Robert Morrison
(5 janvier 1782 - 1er Août 1834)
1ère partie

1. La Chine et ses spiritualités

1.1. Les trois grands courants traditionnels

Si l'on ne sait pas grand chose des religions traditionnelles de la Chine ancienne, on peut dire qu'il existe trois grands courants, en dehors du christianisme, de l'Islam et des traditions religieuses plus récentes : le Confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme. Au plan chronologique, le taoïsme se développe à peu près à la même époqueque le Confucianisme,à partir du 5e siècle av. J.-C., puis vient le bouddhisme vers le 1er siècleap J-C.

1.1.1.Le Confucianisme

Le Confucianisme est la doctrine des intellectuels, à laquelle se rattachent aujourd'hui en Chine environ 150 millions personnes. Cette tradition tire son nom et ses pratiques de l'enseignement de son maître : Confucius 551-479 av. J.-C (en chinois Kong fu zi, ou Kong qui signifie " le Maître "). Confucius ne s'occupe pas directement de salut, mais valorise des rites permettant au fidèle de trouver " la Voie " d'une vie à la morale parfaite. C'est pourquoi, parfois, certains ont considéré le confucianisme comme une philosophie plutôt qu'une religion.   Confucius
    Kong fu zi

1.1.2. Le Taoïsme

Lao Tseu
    Lao Tseu
Le taoïsme est la tradition suivie par 20 millions de fidèles avec quelques 1600 temples oùvivent plus de 25000 prêtres et nonnes en Chine. Cette religion se réclame de Lao Tseu, ou Laozi (en chinois "vieux Maître") 570 à490 avantJ-C. Il a vécu à peu près à la même époque que Confucius et Bouddha. Lao Tseu incite ses fidèles à vivre humblement selon les lois de la nature. à l'origine, l'acupuncture était un art de guérir propre au taoïsme.

1.1.3. Le Bouddhisme

Bouddha
    Bouddha
Le bouddhisme est une religion importée en Chine par les marchands d'Asie Centrale. Elle compte aujourd'hui 300 millions d'adeptes en Asie, 13 000 temples et près de 20 0000 bonzes et bonzesses en Chine. C'est Siddhârta Gautama qui est à l'origine du Bouddhisme. Ce sage est né dans "le bois Lumbini", près de la ville de Kapilavastu (aujourd'hui au Népal), et a vécu quatre-vingts ans. Il existe depuis le IIIème siècle 18 écoles du bouddhisme, que l'on regroupe sous les appellations de petit véhicule (Hînayâna), grand véhicule (Mahâyâna) (celui de laChine) et véhicule tantrique(Vajrânyâna). Les bouddhistes enseignent la métempsychose (réincarnation). Après une dernièreréincarnation dans une vie vertueuse toute empreinte de non-violence, le croyant, à sa mort, se dissout alors dans le karma, son salut acquis par les oeuvres d'une vie sainte.

1.2. Le christianisme en Chine

1.2.1. Les débuts du christianisme : L'Eglise Nestorienne

" Ces moines qui passent les mers jusqu'aux Indes et en Chine n'ayant pour tout bagage qu'un bâton et leur besace. [...] Voici en effet que de nos jours [...] le roi des Turcs, avec presque tout son peuple,rejeta ses anciens errements athées et se convertit au christianisme, grâce à l'action delagrandevertu du Christ, auquel tout est soumis ; il nous demanda par lettre de préposer un métropolite à tout le territoire de son royaume, ce que nous avons accompli avec le secours de Dieu [...]. Voici en effet, que dans toute la région de Babylone, de Perse et d'Ator [Assyrie], dans toutes les régions d'Orient, chez les Hindous et les Chinois, les Tibétains et les Turcs, et dans tous les territoires soumis à ce trône patriarcal [...] ce trisagion1 se récite sans l'addition de ces paroles" qui fut crucifié pour nous ". [...] Ces jours-ci, l'Esprit consacra un métropolite pour les Turcs ; nous en préparons un autre pour les Tibétains. "

Mar Timothée Ier, patriarche de l'église d'Orient (728-823)2

Stèle de Xi'an ou Si-ngan-fou
Stèle de Xi'an ou Si-ngan-fou, déterrée en 1623 par les Pères jésuites
Ce sont les nestoriens qui, dès le VIe siècle, implantèrent des églises en Chine3, avec une liturgie en Araméen. Nestorius (428-431), évêque de Constantinople, a été condamné au concile d'Ephèse en 431 pour hérésie. Sans nier les deux natures de Jésus, pour lui elles étaient juxtaposées et sans union entre elles. Ses disciples se réfugièrent en Perse, et en Iran. Ils étaient animés d'un grand zèle missionnaire. La stèle de Xi'an ou stèle de Si-ngan-fou, présente les grandes doctrines chrétiennes et trace les différentes étapes de l'implantation de l'église en Chine. Elle est aussi le témoin gravédans la pierre d'un édit de tolérance promulgué en 638 par l'Empereur T'ai-Tsung (626-649). Cetteloi assurait protection à la " religion rayonnante ", Jingjiao, et autorisait ses missionnaires à construiredes églises et à ouvrir des séminaires

1.2.2. Les missions modernes : l' église catholique

François Xavier est mort en 1552 avant de pouvoir atteindre la Chine, Melchior Nunez le suit et arrive à Canton en 1555. Mais l'histoire retient surtout le nom de cet autre jésuite,MatteoRicci (1552-1610), qui, par sa science, eut accès à la cours de Pékin le 25 janvier 16014. N'oublions pas que c'est en Chine qu'ont été inventés : la poudre à canon,le papier, la boussole et le compas magnétique, le gouvernail de poupe, certains mécanismes d'horlogerie, la soie, la porcelaine, le parapluie, le cerf-volant, la brouette, le harnais de poitrail pour les animaux !...   Matteo Ricci
    Matteo Ricci
    (1552-1610)

S'habillant à la manière d'un disciple confucianiste et se faisant appeler " Li Matou " cequisignifie " le Sage d'Occident ", c'est surtout par ses travaux de géographe, d'astronome et demathématicien qu'il s 'est attiré l'estime des scientifiques de " l'Empire du Milieu ". Ses études approfondies du Confucianisme lui ont valu l'amitié des plus savants du pays. C'estainsi qu'il concevait l'évangélisation : en commençant " par le haut ",les notables et éruditsd'alors. La vie de Ricci en Chine a surtout été marquée par l'étude du confucianisme, et il a laissé deux ouvrages majeurs en chinois : le premier, " Sur l'amitié ", est un ouvrage ayant vocation "d'apprivoiser " l'intelligentsia chinoise, et le second, " Le Seigneur du Ciel ", se veut une première approche de l'évangileexprimée en des termes qui permettent à un confucianisted'adhérer à laphilosophie présentée.

1.2.3. Le protestantisme en Chine

Hudson Taylor
Hudson Taylor (1832-1905)
Gutzlaff
Karl Gützlaff (1803-1851)

    Aujourd'hui, selon les statistiques officielles, la Chine compte 12 millions de protestants, 18 000 pasteurs et prédicateurs dont un grand nombre de femmes5, 12 000 temples et 25 000 lieux de rencontre. Mais c'est sans compter les nombreuses " communautés non enregistrées " ! Selon Portes Ouvertes, l'églisechinoise augmente d'environ 3 à 5 millions de membreschaque année depuis le réveil de 1970.Aujourd'hui, l'église chinoise est devenue la plus grande communauté chrétienne du monde. Le nombre total de chrétiens est estimé entre 60 et 80 millions, peut-être plus (selon les sources de Portes Ouvertes).

    S'il suffit aujourd'hui de 9h 30 de vol pour rejoindre Pékin depuis Paris, le pionnier des missions protestantes en Chine, Robert Morrison, mit quant à lui 12 mois en bateau pour arriver à Canton ! Mais que sait-on de Morrison et du travail qu'il a accompli, avant qu'Hudson Taylor (1832-1905) vînt lui faire ombrage par notoriété biographique interposée ?

2. Robert Morrison " l'Apôtre de la Chine "

Petite bibliographie :

2.1. Morrison en Grande Bretagne

   
Morrison est écossais élevé par ses parents dans une tradition presbytérienne très stricte. Ilest le huitième enfant de la famille. Après unescolarité " normale ", Robert entre enapprentissage dans la fabrique de lacets ou travaillait son père, puis travaille chez son oncle. Comme par opposition à son éducation, de façon assez inattendue, il se laisseentraîner parunetroupe d'acteurs à la vie dissipée. Mais la vie " d'amuseur public " ne lecomble pas plus quele légalisme religieux de sa famille.

Il a 15 ans lorsqu'il revient travailler dans l'entreprise de son père. Déçu parce quelui aapporté son expérience de vie d'acteur, il réfléchit et passe par une profonde expériencespirituelle, prenant conscience de la gravité du péché devant Dieu qui est juste et saint... Sa viechange alors d'orientation, sesoccupations en portent les marques !
  Robert Morrisson

Premier acte

    Il demande à devenir membre de l'église presbytérienne où son pèreétaitdiacre. Robert va êtreun membre " actif " : il fréquente assidûment le cercle de prière, et, avec d'autres jeunes deson âge, rend régulièrement visite aux malades. Après de longues journées de travail (12 à 14h de travail journalier étaitchosecourante àl'époque), il se met à étudier la Bible, et pour perdre le moins detemps possible, finit parinstaller son lit dans l'atelier ! Certains voit dans cette époque de trop denses activitésl'origine de ses soucis de santé chroniques qui le poursuivront tout au long de sa vie.

Deuxième acte

    Morrison a 17 ans lorsque, suite à la lecture de journaux missionnaires, sa conscience estéveillée par ce qu'écrivent ceux qui sont partis pour annoncer la Bonne Nouvelle de l'évangileaux païens à l'autre bout du monde. Mais Robert est le préféré de sa mère, il ne parvient pas àenvisager de la quitter pour embrasserunecarrière missionnaire.

Troisième acte

    son appel au service s'oriente donc plutôt vers le ministère pastoral. Il a maintenant 19ans, etpour mettre ses projets à exécution, fait des économies poursuivre des cours de latin, degrec et d'hébreu.

Quatrième acte

    contre l'avis de ses parents, à 21 ans, il s'inscrit en 1802 au collège théologiquecongrégationaliste de Hoxton. Pendant 2 ans, il étudie et prêche dans les villages de labanlieuelondonienne. à force de travail acharné, il dépasse sescondisciples qui ont pourtant unbien plus grand bagage académique que lui. Ses professeurs l'encouragent à prendre en charge uneéglise ou à continuer les études àl'Université. Mais sa mère ayant rejoint la partie céleste,l'appel à évangéliser les païens retentit de nouveau en lui...plus rien ne le retient...

Cinquième acte

    le 27 mai 1804, bravant l'avis défavorable de ses professeurs, Robert écrit à laSociétéMissionnaire de Londres pour offrir ses services. Pendant 14 mois, il continue ses études àl'Académie Missionnaire de Gosport, se spécialisantsans savoir dans quel pays il irait...Tombouctou dont on parlait beaucoup l'attiraitmais sans plus de convictions...

Sixième acte

    pour faire pénétrer l'évangile au cÅ“ur de la Chine, le pasteur M. Moseley en était venu à laconclusion que la meilleure stratégie était encore detraduire et de diffuser la Bible enchinois. Mais le travail paraissait si démesuré qu'il ne fut proposé à aucun jeune missionnairede s'y engager, jusqu'au jour où,devantl'endurance et la capacité de travail de Morrison, laMission de Londres accepta de relever le défi.
Nous sommes en 1805, Robert Morrison a donc 23 ans. Pour se préparer à la tâche, il continue des études de médecine, d'astronomie et de chinois. Il découvre l'existence d'un jeunecantonais qui, à Londres, veut apprendre l'Anglais : Morrison devient doncson " prof " d'Anglais et l'emmène à la Bibliothèque recopier une harmonie des évangiles en chinois et un dictionnairechinois-latin...     Jn 3:16
  Jean 3.16 en Chinois

Septième acte

    consacré au ministère le 8 janvier 1807, juste quelques jours après son 25ième anniversaire,Morrison embarque à la fin du même mois pour la Chine en passant par l'Amérique -la Compagnie des Indes Orientales refuse les missionnaires à bord de ses bateaux-. Après 12 mois de voyage, il arrive enfin à Canton.

Suite ...
Anne Ruolt

 

1 Un " trisagion " est un hymne très ancien de la liturgie de l'Eglise Orthodoxe

2 Tiré de Joseph Yacoub, De Babylone à Pékin, l'expansion de l'église nestorienne en Chine (Joseph Yacoub est professeur de sciences politiques à l'université catholique de Lyon)

3 Joseph Yacoub, ibid.

4 Père Henri Madelin, sj, " L'héritage de Matteo Ricci en Chine ", La Croix, 21/02/2002, www.stignace.net/recherchedetextes/cadretextes/lheritagedematteoricci.htm

5 Lire à ce sujet, Missions Etrangères de Paris - 2004 -- Cette information a été publiée dans le N° 394 (1er avril 2004) d'Eglises d'Asie. Relogioscope, 3 avril 2004, religion.info/french/articles/article_40.shtml