymouth bannissent un homme de la ville pour crime d’hérésie. C’en est trop pour Roger Williams...
Salem
Aubaine : l’Eglise de Salem rappelle Roger Williams à son service. Quelques semaines avant de repartir à Salem, une petite Mary nait dans le foyer de Roger et de Mary. Mais en décembre 1633, le conseil de la ville avertit solennellement le pasteur qu’il vient de faire revenir, et lui demande de taire ses convictions politiques. à Salem, les autorités civiles s’ingèrent dans les affaires religieuses !
Les choses qui suivent seront assez houleuses. La juridiction civile de Boston fait intervenir Rev John Cotton, théologien fort érudit formé à Cambridge, pour ramener Williams à la raison ! Les « joutes théologiques » ont beau être « musclées », c’est peine perdue. Le « fou divin qui a un moulin-à-vent dans sa cervelle »2, comme le surnommait Thomas Hooker affirmera encore plus énergiquement ses vues !
Roger Williams : homme banni mais non vaincu !
En août 1635, averti du projet de bannissement qui court, écœuré et las, Roger Williams prend librement les devants : il démissionne de son poste de pasteur, mais donne aussi sa démission de toute Eglise chrétienne de ce côté de l’At-lantique ! Il reste sur sa ferme, qui du reste prospère, comme ses affaires avec les Indiens.
Le jeudi 18 octobre 1635, il est condamné au bannissement. On lui donne six semaines pour quitter la colonie. Roger est malade, et Mary doit donner naissance à leur seconde fille « Freeborn » dans quelques semaines. L’hiver est à leur porte. Pétitions et interventions diverses permettent de repousser l’exécution de la sentence au printemps.
Durant cette période, nombreux sont ceux qui viennent discuter avec Williams de sa vision du monde. La politique n’intéresse pas le pasteur, mais au fil des discussions John Throckmorton et Richard Waterman le poussent à créer une nouvelle colonie.
Des bruits viennent aux oreilles des autorités de Boston. En janvier 1636, le maréchal de Boston ordonne à Williams de se rendre de Salem à Boston, où il sera embarqué de force pour l’Angleterre. Williams étant bien affaibli par la maladie, les gens de Salem demandent une assistance. Le Gouverneur envoie donc 15 personnes s’emparer de force du « pestiféré ». Arrivés chez les Williams, ils apprennent que l’homme recherché n’est plus là ! Son ami, l’ex-gouverneur John Winthrop l’a averti de ce qui se tramait...
Roger Williams : l’homme politique
C’est en plein hiver, malade, que Williams commence ses 14 semaines de marche dans le désert, jusqu’au moment où il arrivera à Seekong, chez les Wampanoags, dont Massasoit son ami est chef. Celui-ci lui donnera une terre, sans vouloir entendre parler de prix. Bientôt quatre hommes le rejoignent : John Smith, menuisier à Dorchester et banni de cette ville ; William Harris, Joshua Votin, Cordier. Ils se mettent à travailler dur, défrichent. Arrive une lettre du gouverneur Winslow de Plymouth : il ne veut pas de mal à Roger Williams, mais ne souhaite pas s’attirer d’ennuis avec Boston. Williams s’est installé sur une terre que la charte royale situe sous l’autorité de Plymouth. Second bannissement.
Roger Williams s’installe à Providence
Nous sommes en 1636. Williams et ses compagnons partent de l’autre côté de la rive, mais les terres appartiennent à une autre tribu. Les bonnes relations et l’estime mutuelle contribueront à l’achat de terres riches, formant une presqu’île entre les rivières Moshassuck et Woonquatucket. Quel cadeau de la Providence ! Le nom du lieu est trouvé : Providence.
En 1638, les douze comparses signent le premier pacte démocratique qui ne les engage qu’en tant que membres de la communauté civile sur des questions civiles. Tel est leur « pacte » :
Nous, dont les noms sont ci-dessous inscrits, résolus de nous établir en ville de Providence, promettons de nous soumettre en obéissance paisible et active, à toutes les ordonnances et dispositions qui seront décrétées, avec l’approbation de la majorité des habitants présents, chefs de famille, unis pour constituer cette ville, et de tous autres qu’ils admettront dans la suite, dans l’intérêt général et pour le bon ordre public, et uniquement dans le domaine civil. »
Les Anabaptistes et Baptistes anglais s’étaient déjà constitués en Eglises libres, séparées de l’Etat, mais vivaient dans l’illégalité. Avec Williams, à Providence, la liberté de culte est constitutionnelle ! C’est là que naît la légalisation de la pratique.
Le pacte comprend comme clause d’accueillir à Providence tous ceux qui chercheront refuge pour avoir dû fuir l’intolérance religieuse. Plusieurs Baptises viennent trouver refuge. William est frappé par leur piété. Il étudie le christianisme des débuts, est convaincu que le baptême des croyants par immersion est celui qui doit être pratiqué. Son ami Ezéchiel Holliman arrive aux mêmes conclusions. Ezéchiel baptise Roger, qui baptise Ezéchiel. Puis, avec les dix autres baptisés, ils se constituent en Eglise. La première Eglise Baptiste en Amérique vient de naître. On est en 1639. Quelque temps plus tard, Williams quittera l’Eglise pour ne plus être membre d’aucune, tout en restant attaché au Christ. Il se qualifiera alors lui-même de seeker, d’éternel chercheur.
En 1652, il prendra la défense de John Clarke, responsable de l’Eglise Baptiste qui naîtra à Newport, dont l’unique crime a été d’avoir visité un vieillard baptiste à Lynn, et d’avoir prié avec lui sous son toit !
En 1643, la colonie prend le nom de Rhode Island, nom d’une des îles appartenant à ce territoire qui a prospéré et qui comprend trois autres villes : Warwick, Portsmouth et Newport, soit 26.000 personnes.
En 1644, à l’âge de 40 ans, Williams retourne en Angleterre pendant trois ans. Il vit des cours d’hébreux, de grec, de latin, de français et de Hollandais qu’il donne. A la faveur de la guerre, le pouvoir étant affaibli, ses amis parviennent à le mettre au bénéfice d’une charte royale rendant légales les frontières de la colonie, et légal son gouvernement démocratique.
Cette année-là, à Londres, Roger Williams fait publier un ouvrage, The Bloudy Tenent of Persecution, for Cause of Conscience3, dans lequel il justifie son rejet de toute persécution religieuse et fonde bibliquement son approche. Il s’agit d’un véritable traité théologique de 425 pages à l’époque4.
Lors de son second séjour à Londres, en 1652, il fera publier un deuxième ouvrage sur le même sujet: The Bloody Tenent yet more Bloody. John Cotton lui répondra avec flamme.
Sa famille s’est agrandie, il a maintenant six enfants : Mary, Freeborn, Providence, Mercy, Daniel, Joseph. à Rhode Island, son activité sera surtout politique. Ne pas avoir pu éviter les événements sanglants avec les Indiens l’affectera beaucoup.
Il meurt à Providence en 1684, à 80 ans passés.
Quelques réflexions sur les relations Eglise Etat
Pour Cotton, à la suite de Calvin, le champ de la parabole de l’ivraie (Mt 13.24-30) représente l’Eglise, où bons et méchants cohabitent. Mais Paul (Ep 5.26) ne veut-il pas une Eglise sainte ?
Qui doit faire justice ? Pour Calvin et Cotton, ce sont les rois, « tuteurs ou gardiens de l’état de l’Eglise », qui doivent sauvegarder le « service extérieur de Dieu ». Leur responsabilité s’étend aux deux tables de la Loi (Calvin, Institution Chrétienne, IV, 20, 6). Les magistrats sont établis par Dieu pour faire régner l’ordre par le pouvoir du glaive, y compris contre les hérétiques et les insoumis. On rapporte qu’à Boston, plusieurs ont été mis au pilori pour avoir transgressé le sabbat
Roger Williams rétorque que le champ est le monde et non l’Eglise ! C’est ainsi que Jésus explique l’image (Mt 13.36-43). Celui qui jugera, à la fin, est le divin moissonneur ! Si l’Etat devait mettre au pilori tous les hérétiques de la terre, il y aurait des millions de condamnés à mort. Or qu’ôtent les hérétiques à la puissance de l’Evangile ? Bien plus, même un persécuteur peut demain devenir un puissant instrument de salut entre les mains de Dieu, à l’image de Paul !
L’Etat est là pour garantir la liberté à tous de se tourner vers le Christ (1 Tim 2.2-4). Même si ce n’est pas l’objet premier de son propos, dans sa réponse aux Pharisiens qui lui tendait un piège Jésus ne montre-t-il pas que le croyant doit distinguer son appartenance socio-politique de ses pratiques cultuelles (Mt 22.21) ?
Les armes de l’Eglise doivent correspondre à son combat : pour l’avancement du Royaume de Dieu, les seuls moyens légitimes sont des armes spirituelles (2 Co 10.3-6). Seule la Parole, par l’Esprit, peut changer un cœur ! C’est le Seigneur lui-même qui viendra juger les hommes (Ap 21.1-22.5) et règnera. La Nouvelle Jérusalem n’est pas de cet ancien monde, elle n’est ni à Genève, ni à Boston, ni même à Providence : c’est une réalité des nouveaux cieux et de la nouvelle terre (Ga 4.26).
Le gouvernement théocratique tel que la Loi de Moïse le présente ne peut plus se vivre sous la Nouvelle Alliance. Au temps du Nouveau Testament, les Chrétiens étaient assimilés par les Empereurs païens à une « troisième race d’hommes », ni Juifs ni païens soumis aux dieux de leur contrée. Ils se propageaient partout dans le monde, indépendamment de la piété du Roi !
Jean Baubérot voit en France deux seuils de la « laïcité à la Française », tout en s’interrogeant sur l’intérêt qu’il pourrait y avoir aujourd’hui à définir un nouveau « pacte laïc » :
En conservant à l’Alsace et à la Lorraine les privilèges concordataires, l’Etat continue de payer les ministres du culte qu’elle reconnaît, et délivre des diplômes d’Etat en Théologie Catholique et Protestante. En encourageant la communauté muslmane à élire une représentation nationale pour servir de vis-à-vis à l’Etat, le gouvernement s’est ingéré dans le religieux. La question du voile islamique à l’école suscite bien des débats aujourd’hui en France. Quel est le véritable enjeu de la question ? Quels « vieux démons » a-t-on réveillés ?
Pour motif de conscience, les Témoins de Jéhovah refusent toute transfusion sanguine. Pour la même raison, les Mennonites refusent de porter les armes. Si pour des mesures d’économies et de redressement de la sécurité sociale, un état voulait un jour imposer l’avortement à toutes les femmes enceintes d’un enfant présentant des risques d’handicaps, que dirions-nous ?
Le sujet n’a été qu’effleuré, d’autres occasions seront données de parler de ce sujet, si sensible pour ne pas dire épidermique pour notre tradition franco-française !
1 Robert FARELLY, Roger Williams, pionnier de la liberté de conscience, Les Carnets de Croire &Servir, 95.96.97, Paris, 1989, p.20.
2 Robert FARELLY, Roger Williams, pionnier de la liberté de conscience, Les Carnets de Croire &Servir, 95.96.97, Paris, 1989, p.84, &60
3 WILLIAMS Roger, The Bloudy Tenant of Persecution for Cause of Conscience, Hardcover, Reprint, 2002, 283p.
4 BUCHHOLD Jacques, « Roger Williams » Lien Fraternel (AEEB) n° 75 / 01 et 02, janvier et février 1999
Petite bibliographie :