Les fondements de la Foi (4) : Jésus, notre Sauveur
Nous restons au cœur de la foi en considérant le rôle que Jésus-Christ joue pour nous : Jésus notre Sauveur. Sa personne-même a été constituée en vue de la mission qu'il a reçue : " Le Fils de l'homme est venu pour chercher et sauver ceux qui étaient perdus " (Lc 19 :10). Le nom qu'il porte, " Jésus ", a été expliqué par l'ange : " C'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés " (Mt 1 :21). Le mot " Jésus " vient de la racine " sauver " en hébreu. Par conséquent, dès que nous disons le nom de Jésus, nous évoquons son rôle de Sauveur. C'est aussi à cause du salut qu'il y a bonne nouvelle pour nous, qu'il y a un Evangile, sans quoi nous serions complètement écrasés par une révélation qui serait vraie, mais qui serait pour nous la révélation d'une destinée entièrement négative.
Dans l'Ancien Testament, Dieu avait établi au sein de son peuple trois offices, qui étaient marqués par une onction. Pour chacune de ces fonctions, on répandait de l'huile sur la tête des titulaires en symbole de leur consécration à Dieu et de leur qualification par Dieu. L'huile représentait sans doute le Saint-Esprit, qui rendait capables ceux qui avaient reçu l'onction d'accomplir leur tâche. Le mot " Messie " signifie " oint ".
Ces trois offices sont :
I - PROPHETE ET VERBE : JESUS NOUS SAUVE DE L'IGNORANCE ET DE L'AVEUGLEMENT
La première dimension de notre perdition, ce sont les ténèbres qui nous enveloppent. Nous sommes perdus, dans le sens que nous ne voyons pas quel chemin nous devrions prendre. Nous ne voyons pas sur quels obstacles nous allons buter et nous faire mal. Nous sommes perdus dans la désorientation. Pire, nous sommes trompés par le mensonge, qui ne cesse d'occuper notre esprit et de tordre les perspectives. Il y a également notre aveuglement, notre incapacité à voir la lumière qui dans la création de Dieu brille encore, en dépit des mensonges de l'adversaire. Nous sommes aveugles et c'est une première dimension de notre misère.
«Nous espérions la lumière et voici les ténèbres, la clarté et nous marchons dans l'obscurité, nous tâtonnons comme des aveugles le long d'un mur, nous tâtonnons comme ceux qui n'ont pas leurs yeux.» (Esaïe 59 : 9)
" Le Seigneur m'a donné l'onction "
Comme remède à cette perdition-là, Jésus nous est envoyé comme prophète. Jésus a été oint comme prophète. Dans la synagogue de son enfance, il s'est appliqué le passage du prophète Esaïe 61 : " L'Esprit du Seigneur est sur moi, il m'a oint pour apporter le message ". Après la lecture, il a ajouté : " Aujourd'hui, ces choses-là s'accomplissent. " (Luc 4 :21) Il s'est présenté comme prophète, et il a été, en général, reconnu comme tel par les foules. Les signes de miracles qui ont accompagné sa prédication sont comme des preuves annexes, des témoignages, qui attestent qu'il était un vrai prophète.
Jésus, nouveau Moïse
En fait, il est le prophète. Moïse avait annoncé que Dieu susciterait en Israël un prophète tel que lui, un nouveau Moïse qu'il faudrait écouter (Dt 18 :15-19). Les Samaritains, qui ne reconnaissaient que la loi de Moïse et refusaient le reste de l'Ancien Testament, savaient que cet homme allait venir. En Jean 4, lorsque la Samaritaine appelle Jésus " le Messie ", elle pense au personnage dont a parlé Moïse.
Moïse a conduit la libération du peuple à travers le premier exode. Jésus conduit la libération de son peuple à travers le nouvel exode. Moïse a été l'instrument d'une première alliance, Jésus, nouveau Moïse, est l'instrument de la nouvelle alliance.
Jésus, plus qu'un prophète
Jésus est le Prophète, et plus que le prophète. Il apporte le message de la vérité, mais il est lui-même la Parole. Il est le contenu de ce qu'il annonce, il est la Parole de Dieu, le " Verbe " (titre utilisé en Jean 1). Saint Augustin l'a bien perçu : " Jean-Baptiste est la voix, et Jésus est le Verbe. " Jean-Baptiste, le précurseur de Jésus, se présente comme " la voix qui crie dans le désert " (Jn 1 :23). La voix est ce que l'on entend d'abord, puis vient la compréhension de ce qu'elle dit. Mais la voix passe, tandis que la parole demeure. Jésus nous donne la vraie connaissance du Père, Il est l'expression même de l'être de Dieu. C'est le premier des offices.
Comment le rôle prophétique de Jésus-Christ, porte-parole et Parole même de Dieu, nous touche-t-il aujourd'hui ?
C'est par la Bible que le rôle prophétique de Jésus-Christ s'exerce effectivement en notre faveur. La Bible est le témoignage qui subsiste du ministère de prédication de Jésus, de l'annonce de sa Parole par les prophètes qui l'ont précédé et qui parlaient par son Esprit, de l'explicitation de son message par les apôtres qu'il a choisis et équipés. La Bible est ainsi, tout entière, le témoignage prophétique de Jésus-Christ. Concrètement, Jésus nous est prophète lorsque nous ouvrons la Bible et que nous recevons ce qu'elle nous dit. Cela veut dire que nous n'adorons pas la Bible : nous l'aimons parce qu'elle nous fait connaître Jésus le Fils, par lequel nous connaissons le Père. Plus nous prenons conscience des ténèbres qui nous entourent, plus c'est par la Bible que Jésus-Christ nous en délivre.
Il s'agit d'un cheminement : nous avons toujours besoin d'être guéris de notre aveuglement. Malgré la lumière du " soleil de justice " brillant au miroir de la Bible, si nous sommes aveugles, nous n'y verrons rien. Nous avons besoin que le Saint-Esprit accompagne la Parole de Dieu. C'est son rôle que " d'illuminer les yeux de notre cœur ", (Ep 1 :18), et de faire tomber les écailles de notre cécité spirituelle. Dieu a matérialisé ces écailles, lorsque, sur le chemin de Damas, il a arrêté l'apôtre Paul qui croyait bien voir, mais qui était complètement aveuglé par son fanatisme, sa haine, sa théologie faussée des œuvres et du salut par elles. Pour bien lui montrer qu'il était dans les ténèbres, Dieu a voulu qu'il reste aveugle pendant trois jours. Lorsqu'il en a été guéri, les écailles lui sont tombées des yeux. C'est le principe fondamental en ce qui concerne notre accession au fruit du ministère prophétique de Jésus-Christ. Mais nous commençons seulement à connaître la vérité de Dieu : nous ne sommes pas encore arrivés au but ultime. La Bible elle-même, bien qu'elle reflète avec une parfaite justesse la lumière du Fils de Dieu, et qu'elle peut toujours être prise comme entièrement vraie, nous donne seulement une connaissance partielle. " Nous connaissons par le miroir, en énigme " (1 Co 13 :12). Il y a des choses cachées qui restent au Seigneur notre Dieu, même lorsqu'il y a des choses révélées (Dt 29 :29). Et parmi les choses révélées, il y en a que nous avons du mal à comprendre ! Certaines énigmes subsistent, que nous apprenons à supporter dans la patience de la foi, en attendant de connaître comme nous sommes connus. Par ailleurs, nos yeux ne sont pas guéris à 100%. Nous retombons dans certains défauts de la vision (cf 2 Pi 1) dont nous devons être guéris constamment.
II - GRAND PRETRE ET VICTIME : JESUS NOUS SAUVE DE LA SOUILLURE ET DU CHATIMENT
Deuxième dimension de notre perdition, la plus déterminante dans la perspective de la Bible : nous sommes perdus comme l'assassin que son avocat n'a pas réussi à défendre. Nous sommes perdus, sous le coup de la condamnation du juste Juge, parce que notre dette est tellement majeure qu'elle mérite la mort. Nous sommes perdus parce que nous sommes couverts d'une culpabilité dont nous sommes absolument incapables par tous nos efforts de nous libérer. Dieu ne peut pas supporter une telle souillure en sa présence, il est le Saint, trois fois saint. La sainteté foudroie la créature souillée.
Le temps des figures
Dans l'Ancien Testament, le Seigneur avait pourvu au système des sacrifices, pour que l'homme pécheur puisse s'approcher de lui et rester en vie. " On ne peut voir ma face et vivre. " (Ex 33 :20) Le sacrifice était donné pour permettre malgré tout l'approche de Dieu. Un animal pur était substitué, sous la foudre de la sainteté, à l'homme pécheur qui pouvait alors avoir la vie sauve. La victime sacrificielle devait être pure pour payer à la place de l'homme souillé. Elle faisait tandem avec le prêtre. Il fallait le prêtre pour présenter le sang du sacrifice qui expie pour la vie de la personne coupable. Exode 28 : 38 utilise pour le Grand Prêtre l'expression " porter les péchés ", habituellement utilisée pour la victime. Le prêtre et la victime vont, ensemble, se substituer au coupable.
Mais il ne s'agissait dans l'Ancien Testament que d'une figure, que Dieu utilisait dans sa pédagogie. L'auteur de l'épître aux Hébreux nous dit très clairement que le sang des taureaux et des boucs mis à mort à la place du coupable, étaient en fait incapables d'enlever les péchés. Dieu avait décidé d'agir ainsi, dans le système d'image qu'il avait mis en place, mais en fait le péché n'était pas expié. Seule une vie d'homme peut expier pour une vie d'homme. Un animal ne peut pas vraiment remplacer un homme.
Le temps de la réalisation
Le Nouveau Testament atteste que ce qui était impossible aux taureaux et aux boucs offerts en sacrifice, ainsi qu'aux prêtres qui présentaient le sang des victimes, s'est passé en réalité à la croix de Jésus-Christ. Jésus est l'Agneau de Dieu, qui " ôte en portant " le péché du monde (Jn 1 :29). C'est lui qui, sur la croix, se substitue au coupable. Il est le Grand Prêtre qui, en même temps, accomplit ce service et réalise la purification des péchés, comme le dit le prologue de l'Epître aux Hébreux (Hb 1 :3). Le deuxième office d'onction est bien mentionné dans ce prologue : la purification des péchés est l'œuvre du prêtre. Jésus comme Grand Prêtre, dépasse tout autre grand prêtre imaginable, car il est en même temps le Grand Prêtre et la victime. Il est à la fois l'agneau et celui qui offre l'agneau. Il s'offre lui-même en sacrifice.
" Il n'y a plus de condamnation ! "
Ainsi il opère la perfection du sacrifice, qui n'a pas besoin d'être répété parce qu'il est entièrement efficace. Il peut sauver à l'extrême, totalement, ceux qui s'approchent de lui par la foi. Il a payé à notre place notre dette à l'égard de la loi. Cette dette est désormais complètement annulée : le papier officiel qui la marquait est cloué à la croix (Col 1 :14). De telle sorte que Jésus est maintenant notre avocat au tribunal de Dieu : il obtient qu'il n'y ait plus de condamnation pour ceux qui se réclament de lui par la foi.
Nous étions perdus et sûrs d'être condamnés, mais parce que Jésus s'est présenté et qu'il a parfaitement payé, il peut maintenant plaider notre cause avec une efficacité totale : plus aucune condamnation pour ceux qui sont en lui, qui l'ont pris comme avocat ! Voilà le message de la justification qui correspond à la purification.
Notre conscience peut être purifiée de toutes les œuvres de mort que nous avons commises. Il n'y a plus de crainte de châtiment. Même s'il doit y avoir encore un jugement au cours duquel nos œuvres seront mises en lumière, nous sommes assurés de ne pas être condamnés. Nous avons maintenant un libre accès au lieu très saint, le voile (aussi épais qu'un mur) qui séparait l'humanité de la présence de Dieu s'est déchiré au moment où Jésus est mort. Nous pouvons aller jusqu'au trône de la grâce, présenter à Dieu toutes nos demandes, sachant qu'il nous accueille à cause de l'œuvre sacerdotale de Jésus.
" Nous bronchons tous de plusieurs manières... "
Pourtant, ayant été justifiés par la foi, purifiés en notre conscience des œuvres mortes, hélas, stupidement et méchamment, nous commettons encore des péchés. Nous continuons à trébucher et à faire des choses qui déshonorent notre Dieu. Que se passe-t-il alors dans la mesure où il y a encore du péché dans notre vie ?
La première Epître de Jean nous dit que " si nous confessons ces péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner " et affirme que " le sang de Jésus-Christ nous purifie de toute iniquité " (1 Jn 1 :8,9). Notre salut n'est pas remis en cause par nos chutes ponctuelles, puisqu'il est donné tout entier déjà. Mais notre relation avec notre Père céleste est perturbée lorsque nous avons du péché en nous, car ses yeux sont trop purs pour voir ce mal. Lorsque nous confessons nos fautes, l'effet de l'œuvre de Jésus-Christ, pleinement accomplie pour nous une fois pour toutes, nous est à nouveau appliqué. Si nous nous tournons vers le Seigneur, le sang de son sacrifice efface ce péché et nous pouvons jouir à nouveau de la pleine communion de notre Père céleste.
III - ROI ET SEIGNEUR : JESUS NOUS SAUVE DE LA TYRANNIE ET DE L'IMPUISSANCE
Cette troisième dimension correspond à la dimension de notre misère : nous sommes perdus aussi, parce que l'Ennemi est plus fort que nous, qu'il nous tient prisonniers et enchaînés. Nous sommes prisonniers du diable et de ses puissances, nous sommes malades d'une maladie de dégénérescence qui nous rend incapables d'agir, même quand nous nous efforçons de faire le bien. Paul évoque cette situation au chapitre 7 de l'épître aux Romains: " Malheureux que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort ! "
Une libération
Jésus comme roi, triomphe de la tyrannie du diable, et fait en sorte que la volonté bonne et libératrice du Père puisse se réaliser effectivement dans notre vie : c'est le Royaume de Dieu. Dieu règne quand sa volonté est effectivement faite. Le Seigneur est venu annonçant le royaume tout proche et il est entré dans son règne sur la croix. Il est venu fonder le règne par sa première venue, et nous en bénéficions de telle sorte que nous sommes sauvés de la tyrannie et de l'impuissance.
Jésus apparaît comme celui qui est Roi et vainqueur du diable. Le diable a usurpé l'empire sur ce monde, il joue le rôle du prince de ce monde. Mais le Seigneur Jésus, dans un immense duel, triomphe de lui sous une forme paradoxale, puisque c'est en se laissant mettre à mort qu'il réduit à l'impuissance celui qui avait la puissance de la mort. C'est le paradoxe, la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, qui s'accomplit à la croix de Jésus où le diable est vaincu. Le Seigneur, par sa croix, l'enchaîne. Toutes les puissances forment le cortège de ses ennemis vaincus, à l'image de ceux que les généraux romains traînaient après eux lors des grandes fêtes de victoire.
Le Seigneur nous libère aussi de cette maladie de langueur et de dégénérescence qu'est le péché, en changeant notre nature, en nous régénérant par son Saint-Esprit. Par lui notre être est recréé dans la sainteté, avec les forces voulues pour marcher selon Dieu.
Une protection
C'est ainsi que nous bénéficions de cette œuvre de salut, lorsque nous le recevons comme notre chef. Nous sommes alors à l'abri des atteintes du Malin : " Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche pas. Mais celui qui est engendré de Dieu, c'est à dire le Christ, le garde et le Malin ne le touche pas. " (1 Jn 5 :18) Si nous nous séparons de Jésus-Christ en essayant de voir ailleurs, nous pouvons alors tomber sous les coups du Malin, qui rôde comme un lion rugissant pour essayer d'en profiter. Mais il est vaincu par le Christ, il ne peut pas faire ce qu'il veut. Si nous tenons au Seigneur Jésus, nous sommes assurés de demeurer sous sa garde.
Un renouvellement et une exigence
D'autre part, nous recevons l'Esprit de Jésus-Christ qui nous donne la force de marcher comme Jésus a marché. Nous passons de la mort à la vie avec lui, comme lui. Jésus est mort pour que nous n'ayons pas à mourir. Mais, dans un autre sens, il est mort pour que nous mourions à sa suite et ressuscitions à sa suite. Les deux sont vrais.
Jésus est mort, a pris notre châtiment, que nous n'avons plus à supporter. Nous sommes absolument délivrés de la mort comme séparation de Dieu. Mais comme il est notre Chef, Jésus a aussi ouvert le chemin sur lequel nous le suivons. Il nous faut donc mettre fin au passé pourri, au vieil homme pourri, en le conduisant jusqu'à la croix. Notre vieil homme a été crucifié avec Christ, afin que nous accédions à la vie véritable. Ici encore, c'est un commencement. Nous n'expérimentons pas encore la plénitude de la vie qui nous est acquise en lui, notre Chef. La vie du Royaume est déjà présente : justice, joie, paix, par le Saint-Esprit (Rm 14 :17). Mais le Royaume n'est pas encore pleinement établi, en particulier dans l'ordre visible.
Un entre-deux
C'est pour cela qu'il y a deux limitations à ce bienfait dont nous jouissons dès le temps présent :
Trois temps pour dire le salut
Nous pouvons donc parler du salut en utilisant trois " temps " différents :
Tels sont les trois aspects de l'œuvre de Jésus notre Sauveur pour nous.