LA TERRE D'ISRAËL OU PALESTINE

1ère partie : les réalités historiques

La série « les fondements de la foi » étant parue, nous proposons à votre lecture une nouvelle série de transcriptions d'Institut Biblique du groupe de H. Blocher. Un grand merci à Evelyne Patin pour son travail de saisie.

    Lecture préliminaire : Hébreux 11 : 8ss

    En regardant le fascicule des cartes qui se trouve dans la Nouvelle Bible Segond, la carte qui correspond au premier siècle de notre ère a pour titre : « Le pays de Jésus ». Aujourd'hui les passions sont si vives à propos du droit à cette terre, ou de la relation à cette terre, qu'il s'agit là d'une solution ingénieuse à la difficulté de dire « Israël » ou « Palestine », afin de ne pas être accusé de prendre le parti des Palestiniens contre Israël ou vice-versa ! C'est un sujet sensible sur lequel il faut chercher à rester sobre, serein, rigoureusement proche de ce que les textes bibliques nous disent, en sachant qu'il y a division d'opinion sur ce sujet même parmi les chrétiens évangéliques. Ce n'est pas une raison pour s'arrêter là puisque les deux opinions sont également à considérer. Il y a effectivement des controverses évangéliques qui peuvent se résoudre, et une position ferme que l'on peut adopter tout en sachant que la division des esprits impose le respect mutuel.

    La terre promise... à qui ? Quels sont les faits concernant cette terre ?

1. La période biblique

    C'est l'une des régions du monde qui a été habitée par l'humanité préhistorique le plus tôt, (où que l'on puisse situer le paradis terrestre !), et l'une des premières régions touchées par la vague néolithique et les premières villes. Jéricho est considérée comme l'une des premières villes dont les restes ont pu être retrouvés plusieurs milliers d'années avant Jésus-Christ.

Les patriarches et la conquête

    A l'époque d'Abraham, la région était habitée par des peuplades d'origines diverses (Guirgasiens, Héthiens, Amoréens... sont cités dans la Genèse). Dieu y envoie Abraham qui était originaire de Mésopotamie, et lui montre ce pays en lui disant qu'il le donnera à sa descendance, promesse qui sera répétée à plusieurs reprises (Genèse 12.7 ; 13.15 ; 15 ; 17.8 ; 26).

    Dans le chapitre 15, il est intéressant de constater que Dieu donnera le pays aux descendants d'Abraham, mais pas dans l'immédiat ! C'est avec un statut d'immigré qu'Abraham, son fils et son petit-fils ont résidé dans ce territoire. Dieu avertit Abraham que c'est après 400 ans dans un autre pays (en Egypte) que ses descendants pourront habiter le pays et le posséder. Il explique ce délai de 400 ans en disant qu'il faut attendre que la coupe de l'iniquité des Amoréens (les habitants du pays promis) soit pleine (Genèse 15.13-16). Dieu donne ce pays à la descendance d'Abraham mais il tient en même temps à ce que le jugement qui, du même coup, s'abattra sur ses habitants antérieurs, soit un jugement juste, réellement mérité.

    Cela se réalisera après l'exode, avec la conquête sous la conduite de Josué : conquête qui n'implique pas l'extermination immédiate de toutes les populations du pays, même si certaines villes seront vouées à l'interdit.

    Il est important de noter qu'avant de mourir, Moïse souligne déjà que si le peuple n'est pas fidèle à Dieu, se détourne vers les idoles, il sera arraché de cette terre et privé de ce pays (Deutéronome 28.63ss).

La royauté et l'exil

    La conquête se réalise et la royauté est établie d'abord avec Saül, puis David. Dieu donne une possession sûre et ferme de cette région au peuple par l'intermédiaire de David puis de Salomon. Auparavant les Philistins, pendant tout le temps des Juges, plus avancés techniquement que les Israélites, tendaient à les opprimer. C'est seulement avec David et Salomon que le pays atteint ses limites géographiques : depuis le torrent d'Egypte (et non le Nil) jusqu'à l'Euphrate.

    Mais les rois ne se comportent pas en lieutenants de l'Eternel et la punition déjà annoncée par Moïse vient : double exil, un premier pour ceux du royaume du Nord déportés à partir de 722 av J-C, puis un deuxième, pour le royaume de Juda à partir de 605 av J-C. A partir de ce moment, il n'y aura plus de roi israélite avec un titre plein et incontestable, pour régner sur cette partie du territoire.

    Seul Jésus a occupé le trône de David, mais le Nouveau Testament nous atteste que son royaume n'est pas de ce monde, il est établi dans les temps présents comme justice, joie, paix par l'Esprit Saint (Romains 14. 17). Le royaume messianique, le royaume de Dieu par le nouveau David, notre Seigneur Jésus, est établi dans les cœurs par le Saint-Esprit en attendant une manifestation visible.

    A partir de l'exil, il n'y aura donc plus de roi. Mais il y aura un retour partiel des exilés, permis par les victoires de Cyrus, empereur de Perse. Toutefois, un grand nombre d‘entre eux reste, et pendant des siècles, il y aura une « juiverie » très nombreuse en Babylonie, en Mésopotamie.

    Pendant le premier millénaire de l'ère chrétienne, le foyer principal du judaïsme était en Babylonie, avec les grands dignitaires du Judaïsme. L'édition principale du Talmud (qui est celle de Babylone), a été rédigée par les rabbins résidant principalement à Babylone, du IIIème siècle au VIIIème siècle.

    Il y a également eu une diaspora très importante en Egypte. Un certain nombre d'Israélites, des Judéens, avaient fui dans ce pays emmenant Jérémie avec eux. Une colonie juive nombreuse et prospère n'est pas retournée à Jérusalem.

    A Alexandrie se trouvaient aussi des milliers de juifs : c'est là que la Bible a été traduite en grec. La traduction dite des Septante a été établie parmi ces Juifs installés depuis des générations et des générations en Egypte. Il y a donc eu une diaspora à la suite du grand exil du VIème siècle avant Jésus-Christ, et la fin de cet exil n'a pas impliqué la fin de cette diaspora.

Du retour de l'exil à la destruction du temple

    Le retour partiel des exilés provoque la restauration progressive d'une communauté (appelée désormais juive) d'abord faible, puis peu à peu grandissante. Esdras et Néhémie au milieu du Vème siècle y font des réformes, bien qu'elle reste toujours sous l'autorité de l'empire perse.

    Puis l'empire grec fondé par Alexandre succède à l'empire perse. La Judée, qui est maintenant peuplée, reste une part de l'empire grec. La même situation politique fondamentale perdure jusqu'au moment d'une crise (annoncée par le prophète Daniel) dans la 1ère moitié du IIème siècle avant Jésus-Christ, la crise dite macchabéenne, où le roi de Syrie Antiochus IV veut imposer le culte païen de Jupiter à tous les Juifs. Un mouvement de résistance s'organise sous la conduite des Macchabées (qui veut dire, littéralement, « marteaux ») et leur guérilla remporte de plus en plus de succès. A la faveur de luttes politiques pour le trône de Syrie, les Macchabées réussissent pratiquement à reconquérir leur indépendance et fondent une dynastie de grands prêtres (bien qu'ils ne soient pas de la lignée de Tsadok), devenant si puissants qu'aux alentours de l'an 100 avant Jésus-Christ, il y a une période d'indépendance, certains de ces grands prêtres ayant un pouvoir politique en même temps que religieux.

    Cela durera jusqu'au moment où l'empire romain devient plus puissant et assujettit l'ensemble de la région : à partir de 63 av. J-C, la Judée devient une part de l'empire romain. Hérode, qui n'est pas de race juive au départ, s'attire les bonnes grâces de Jules César et est nommé roi sous l'autorité de Rome. Un peu plus tard, c'est Pilate le gouverneur romain qui a le pouvoir politique.

    En 66 ap J-C, éclate une révolte des populations juives : c'est le mouvement des zélotes qui ne tolèrent pas la présence impure de ces non-Juifs sur le sol de la terre promise. Cette guerre très dure aboutit en 70 à la prise de Jérusalem et à la destruction du temple. Rome impose alors sa discipline, sans toutefois provoquer de grande émigration. Après la catastrophe de 70, le parti pharisien prend l'ascendant.

2. De la destruction du temple à la fondation de l'Etat d'Israël

    Une population juive importante continue d'habiter sur ce sol et manifeste son penchant à la révolte. Elle irrite l'empereur Hadrien (IIème siècle) et provoque une nouvelle guerre en 132 avec un leader nationaliste appelé Bar-Kocheba, qui sera salué comme Messie par le principal rabbin de l'époque. Pendant trois ans, celui-ci régnera sur Jérusalem, puis sera emprisonné par l'empereur qui fait alors raser Jérusalem et lui donne un autre nom.

    Toutefois, la population reste encore assez nombreuse dans le territoire et il y a une vie importante pendant plusieurs siècles avec des centres d'étude rabbiniques, toujours sous l'autorité de l'empire romain. Quand celui-ci devient chrétien, le territoire se couvre de bon nombre d'Eglises, jusqu'au VIIème siècle où naît l'Islam.

    A partir de ce moment, le territoire tombe sous autorité musulmane, sous la domination des Califes. Il y a encore beaucoup de chrétiens qui sont tolérés avec le statut de seconde zone, classique dans les pays d'Islam.

    A la fin du XIème siècle, vers 1100, s'ébranle la Grande Croisade composée essentiellement de Francs : 600 000 partent, 40 000 seulement arriveront. Elle réussit à prendre le pays et à fonder un royaume franc de Jérusalem qui durera environ un siècle, jusqu'à sa reprise par Saladin, un sultan d'origine kurde qui mettra ainsi fin au royaume de Jérusalem.

    A partir du XVIème siècle (1516), c'est le pouvoir musulman ottoman (turc) qui va imposer son autorité pendant environ quatre siècles jusqu'au moment où l'empire ottoman, allié de l'Allemagne, est complètement défait lors de la première guerre mondiale.

L'émergence du sionisme

    Pendant ces deux millénaires, l'idée que les Juifs exilés reviennent sur la terre promise à Abraham et y reconstituent un Etat a été très peu présente. En fait, pendant la première partie du XIXème siècle, c'est plutôt chez les chrétiens que cette idée a fait surface, suite essentiellement à l'étude des prophéties avec la naissance du système dispensationaliste de lecture de l'Ancien Testament.

    L'un des tout premiers auteurs juifs à théoriser l'idée d'un retour a été Moïse Hess, surnommé « le rabbi rouge ». Il a beaucoup influencé Karl Marx dans sa jeunesse. Mais la personnalité qui a exercé le plus d'influence en faveur du retour est Théodore Herzl. Journaliste autrichien juif très distingué, plutôt agnostique, il a été marqué par toutes les manifestations d'antisémitisme dans l'Europe de la deuxième partie du XIXème siècle, ainsi que par l'affaire Dreyfus. Il affirme que la solution se trouve dans le retour des Juifs dans leur pays d'origine, constituant ainsi à nouveau un Etat. En 1896, il écrit « L'Etat Juif », et réunit le premier congrès sioniste de Bâle en 1897. L'idéologie du sionisme est cette vision enfantée par Herzl, qui prône un retour sur la terre des ancêtres et la reconstitution d'un Etat. Ces congrès suscitent le retour d'un certain nombre de colons juifs qui achètent des terres sur place. En 1914, environ 90 000 juifs se sont déjà installés sur cette terre.

La naissance de l'Etat d'Israël

    Après la chute de l'empire ottoman, les Anglais reçoivent mandat de veiller sur ces territoires (tout comme la France a eu mandat de veiller sur le territoire de la Syrie). Un chimiste anglais, Haïm Weizmann, qui connaissait les grands responsables gouvernementaux anglais, réussit en 1917 à obtenir du Ministre des Affaires Etrangères, M. Balfour, une déclaration affirmant que le gouvernement anglais fera tout son possible pour que les Juifs aient un foyer en Palestine, un territoire où ils puissent se sentir chez eux (l'expression exacte étant « home »). La déclaration ajoute que rien ne sera fait qui porte atteinte aux droits civils et religieux des communautés existantes non juives en Palestine.

    Les Anglais n'ont manifestement pas du tout la pensée qu'un Etat juif serait créé. Ils donnent aussi des assurances aux arabes. Entre les deux guerres, une nouvelle et importante vague d'immigration, sous autorité anglaise, porte, en 1925, le chiffre des immigrants à 300 000.

    A deux reprises, des populations arabes musulmanes se révoltent. Mais elles sont réprimées par les Anglais. La situation perdure jusqu'à ce que la 2ème guerre mondiale éclate, avec la terrible Shoah, la destruction des Juifs. Pendant la guerre, les Juifs, en particulier américains, prennent de plus en plus d'importance dans cette affaire et réclament la fondation d'un état juif en Palestine. Après la guerre, la pression s'intensifie dans ce sens, avec les immigrés ainsi que les rescapés des camps. Les Anglais essaient de contenir cette pression, mais les actions d'une armée secrète juive aboutissent à la fondation de l'Etat d'Israël, qui est approuvée par les Nations Unies. A l'époque, même l'URSS est favorable à cet Etat d'Israël parce que les pionniers qui le fondent sont très socialistes dans leurs perspectives. Les colonies qui se sont créées sont en grand partie des kibboutzim, sur le modèle des socialistes : communauté de vie, pas de propriété privée... Haïm Weizmann, qui est socialiste, devient le premier président de l'Etat d'Israël avec le soutien de l'URSS.

    Cet Etat est un petit territoire avec deux zones, l'une vers le Sud-Est, l'autre vers le Nord-Ouest, et avec une ligne de « cessez le feu » dans la ville de Jérusalem même qui, n'étant donc pas entièrement en la possession d'Israël, en montre la précarité.

Les conflits décisifs

    Avec les afflux d'immigration constante et le soutien financier des communautés juives, en particulier américaines, un premier épisode offensif envers l'Etat d'Israël avorte en 1956, lorsque le colonel Nasser nationalise le canal de Suez puis attaque Israël. L'armée d'Israël, soutenue par les Français et les Anglais, riposte de manière si efficace que les Etats-Unis interviennent pour faire cesser le conflit, à cause des relations avec l'URSS. Cet épisode ne change pas très radicalement la situation d'Israël mais démontre dès lors sa force militaire.

    Puis, en 1967, c'est la « Guerre des six jours » où Israël, attaqué par l'Egypte, réplique avec une vigueur incroyable : en six jours, l'Egypte est complètement mise à genoux. Son aviation est détruite au sol dès les premières heures du conflit par l'aviation israélienne.

    Ce deuxième épisode provoque un changement absolument massif : à partir de là, les Juifs vont occuper beaucoup plus de territoire, ainsi que Jérusalem, malgré une contestation permanente par rapport aux motions de l'ONU (ce qui pose pour la première fois la question : en ont-ils le droit ou non ?)

    En 1973, un troisième épisode se résout également en faveur d'Israël grâce à sa supériorité technique militaire : la guerre du Kippour. L'Egypte et la Syrie, profitant de cette période de Kippour (grand jour des expiations) décident d'attaquer Israël mais sont vaincues, en particulier grâce aux victoires israéliennes sur le front égyptien.

3. La question palestinienne

    Il n'y a pas eu, depuis, de guerre majeure avec les grands pays voisins, mais le grand problème qui est maintenant soulevé est celui du rapport aux Palestiniens.

    D'où viennent les Palestiniens ? Ce sont les descendants des populations autochtones qui étaient établies depuis des siècles dans le pays. Ils ont d'abord accueilli, avec plus ou moins de crainte, les immigrants juifs de la première moitié du XXème siècle. Au moment où s'est fondé l'Etat d'Israël, ils ont été incités ou contraints en masse à quitter leur pays. Mais des centaines de milliers de Palestiniens sont restés - ils représentent d'ailleurs une part très importante de la population de l'Etat d'Israël : ils sont arabes non-juifs, citoyens de seconde zone.

    Un autre très grand nombre de Palestiniens partis sous la contrainte, au lieu de se fondre dans les Etats arabes musulmans du pourtour, ont été hébergés, parqués dans des camps de regroupement. Ces camps n'avaient, il est vrai, rien à voir avec des camps de prisonniers et ont été créés avec l'aide des Nations Unies. Ce qui n'empêche pas une existence de misère ruminée de génération en génération.

    Certains Palestiniens, sortis des camps, vont finir par constituer une menace du fait de leur nombre, par exemple en Jordanie où le père du roi actuel, voyant son trône menacé, les fait massacrer à grande échelle (ce que l'on a appelé « septembre noir »). Un grand nombre de ces Palestiniens fuit alors au Liban, y constituant une nouvelle menace. C'est à la suite de cette menace qu'Israël envahira le Liban au début des années 80 et contraindra Yasser Arafat à fuir. C'est à ce moment-là que les troupes dites chrétiennes du Liban, en réalité sous commandement israélien, perpètrent le massacre de Sabra et Chatila à Beyrouth. Ces deux faubourgs de la ville étaient une zone de taudis, où habitaient des milliers de femmes et d'enfants qui furent massacrés sans pitié.

    Dans les dernières années se sont développées deux intifadas (insurrections) nommées aussi « guerre des pierres », malgré les efforts de paix, les accords de Camp David, d'Oslo. Depuis, la situation s'est constamment envenimée entre les populations palestinienne et israélienne provoquant le terrorisme et la répression.

    Nous verrons dans notre prochaine étude comment tous ces faits sont lus (également les faits bibliques) par les pro-sionistes et les anti-sionistes.

suite...
Henri Blocher