Jean-Frédéric OBERLIN
Figure du Luthéranisme en Alsace
(1740-1826)
Les grandes étapes de la vie de Jean-Frédéric Oberlin
La vie d'Oberlin se déroule à l'époque ou règnent Louis XV (1715-1774) et Louis XVI (mort le 21 janvier 1793), où éclate la révolution puis où domine l'Empereur Napoléon (1769-1821). La société civile salue communément en ce pasteur celui qui est à l'origine des classes maternelles, avec ses fameuses petites " écoles à tricoter ou poêle à tricoter " pour les enfants du peuple.
C'est le 31 Août 1740 à Strasbourg que naît un petit " Fritz " dans le foyer des Oberlin. Ils seront 9 enfants à la maison : 7 garçons et 2 filles élevés par leurs parents avec " une rare sagesse, un sérieux plein de tendresse et d'amour et une attention sans faille. ". Son frère aîné, le professeur Jérémie (philologue) lui sera particulièrement proche.
Son grand-père paternel était fils de boulanger, son père précepteur du collège protestant. C'était, selon les écrits de son fils , " un honnête homme, droit, dévoué et intelligent, mais qui ne connaissait ni Jésus ni la nouvelle naissance ".
Sa mère était la fille d'un parlementaire connu en son temps, un certain Feltz, qui s'attirait même les hommages des Jésuites tant il était habile à défendre les libertés religieuses et politiques d'alors.
Les ancêtres Oberlin étaient natifs de Colmar. Mais à l'époque de l'Empereur Ferdinand II (1217-1252), l'évêque de Bâle avait causé beaucoup de tracasseries aux protestants de la ville ; les " Réformés " s'installèrent alors surtout à Mulhouse, les " Luthériens " plutôt à Strasbourg.
Bien qu'élevés dans une famille bourgeoise, les jeunes Oberlin connaissent une enfance simple, loin de la luxure tant recherchée par nombre de citadins. Le père bricole à la maison, mène ses fils au pas, cultive un jardin à Schlitgheim...Cependant, chaque semaine, les enfants reçoivent de l'argent de poche, 3 centimes d'alors (1750), pour s'acheter quelque chose d'utile ou venir en aide à quelqu'un dont on avait entendu parler.
Le 6 juillet 1768, J.F. Oberlin épouse la fille de sa cousine germaine Madeleine Salomé Witter. 9 enfants (5 filles et 3 garçons) naîtront dans la famille : Emmanuel-Frédéric (1769-1771) ; Frédéric-Jérémie (1772-1793, mort à la guerre) ; Frédérique-Salomé (1773-1776) ; Fidélité-Caroline (1775) ; Charles-Conservé (1776, chirurgien puis pasteur à Rothau) ; Henri-Geoffroi (1778-1817, géognosticien, pasteur, colporteur en France en pleine terreur blanche) ; Henriette-Charité (1779) ; Louise-Charité (1781) ; Frérérique-Bienvenue (1782). Les filles épouseront toutes un pasteur. M. Rauscher, mari de Frédérique-Bienvenue et gendre d'Oberlin, puis Charles Witz, fils de Louise-Charité, lui succèderont.
Mme Oberlin rejoint la patrie céleste le 17 janvier 1783, son mari le 1er juin 1826.
La formation et la vocation de Jean-Frédéric Oberlin
On choisit comme parrain à " Fritz " M. Lembke, professeur au lycée protestant et prédicateur. Il avait eu l'occasion de rencontrer des Moraves en Allemagne et leur foi vivante l'avait beaucoup touché. De retour à Strasbourg il chercha à créer des réunions de type piétiste mais se heurta à bien des résistances.
C'est alors M. J.S. Lorenz qui devint chef de file du mouvement des " réveillés " de Strasbourg. C'était un remarquable prédicateur luthérien. Nommé d'abord prédicateur au Temple Saint-Guillaume, son sérieux fut remarqué et reconnu par ses pairs. Il fut alors nommé professeur à la Faculté de Théologie et prédicateur à Saint-Pierre-le-Jeune... où il prêchait avec efficacité un Evangile vivant et sans détours : voilà des dames qui refusent d'accompagner leur mari aux bals ... des commerçants renoncent à leurs pratiques malhonnêtes, quitte à moins gagner. On restitue ce que l'on a pris par ruse, quitte à s'y ruiner... Des jeunes filles refusent de se vêtir d'habits luxueux et se font ridiculiser par les autres. Un fils de cabaretier, ne voulant plus continuer le métier de son père, est enfermé par lui et battu chaque jour avec rage, sans grand résultat...
Jean-Frédéric Oberlin écoute assidûment ses prédications ; plus tard, il écrira " qu'à 16 ans déjà, Dieu toucha salutairement son coeur " et qu'il se consacra dès lors au Seigneur corps et âme. A 19 ans 1/2, le 1er janvier 1760, selon la tradition piétiste, Jean-Frédéric fait une retraite d'une journée pour placer son avenir devant Dieu. Il fait sien un acte de consécration connu à l'époque.
Il décide d'étudier la théologie et, pour payer ses professeurs, devient répétiteur. La liste qu'il dresse des matières étudiées est impressionnante : Grec, hébreu, logique, rhétorique, métaphysique, arithmétique, géométrie, trigonométrie et astronomie, géographie ancienne et moderne, histoire universelle, physique, histoire naturelle, c'est-à-dire l'étude de toutes les créatures sur terre partagées en trois règnes : le règne animal, végétal et minéral, histoire philosophique ou l'étude des principaux systèmes des philosophes anciens et modernes, le droit naturel, les antiquités égyptiennes, grecques, romaines et hébreux. Dogmatique, exégèse, histoire ecclésiastique toujours accompagnée de la géographie qui y est relative, étude de la doctrine des différentes églises ou communions comparée avec la doctrine de la Sainte Bible, étude pastorale, étude journalière de la Bible depuis le commencement jusqu'à la fin.
à 22 ans, ses études terminées, Oberlin hésite à prendre la charge d'une paroisse. Il trouve un poste de gouverneur chez un médecin, le Dr Ziegenhagen. C'est là qu'il s'initie à la médecine. Sa soif de connaître est intarissable. Trois ans plus tard, il étudie la botanique, puis le français qu'il parle couramment en 1763.
Mais plus que tout, l'armée l'attire. Dans son autoportrait, il se dépeint sous ces traits : " D'instinct je suis soldat, mais l'étais davantage avant que mes forces corporelles fussent affaiblies. Je me suis toujours efforcé d'être le premier au danger et de rester ferme dans la peine...l'ordre et la discipline militaire me plaisent dans la mesure où elles forcent le lâche à montrer du courage et l'homme désordonné à être ponctuel. " Il est fasciné par la rigueur militaire. L'enthousiasme le saisit lorsqu'on lui propose le poste d'aumônier dans le régiment français en garnison à Strasbourg. Mais il va y renoncer suite à la visite inattendue d'un homme en perruque selon la mode des gens biens d'alors. Jean-Frédéric est ce jour-là cloué au lit, chose très rare !
C'est le pasteur Jean-Georges Stuber qui frappe à la porte de sa mansarde pour lui offrir la cure de Waldersbach. Le pasteur Stuber a 29 ans lorsqu'il s' installe le 15 juin 1750 à Waldersbach. Fils d'artisan, il a bénéficié de l'enseignement du célèbre humaniste helléniste Jean-Georges Reuchlin (1695-1788). Il est convaincu que seule l'instruction permettra aux habitants du Ban de la Roche de sortir de leur misère.
Sous l'influence paternelle du piétiste alsacien Philippe Spener, il développe une structure qui rend les membres de l'Eglise pleinement participants au travail.
C'est lui qui fait imprimer une méthode d'apprentissage originale de la lecture en 1762, forme des " régents " pour enseigner des classes d'enfants le jour et le soir les parents, suivant les principes d'une nouvelle pédagogie, celle de Coménius (1592-1670), jusque-là jamais mise en oeuvre. Il a de 150 à 200 adultes entre 20 et 30 ans dans ses classes d'apprentissage de la lecture.
à l'initiative du pasteur Stuber, la première bibliothèque de prêt du monde est créée à Waldersbach ! Il développe aussi l'enseignement de la musique, du chant et du solfège, que M. Pelletier de Montbéliard, disciple lui aussi de Philippe Spener, avait déjà antérieurement essayé d'inculquer aux gens de la région.
Plus tard Oberlin dira de Stuber qu'il est " un homme hors du commun ! très inventif, remarquablement doué pour rénover les paroisses incultes. Un habile pédagogue. Musicien théorique, possède aussi un talent pour la poésie, dont il n'y a pas l'ombre chez moi...Il a plus accompli que six pasteurs ordinaires. "
Mais le climat est si rude dans cette région que la femme de Stuber meure après 3 ans de mariage lorsque naît leur premier enfant. Pendant 5 ans, il travaille alors dans la plaine et se remarie. C'est en voyant son labeur détruit par son successeur qu'en 1760, il décide de revenir dans sa " ratière ". Mais le climat est toujours aussi dur et, lorsqu'en 1767 lui est offert un poste à l'Eglise Saint-Thomas de Strasbourg, il décide de partir lui-même à la recherche d'un successeur pour Waldersbach.
En homme bienveillant, Stuber veut laisser un jour de réflexion à Oberlin mais celui-ci rétorque : " Dieu peut nous éclairer aussi bien maintenant. Son fils ne nous dit-il pas que là ou deux ou trois sont réunis en son nom, il se tient au milieu d'eux ? " Les deux se mettent à genoux pour prier, et pour, dans le silence, écouter Dieu. Quand ils se relèvent... Waldersbach a un nouveau pasteur ! Un autre aumônier est vite trouvé... "