Qui est Jésus ?

Nous transcrivons ici l'enregistrement d'un " Institut Biblique " donné à l'Eglise. Pour creuser davantage le sujet, nous vous invitons à consulter l'édition du cours dispensé par Henri Blocher à la FLTE, publié dans un développement plus technique dans La doctrine du Christ (Edifac, Vaux-sur-Seine, 2002), 317p.

Lecture introductive : Matthieu 16 :13 à 23

Introduction

    Le centre, le coeur, le noeud, la clé de voûte de la foi chrétienne, c'est Jésus-Christ. Jésus que nous saluons sous le titre de " Christ ", qui correspond à traduction grecque du mot " Messie ". Ce titre, nous le portons aussi, en tant que " christiens " ou selon sa variante plus usitée de " chrétiens ". C'est Jésus qui réunit en sa personne tout l'essentiel de ce que nous croyons et vivons en tant que chrétiens.

    En lui le ciel et la terre se rejoignent. Il est le Créateur, " en lui tout a été créé " (Col 1 :16) et il est le Sauveur. Il est celui qui est au commencement et celui qui est à la fin (Ap 1 :8). Il est le Serviteur, descendu au plus bas jusqu'à l'humiliation suprême (Ph 2 :7), et il est le Seigneur, exalté et élevé au plus haut des cieux (Ph 2 :9). En lui toutes les lignes se recoupent et se croisent : il est vraiment le centre, le coeur, la clé de voûte. Ce sont des choses qui ne sont pas montées au coeur de l'homme, que l'oeil n'a pas vues, que l'oreille n'a pas entendues, que les humains n'ont pas imaginées : aucune religion, aucune philosophie, ne donne à qui que ce soit, pas même à leur fondateur, un rôle aussi exalté que celui de Jésus dans la Bible et dans notre foi.

    Il est donc fondamentalement important que nous soyons au clair quant à la réponse à donner à la question que Jésus a posée à ses disciples : " Qui dites-vous que je suis ? " (Mt 16 :15) Notre propos se limitera à l'exposé des éléments principaux de réponse à cette question. C'est fondés sur la révélation biblique que nous dirons ce qu'il en est de la personne de notre Seigneur Jésus.

    Remarquons que lorsque Jésus pose la question à ses disciples, il sait bien qui il est, sans la moindre hésitation, sans le moindre doute. Il se savait venu du Père, il savait quelle mission le Père lui avait assignée. Le récit de Mt 16 témoignage de sa maîtrise parfaite des choses. Le mode de la question est un élément de pédagogie à l'égard de ses disciples. Cette forme ne signifie pas que Jésus aurait été dans l'incertitude, ni qu'il aurait voulu apprendre de ses disciples quelque chose qu'il aurait ignoré. Il faut le préciser, car il arrive que le malentendu se greffe sur la lecture de ce passage. Même un théologien fameux a pu se tromper à cet égard... mais les théologiens peuvent parfois être terriblement myopes ! Jésus sait qui il est, et il veut que nous sachions à sa suite, qui il est.

1. Jésus est Dieu

2. Jésus est homme

3. Jésus est une seule personne

4.Quels sont les enjeux de ces vérités ?

1. Jésus est Dieu

1.1 L'attestation dans la littérature ancienne

    Le premier élément qui frappe l'observateur du dehors, c'est que pour la foi chrétienne, Jésus est Dieu.

    Au début du deuxième siècle de notre ère, un aristocrate romain, Pline le Jeune, est envoyé par l'Empereur Trajan comme gouverneur de Bithynie (province au Nord-Ouest de l'actuelle Turquie). Là, en bon fonctionnaire, il rédige un rapport à Trajan sur la vie des chrétiens qu'il y rencontre, car il ne sait pas quelle attitude adopter à leur égard. Cette lettre, écrite vers 111-112 , constitue pour nous un précieux renseignement. Pline dit que tout le crime qu'il reconnaît aux chrétiens est " de se réunir à date fixe, avant le lever du soleil (beaucoup étant esclaves, il leur fallait se réunir avant le début du travail), et de chanter des cantiques avec des réponds à Christ comme à un dieu ". Christ est adoré, vénéré, chanté comme un dieu, c'est là ce qui frappe Pline.

    C'est ce qui a été, ensuite, la confession de foi de l'Eglise. Elle a été proclamée au Concile de Nicée, en 325. A Nicée, la vérité de l'entière divinité de Jésus a été clairement proclamée. Mais c'est une vérité biblique que l'Ecriture atteste massivement.

1.2. L'attestation de la divinité de Jésus dans le Nouveau Testament

    Nous présentons ici les attestations principales sans chercher l'exhaustivité, tant les références seraient nombreuses à présenter.

L'EVANGILE DE JEAN

    Dans l'évangile de Jean, ces attestations sont très intéressants parce qu'elles occupent une place choisie. Selon un procédé assez fréquent dans la Bible, pour mettre en valeur un thème et pour bien boucler les exposés, on utilise le même mot ou le même thème au début et à la fin d'une unité. C'est une " inclusion ". Or l'affirmation que Jésus est Dieu se trouve au début et à la fin du prologue du quatrième évangile.

    Au commencement était la Parole (ou le " Verbe ", c'est ici un titre), la Parole était avec Dieu (c'est la présence avec le Père), la Parole était Dieu (Jn 1 :1). L'affirmation est reprise au dernier verset du prologue : " Personne n'a jamais vu Dieu ; Dieu le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, l'a fait connaître " (Jn 1 :18). Ici, Jésus qui révèle le Père est appelé " Dieu le Fils unique " ou selon les anciennes traductions : " Dieu le seul engendré ".

    Ce thème se retrouve dans le dernier chapitre de l'Evangile, avant l'appendice du chapitre 21. Cette dernière affirmation de la divinité de Jésus se trouve à la fin du chapitre 20, lorsque Jésus ressuscité apparaît une seconde fois aux disciples. Cette fois-ci, Thomas est présent. Jésus s'adresse alors directement lui et, doucement, lui reproche son incrédulité, sa résistance à la vérité que lui attestaient ses compagnons. Thomas, subjugué par l'évidence du Seigneur qui lui montre la marque des clous dans ses mains et de la lance dans son côté, s'exclame alors : " Mon Seigneur et mon Dieu ! " (Jn 20 :28) Le titre " Dieu " est utilisé ici pour Jésus. C'est la confession de foi de Thomas. S'il eût été mal employé, si Jésus n'avait pas été d'accord, il aurait arrêté Thomas sur le champ. Au contraire, Jésus accepte cette expression de la foi et de l'hommage de Thomas.

PAUL

    Tite est un assistant de Paul, qui le considère comme l'un de ses " fils spirituel ". Il a été un serviteur de Dieu efficace à Corinthe : il réussit là même où l'apôtre a échoué. C'est dire les qualités et la force spirituelle de cet homme.

    Dans la lettre que Paul lui adresse, au chapitre deuxième, il déclare : " La grâce de Dieu source de salut pour tous les hommes a été manifestée. Elle nous enseigne à renoncer à l'impiété, aux désirs de ce monde, et à vivre dans le siècle présent d'une façon sensée, juste et pieuse en attendant la bienheureuse espérance, la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ. " (Tit 2 :11-13)

    Jésus-Christ est appelé, ici, " le grand Dieu " et " le Sauveur ". Les règles de la grammaire grecque impliquent que c'est bien Jésus qui est désigné ainsi, contrairement à ce qu'ont proposé d'anciennes traductions qui distinguaient le " grand Dieu " d'un côté et " le Sauveur Jésus-Christ " d'un autre côté. C'est un titre double, mais unique, " le grand Dieu et sauveur Jésus-Christ ". C'est d'ailleurs sa manifestation que nous attendons. C'est le jour du Christ qui est l'objet de notre espérance.

LA PREMIERE EPITRE DE JEAN

    1 Jean 5.20 : " Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu et qu'il nous a donné l'intelligence pour connaître celui qui est le Véritable ; et nous sommes dans le Véritable en son Fils Jésus-Christ. C'est lui le Dieu véritable et la vie éternelle... "

    Comme au début de son évangile, Jean montre ici les deux vérités à la fois : Jésus est distinct du Père : il nous a donné l'intelligence pour connaître le " Véritable ", qui est le Père ; mais il est aussi un avec le Père, il est avec Dieu et il est Dieu. Il est celui qui nous conduit au Véritable, et il est lui-même le Véritable.

1.3. Le titre de " Seigneur "

LES MULTIPLES SENS DU MOT Le titre de " Seigneur ", appliqué un très grand nombre de fois à Jésus, atteste sa divinité. Mais souvent on le mesure mal, parce que le mot peut être employé dans des sens divers, et en particulier pour quelqu'un qui n'est pas du tout Dieu ! Il peut même être l'équivalent de notre " Monsieur ". D'ailleurs, " Monsieur " c'est " Monseigneur ", en contracté !

    Une fois au moins, Jésus est appelé " Seigneur " dans ce sens de " Monsieur " : lorsque Marie-Madeleine se trouve dans le jardin où Jésus a été enseveli, elle croit, ne le reconnaissant pas, qu'il est le jardinier. Elle lui demande : " Seigneur où l'as-tu mis ? " (Jn 20 :15). Le sens du mot, ici, est bien celui de " Monsieur ".

L'EMPLOI DU TITRE " SEIGNEUR " DANS L'ANCIEN TESTAMENT

    Mais dans la majorité des passages, lorsque le titre " Seigneur " est appliqué à Jésus, c'est avec un maximum de force, pour désigner sa divinité. Le titre est l'équivalent du nom propre de Dieu dans l'Ancien Testament. C'est cela le point clé.

    Dans l'Ancien Testament, Dieu a révélé son nom dans sa pleine signification à Moïse. Ce nom avait déjà été utilisé auparavant. Le début de l'histoire de la Genèse (Gn 4 :26) nous dit qu'au tout début certains ont invoqué le nom de l'Eternel, . Lors de la vision du buisson ardent, Dieu révèle à Moïse la pleine signification de ce nom : " Je suis celui qui suis " (Ex 3).

    Ce nom, nos Bibles protestantes ont eu l'habitude, jusqu'à récemment, de le rendre par " l'Eternel ". En allemand, en anglais, il n'en est pas de même : c'est le mot " Seigneur " qui est employé. La raison en est simple : des siècles avant la venue de Jésus-Christ, les Juifs ont pris l'habitude, par crainte de profaner le nom de Yahvé, de le remplacer, à la lecture, par " Seigneur ". Aujourd'hui encore, lorsque les Juifs rencontrent dans leur lecture le nom propre de Dieu, ils le remplacent toujours par " Seigneur ", " Adonaï " en hébreu.

    C'est ce que l'on a fait lorsque l'on a traduit l'Ancien Testament en grec. Avant la venue de Jésus, la traduction dite des " Septante ", a utilisé le nom " Seigneur " (" kurios " en grec) pour rendre le nom divin. Le mot est ainsi devenu la manière courante de désigner le Dieu Unique, le Dieu Souverain, le Dieu Véritable qui s'est révélé à Israël. Il a pris par l'usage toute cette charge de sens. Il en est de même dans le Nouveau Testament.

L'EMPLOI DU TITRE " SEIGNEUR " DANS LE NOUVEAU TESTAMENT

    En effet, lorsque le Nouveau Testament cite des passages de l'Ancien Testament où figure le tétragramme divin, il le traduit toujours par " Seigneur " . C'est avec cet arrière-plan que Jésus est appelé " Seigneur ". Jésus n'est pas seulement appelé " dieu " comme on peut dire qu'il y a plusieurs dieux pour les hommes, il est appelé " l'Eternel, le Seigneur, Yahvé ".

    Comment peut-on en être sûr ? C'est parce que, à plusieurs reprises, les versets de l'Ancien Testament qui parlent de Yahvé lui sont appliqués :

    Au temps de la revue Ichthus, alors que la rédaction avait publié un article sur la divinité de Jésus, un lecteur érudit, qui a écrit des livres et fait un doctorat à l'Université hébraïque de Jérusalem, no us a adressé un courrier pour dire : " Pour un juif, jamais il n'est possible de dire que Jésus était Yahvé. " C'est vrai que c'est incroyable, tant le Seigneur a exercé de pression, tout au long de l'histoire d'Israël, pour inculquer la vérité qu'il n'y a qu'un seul Dieu, Yahvé, l'Incomparable qui, seul, dit : " Je suis ". Or c'est tout cela que les disciples, ayant vu le Ressuscité, ont appliqué à Jésus. Ces Juifs, pétris de la persuasion qu'il n'y ait qu'un seul Dieu, n'hésitent pas : c'est lui, Jésus ! Il est " Yahvé ", et il proclame : " Avant qu'Abraham fut, je suis " (Jn 8.58).

1.4. Les images

   

1.5. Le Dieu trinitaire

    Comme la foi chrétienne a su le reconnaître, Jésus est " vrai Dieu de vrai Dieu ". Pas un " sous-dieu " ! Il est Dieu au sens propre. Mais avec ce mystère qu'il est aussi différent du Père.

    Un Dieu unique, et pourtant ce Dieu unique est tellement riche et mystérieux, au-delà de tout ce que nous pouvons comprendre, qu'il est à la fois Père, Fils et Saint-Esprit. Il y a en lui la richesse du pluriel.

    Le Dieu unique n'a pas le contenu pauvre du " un " arithmétique. Son unité est riche d'une différenciation interne, qui peut être évoquée, c'est bien sûr une image, en parlant de " Père " et de " Fils ". Cette différence est telle que le Fils peut être envoyé, que le Fils est distinct du Père, qu'il parle au Père, qu'il est aimé du Père, qu'il aime le Père, qui le glorifie. C'est le mystère de la trinité.

    Lorsque l'on parle de la divinité de Jésus c'est de façon liée à la reconnaissance du mystère de la trinité.

1.6. La divinité de Jésus attaquée

    La divinité de Jésus est formidablement attaquée, tant elle est contraire au sens naturel de l'homme. Il y faut la révélation de Dieu, comme lors de la confession de Pierre : " Tu es le Fils du Dieu vivant ! " (Mt 16 :16)

    Cette divinité de Jésus a été attaquée dans l'histoire de l'Eglise ancienne ; elle l'est encore à notre époque.

    Elle l'est, bien sûr, par les incrédules, les gens du dehors qui sont aveuglés par le dieu de ce siècle de telle sorte qu'ils ne peuvent voir briller la lumière de Dieu sur le visage du Christ. Mais elle est aussi attaquée dans la chrétienté : (1) soit du côté des sectes et des Témoins de Jéhovah en particulier, qui sont prêts à dire que Jésus est " un dieu " avec des guillemets et sans majuscule ; (2) soit par les théologiens libéraux, qui sont une majorité dans les faculté officielles de théologie.

    C'est un fait qu'il y a là une vérité difficile à admettre pour l'intelligence humaine. Il nous faut prendre conscience de " l'énormité ", d'un point de vue humain, de ce que nous affirmons dans la foi. Il y a là de quoi faire chavirer complètement l'intelligence humaine. Mais c'est justement ainsi que Dieu se montre Dieu. Non pas un petit dieu de notre confection, à la mesure de notre intelligence, mais un Dieu digne de ce nom, un Dieu infiniment plus grand de tout ce que nous pouvons imaginer ou penser, un Dieu capable de nous surplomber bienheureusement par une grandeur inimaginable. Tertullien disait dans ce sens : " C'est sûr parce que c'est impossible , c'est la signature de Dieu en quelque sorte ".

2. Jésus est homme

2.1. Jésus était un homme

    Le titre même de " Christ ", que cite Pierre dans sa confession de foi (Mt 16 :16) implique l'humanité, car le Christ était le Fils promis à David, donc un homme qui allait être revêtu de l'Esprit pour jouer son rôle. Le mot " Christ " implique d'abord l'humanité, comme le titre de " Fils du Dieu vivant " impliquait sans doute la divinité dans la pensée de Pierre.

    Plusieurs ont pensé que Pilate, le gouverneur romain, a émis une prophétie involontaire lorsque Jésus a comparu devant son tribunal : " Voici l'homme ! " dit-il en livrant Jésus aux désirs de la foule (Jn 19 :5). Cela est possible, mais le texte ne le dit pas. Dieu a bien voulu que Caïphe le souverain sacrificateur soit prophète malgré lui, parce qu'il jouait un rôle si important dans le procès de Jésus (Jn 11 :50). Pilate aussi, a pu l'être, à cause du rôle qui était le sien. " Voici l'homme " se dit en latin " Ecce homo ". C'est l'expression que la tradition occidentale de l'Eglise a retenu pour nommer les représentations du Christ souffrant. Tel est d'ailleurs le nom donné par Jacques Richard Sassandra au triptyque qui se trouve à la Faculté de Théologie Evangélique à Vaux-sur-Seine.

    Jésus est l'homme, le seul, au bout du compte, qui soit pleinement digne du titre d'humain. Indépendamment de Pilate, la chose est dite dans la Bible d'une façon qui ne nous permet pas d'hésiter. Il est appelé " homme " par Jean-Baptiste (Jn 1 :30) et s'appelle lui-même " un homme " (Jn 8 :40).

2.2. Jésus l'homme véritable

    Hébreux 2 suit cette logique, en appliquant à Jésus le Psaume 8. Dans ce psaume, l'auteur médite la place que Dieu a faite à l'homme en le créant. L'homme si faible, si dépourvu, lui qui est comme un petit enfant au milieu des bêtes féroces ... " qu'est-ce que l'homme pour que tu te souviennes de lui ? " Pourtant, " tu l'as couronné de gloire ! " L'épître aux Hébreux commente : cela, nous ne le voyons vraiment réalisé qu'en Jésus-Christ. Nous ne " voyons pas " l'homme couronné de gloire et d'honneur (Hb 2 :8), parce qu'il a trahi sa vocation, s'est détourné de son créateur, se roule dans la boue et se couvre de honte. Mais par la foi, nous voyons Jésus couronné de gloire et d'honneur : lui , accomplit la vocation humaine, il est vraiment l'homme.

2.3. Eléments soulignant l'humanité de Jésus

LES GENEALOGIES

    Les généalogies sont données, certes, pour montrer les titres liés à la royauté de Jésus. Mais pas seulement. En particulier dans l'évangile de Luc, où les générations remontent jusqu'à Adam. Luc, ici, montre que Jésus n'est pas un visiteur de l'espace : il est vraiment de la famille de notre chair, il entre dans la généalogie, cette grande chaîne des générations.

LE RAPPORT AU TEMPS

    L'humanité de Jésus apparaît aussi dans la manière dont Jésus s'est soumis au temps. Luc dit que " J&eac ute;sus grandissait, en stature, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes ." (Lc 2 :52) Il n'a jamais manqué de sagesse, dans un sens répréhensible. Mais il a grandi, son intelligence s'est développée, il a appris des choses, de plus en plus, vraiment comme un homme.

LE CORPS

    Jésus a eu un corps capable d'éprouver la fatigue et la soif (Jn 4). C'est corporellement que la divinité habitait en lui (Col 2.9). Il était un homme, de sexe masculin, selon la prophétie d'Es 66 qu'Apocalypse 12 souligne aussi.

2.4. Humanité de chef

    Son humanité est unique car sans péché. Mais il n'en est pas moins homme. Au contraire c'est la déshumanisation qu'entraîne le péché. Jésus est " l'Homme ", parce que justement sans péché.

    Il est un nouveau chef d'humanité. L'humanité a le caractère d'un organisme avec une tête : l'humanité naturelle a Adam pour tête. Nous sommes tous nés " en Adam ". Jésus descend bien d'Adam, mais il n'est pas " en Adam ". Jésus devient la tête d'une humanité nouvelle. Il est un " nouvel Adam " comme l'appelle l'apôtre Paul. Tous meurent " en Adam ", et tous ceux qui sont unis à Christ ressuscitent " en Christ ". Son humanité est une humanité de chef, et non pas celle de n'importe quel membre de l'humanité.

2.5 L'humanité de Jésus attaquée

    La pleine humanité de Jésus a surtout été attaquée aux premiers siècles. Elle l'a été, parfois, par des chrétiens fidèles qui voulaient tellement insister sur la divinité de Jésus-Christ qu'ils en rabaissaient son humanité. Il faut reconnaître que, même dans notre tradition, on a parfois minimisé cette pleine humanité de Jésus. C'est pourquoi un ouvrage comme celui écrit par Nigel Cameron (" Jésus est un homme " ) est très utile.

    Lorsque l'humanité ou la divinité est rejetée, c'est en fait la même vérité qui est rejetée : la vérité que Dieu lui-même est venu jusqu'à nous, que Dieu lui-même est rentré dans notre vie. Ceux qui nient la divinité ne veulent voir en Jésus qu'un homme : ce n'est pas Dieu en nous. Ceux qui nient l'humanité de Jésus le laissent à distance : là aussi, ils nient que Dieu est venu jusqu'à nous, dans la pleine pâte de la vie humaine, ce qui est la vérité centrale de notre foi.

    Pour préserver cette vérité il faut encore souligner que Jésus est une seule personne.

3. Jésus est une seule personne

3.1. Pas de dédoublement de personnalité en Jésus

    Il n'y pas de schizophrénie en Jésus, au sens de la double personnalité. Il n'y a pas en lui Docteur Jeckyll et Mister Hide. Jésus dit " je " lorsqu'il parle de lui. Lorsqu'une fois il utilise le " nous " avec Nicodème, c'est qu'il s'associe à d'autres, à Jean-Baptiste, aux prophètes. Il n'y a pas plusieurs personnes distinctes en lui.

    Jésus est homme, Jésus est Dieu, les deux ne se mélangent pas. En effet, si mélange il y avait eu, soit l'humanité soit la divinité en aurait été corrompue, voire détruite. Pourtant il n'y a qu'une seule personne, sans quoi ce n'est pas vraiment Dieu qui est venu jusqu'à nous.

    Les deux natures sont donc unies sans mélange. C'est ce qui permet de parler, en relation avec Jésus, du " sang de Dieu " parce qu'il n'y a en Jésus qu'une seule personne. Bien sûr le sang n'appartient pas à la nature divine, mais à la nature humaine ; mais comme Jésus est Dieu, la Bible emploie ce langage. Dans l'un de ses discours Paul parle de l'Eglise " que Dieu s'est acquise par son propre sang " (Ac 20 :28). Si c'était le Père l'affirmation serait incorrecte : le Père n'a pas de sang, le Père est esprit et seulement esprit ; mais Dieu le Fils, Jésus, a du sang en tant qu'homme. Ainsi nous pouvons dire que Dieu - sous-entendu Jésus - a acquis l'Eglise par son propre sang, à cause de l'unité de la personne du Christ.

3.2. Comment est-ce possible ?

    Il faut souligner ici que nous de démontrons pas le " comment ". Comment est-ce possible ? Je ne prétends pas vous le dire. C'est là encore l'inimaginable par lequel Dieu nous stupéfie et nous émerveille. Pour repousser la tentation de rejeter comme inacceptable ce que nous ne pouvons pas démontrer, il nous faut nous rappeler que le cas est unique. Jamais dans toute l'histoire de l'univers, il y a eu une personne possédant deux natures en même temps. Le seul cas, c'est Jésus, Dieu le Fils, venu homme. Comme c'est unique, notre intelligence qui procède en général par ressemblance, est complètement déboussolée.

3.3. Dieu le Créateur à la fois " tout " autre et " tout proche "

    Deux choses sont encore à ajouter : (1) Dieu seul pouvait le faire ; (2) Dieu seul pouvait le faire parce qu'il n'est pas seulement extérieur à l'humanité. Dieu nous est extérieur, il est infiniment élevé au-dessus de nous ; mais il nous est aussi intérieur, c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être (Ac 17 :28). Aucune créature ne nous est radicalement intérieure comme lui. C'est son être qui nous fait être. C'est ce qui permet à Dieu, et à lui seul, de s'incarner en Jésus.

    Et il faut ajouter que Dieu ne s'incarne pas en n'importe quelle créature : Dieu s'incarne en l'être humain. Or l'être humain a été créé en l'image de Dieu. Comme une sorte de fils terrestre. Il y avait comme une prédisposition pour l'être humain à être uni à la personne du Fils de Dieu.

    Il y a là un mystère qui nous stupéfie, mais ces éléments nous permettent de voir que ce n'est pas une absurdité. Nous pouvons accueillir ce mystère, dans la foi, avec une intelligence renouvelée par la foi.

4.Quels sont les enjeux de ces vérités ?

    Les enjeux sont ceux de la foi chrétienne elle-même.

Le salut

    Si Jésus n'est pas Dieu, n'est pas homme ou n'est pas une seule personne, notre salut lui-même devient incertain. Finalement tout s'écroule si l'on nie ces vérités.

    Si Jésus n'est pas Dieu, comment pourrait-il vaincre cette puissance terrible qu'est le diable ? Toute la puissance de l'Adversaire, il l'a dominée. Quand nous voyons combien nous sommes faibles, en face, nous nous rendons compte que si Jésus n'était pas Dieu, il n'y aurait aucune chance de victoire.

    S'il n'était pas homme, il ne pourrait pas payer la dette de l'humanité à notre place. Il ne pourrait pas expier pour nous nos péchés. S'il n'était qu'un être céleste, il ne pourrait pas prendre sur lui de façon juste les fautes de l'humanité. C'est parce qu'il est chef d'une humanité nouvelle que, comme un chef qui couvre ses subordonnés et endosse la responsabilité de leurs fautes, il le fait pour nous. S'il n'était pas vraiment homme, il ne pourrait pas vraiment nous sauver.

    Et s'il n'était pas une seule personne, ce serait un éclatement. Les deux impossibilités joueraient en même temps.

La vision de Dieu

    Les conséquences de la négation de ces vérités porteraient aussi atteinte à la vision de Dieu.

    Dieu se montre vraiment comme le grand Dieu, il se révèle au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer. Mais si Jésus n'était pas Dieu, toute la gloire ne reviendrait pas complètement à Dieu. Le Seigneur devrait la partager avec quelqu'un d'autre.

    Si Jésus n'était pas Dieu, on pourrait imaginer un plus grand amour : celui, par exemple, de nous envoyer un ange, puisque le plus grand amour est de donner sa propre vie pour ceux qu'on aime. C'est parce que Jésus est Dieu que nous savons qu'il n'y a pas d'amour plus grand : Dieu n'est pas celui dont on ne peut concevoir de plus grand quant à l'amour ; Dieu est celui qui est amour parce qu'il se révèle à nous comme Jésus qui s'est donné en portant nos péchés sur la croix. La gloire même de Dieu comme le Dieu qui est amour dépend absolument de la vérité que Jésus est Dieu.

Le médiateur

    En Jésus, nous avons le médiateur parfait, le médiateur insurpassable dont on ne peut concevoir de plus grand. Jésus n'est pas médiateur comme un être quelconque. Il n'est pas médiateur comme un ange, ou comme le serait un être mixte à moitié Dieu à moitié homme. Jésus est médiateur insurpassable car il est Dieu et homme en même temps.

    Il ne peut pas mieux souder l'humanité rachetée et la divinité même qu'en étant ce qu'il est. C'est la logique de l'épître aux Hébreux. Les deux premiers chapitres de cette épître nous montrent que nous avons en Jésus le médiateur insurpassable, d'une gloire inégalable, infiniment supérieur aux anges parce qu'il est Dieu (Hb 1), et pleinement homme en qui se réalise le Psaume 8 (Hb 2).

    Voici quelle est la splendeur de la vérité qui nous est confiée, et à laquelle Dieu a attaché notre coeur.

Henri Blocher