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L'assiette du chrétien ou le chrétien peut-il manger de tout ? Les Ecrits de Moïse Les animaux purs et impurs Dans l'Ancien Testament, il était formellement interdit de manger certains aliments considérés impurs (Lv 11). Plusieurs explications ont été proposées pour essayer d'expliquer le pourquoi de ces lois. La connotation cultuelle dans laquelle s'insère cette législation nous amène à préférer à l'explication hygiénique, celle qui attribue à ces règles une valeur ségrégationniste. Pour que le peuple ne se mélange pas avec les païens, l'empêcher de pouvoir manger avec eux était une mesure radicale. Le sang Une interdiction très sévère touchait aussi au sang et cela datait déjà du temps de Noé (Gn 9.14 ; Lv 17.10). Ainsi, aujourd'hui encore, parmi les aliments proscrits des juifs, figure le sang : pas de boudin, pas de viandes crues mais aussi aucune viande dont l'animal n'aurait pas été saigné. Même l'étranger, le non-juif résidant au milieu du peuple de Dieu devait se soumettre à cette loi, et manger kasher (Lv 17.10). Pourquoi cet interdit ? Cela ne tenait en rien à une question de goût, comme aujourd'hui on peut aimer ou détester les escargots... Le motif était de nature cultuelle. Dans l'A.T., le sang, comme la graisse du reste revenait toujours et exclusivement à Dieu (Lv 3.16b-17). Le sang avait une valeur expiatoire. En cela nous comprenons bien comment le sang était synonyme de vie pour le croyant (voir aussi : Ex 12.23). Sans effusion de sang il ne pouvait y avoir de pardon des péchés, il ne pouvait y avoir de vie (Hb 9.22). Pierre et Paul Les animaux purs et impurs Dieu lève les interdits alimentaires imposés par le culte juif, en déclarant à Pierre de considérer maintenant comme purs tous ces animaux considérés auparavant comme impurs (Ac 10.15). Pierre pouvait aller manger chez Corneille, ce païen sur la table duquel il était possible de trouver du porc, de l'anguille, du canard, du lièvre, du chameau, des viandes non saignées etc. La viande sacrifiée aux idoles Dans les villes païennes, où l'on offrait de nombreux animaux en sacrifices, une partie de cette viande revenait aux prêtres, une autre partie était consommée dans le temple par les adorateurs qui invitaient pour l'occasion leurs amis à ces repas festifs, les surplus étaient vendus au marché public. Aux Corinthiens, Paul recommande de manger tout ce qui se vend sur le marché (1 Co 10.25-27). Il ne voit pas d'objections cultuelles quant à ce qu'un chrétien mange de la viande qui a pu être sacrifiée à des idoles, puisque celles-ci n'existent pas pour qui croit en l'Éternel (1 Co 8.4-6). Les aliments sont faits par Dieu pour le ventre et le ventre pour les aliments, ce n'est pas un aliment qui rapproche de Dieu. Manger ou ne pas manger telles ou telles choses ne rend le chrétien ni meilleur ni pire (1 Co 6.13, 8.8). L'aliment n'a aucune vertu magique. Le sang Sous la nouvelle Alliance, le sang des animaux n'a plus de valeur expiatoire, c'est le sang de Jésus-Christ qui sauve (1 Jn 1.7, Hb 9.14). Les sacrifices de l'AT, n'étaient que l'ombre des choses à venir. La réalité étant en Christ, Paul peut écrire aux Colossiens : Que personne ne vous juge sur le manger et le boire (Col 2.16-23). Pourtant tous les chrétiens de l'époque de Paul n'avaient pas encore assimilé ces vérités. A cause d'eux, il pouvait dans certains cas être nécessaire d'user de bienveillance et de renoncer à certaines libertés pour ne pas les scandaliser (1 Co 8.7-13). La paix de la communauté est à rechercher (Rm 14.14-23). Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu (1 Co 10.31). La réponse de Jacques aux chrétiens non-juifs d'Antioche Comment alors comprendre ce que les apôtres, les responsables de l'Église de Jérusalem inspirés par le Saint-Esprit ont ordonné aux chrétiens d'origine non-juive de l'Église d'Antioche (Ac 15.20 & 29) ? L'Église d'Antioche Antioche de Syrie (à distinguer d'Antioche en actuelle Turquie), était au temps des Apôtres la troisième capitale de l'Empire Romain, après Rome et Alexandrie. L'Église d'Antioche est née, après le martyre d'Étienne lorsque les disciples quittèrent Jérusalem, et se dispersèrent. Certains, nous dit-on, allèrent annoncer la bonne nouvelle de l'Évangile de Jésus-Christ aux juifs résidant à Antioche à 500km au nord de Jérusalem (Ac 11.19). D'un autre côté, ce sont des disciples d'origine de Chypre et de Libye qui annoncèrent l'Évangile aux non-juifs d'Antioche (Ac 11.20). Les échos des progrès de l'Évangile arrivèrent jusqu'à Jérusalem, qui dépêcha Barnabas sur place. Celui-ci chercha Saul à Tarse, et ensemble passèrent une année à travailler dans l'Église. C'est là, que pour la première fois les disciples furent appelés chrétiens (Ac 11.26). Un lien étroit est cultivé entre l'Église d'Antioche et de Jérusalem : d'un côté Jérusalem délègue Barnabas, Agabus de Jérusalem se rend à Antioche avec d'autres prophètes (voir aussi Ac 15.1), d'un autre lorsque les disciples d'Antioche apprennent qu'une famine va toucher la Judée, ils viennent au secours matériel de leurs frères éprouvés (Ac 11.29). L'objet du trouble à Antioche Le trouble fut jeté au sein de cette communauté mixte d'Antioche, lorsque des personnes de l'entourage de Jacques et sans doute se recommandant de lui (Ga 2.12, Ac 15.1, 24) enseignèrent que : si vous ne vous faites pas circoncire comme Moïse l'a prescrit, vous ne pouvez pas être sauvé" (Ac 15.1). Selon cette doctrine, le païen non circoncis ne pouvait être sauvé. La question était donc capitale, touchant aux conditions à remplir pour avoir la vie éternelle. Affirmer une telle chose, c'était du coup nier la toute suffisant du sacrifice de Jésus-Christ. Paul et Barnabas combattent cet enseignement, mais la discussion est serrée. Dans son épître aux Galates, Paul dit que Barnabas était sur le point de se laisser entraîner sur cette pente (Ga 2.13). Pierre lui-même qui mangeait avec les frères non-juifs, s'esquiva par crainte, lorsque les personnes de l'entourage de Jacques arrivèrent sur place (Ga 2.12). C'est là que Paul reprit Pierre devant tous les frères, voyant qu'il ne marchait pas droit. Nous savons comment Paul a été un fervent défenseur de la justification par la foi, sans les œuvres : sans les œuvres de la loi mosaïque (Ga 2.16), mais aussi sans les bonnes œuvres (Eph 2.8-9). Le juste vivra par la foi (Rm 1.16-17). Dans ce contexte, c'est sciemment que Paul refuse de faire circoncire Tite (Ga 2.3-5), alors que dans un autre contexte il demande que Timothée soit circoncis (Ac 16.3). Bilan, pour tirer l'affaire au clair, les responsables de l'Église d'Antioche mettent le prix, et déléguèrent Paul et Barnabas, pour qu'ils se rendent avec quelques frères à Jérusalem auprès de Jacques. Qu'en était-il vraiment ? Le sujet en débat à Jérusalem Les premiers qui réagissent, sont d'anciens pharisiens convertis au christianisme. Le débat fait vibrer en eux une corde sensible ; outre la circoncision ils veulent encore que l'on impose toute la Loi de Moïse à tous les chrétiens (Ac 15.5). Les responsables de l'Église quant à eux, ne posent pas tout de suite de verdict, ils examinent d'abord les choses en écoutant ce que les gens venus d'Antioche avaient à dire à dire. Pierre qui s'était laissé reprendre par Paul à Antioche, parle à présent d'expérience et affirme clairement que c'est seule la grâce qui sauve (Ac 15.8-11). Barnabas et Paul ne cherchent pas à se justifier de quoi que ce soit, mais se place comme simples témoins faisant écho de ce qu'ils ont vu de l'œuvre de Dieu. Jacques porte-parole du groupe de responsables, après avoir écouté les différents intervenants, commence par attester que la conversion des païens est conforme aux Écritures en citant à ce propos le livre du prophète Amos (Am 9.11-12). La valeur théologique des propos de Pierre, de Barnabas et de Paul est donc irréprochable et la conclusion formulée par Jacques logique ; la circoncision, comme marque de retranchement du peuple de Dieu, n'est plus nécessaire. Elle s'accorde avec la théologie de Paul qui écrivait aux Romains ; ce qui fait le juif c'est ce qui est intérieur, et la vraie circoncision est celle que l'Esprit opère dans le cœur et non celle que l'on pratique en obéissant à la lettre de la Loi (Rm 2.29). Cependant, Jacques va exiger des chrétiens d'origine païenne certaines abstinences : celles qu'il estime strictement nécessaires (Ac 15.28b), en affirmant qu'en agissant ainsi, ces chrétiens agiront bien (Ac 15.29b). Remarquons que la portée de ces obligations ne vise pas le salut, mais le bon agir d'un groupe de l'Eglise. Qu'exige Jacques des chrétiens troublés d'Antioche ? s'abstenir de :
En comparant l'intitulé oral et écrit, trois grandes lignes se dégagent :
1° L'optique cultuelle Dans le contexte culturel païen de l'époque, manger des viandes sacrifiées aux idoles revenait souvent, dit-on, à s'associer personnellement au culte. L'interdiction serait alors un rappel de bon sens ; on ne peut servir deux maîtres. Celui qui est à Christ, n'a pas à entrer dans un temple païen pour y célébrer un culte aux faux dieux! Ces cultes païens étaient l'occasion de véritables orgies où les participants étaient amenés à boire le sang des victimes, sang mélangé à du vin. Dans ce contexte, l'expression pervertie de la sexualité était courante, et même parfois ordonnée, d'où la prostitution sacrée ! Ainsi, selon cet éclairage, Jacques ne demanderait rien de plus aux chrétiens que d'être fidèles au Seigneur, de couper net avec l'idolâtrie et les cultes païens. Mais alors comment comprendre qu'ailleurs il ne soit pas catégoriquement interdit de manger de la viande qui avait préalablement été offerte aux idoles ? Lorsqu'un chrétien d'origine païenne était invité à une fête de famille, ou corporative, cela se passait souvent dans les locaux annexes d'un temple païens. Sa présence dans ce lieu ne faisait pas ipso facto de lui un idolâtre, comme nous ne devenons pas catholiques en assistant à des funérailles dans une Église catholique, ou musulmans si l'on participe au mariage d'un parent de tradition musulmane. 2° L'optique éthique D'autres donnent à toutes ces prescriptions une valeur éthique et morale, et donc en imposent l'obéissance stricte à tous les chrétiens : Pas d'idolâtrie, Pas d'homicide, Pas de viandes saignantes, pas de sang, Pas d'unions sexuelles illégales, d'adultère, d'inceste, de concubinage, de prostitution, d'homosexualité, ... C'est cette approche qui conduit certains à justifier l'obligation pour les chrétiens de s'abstenir de boudin et de viande crue, mais moins souvent l'imposition de ne manger que de la viande kasher. Une des difficultés de cette approche, c'est de rendre universelle une décision alimentaire, que Paul lui-même n'applique pas universellement. En effet, à Corinthe où se posait la question des viandes sacrifiées aux idoles, Paul ne s'appuie pas sur cette réponse de Jacques. Si la position explicitée par Jacques avait été considérée comme un dogme à imposer à toutes les Eglises, pourquoi Paul n'en parle-t-il pas ? L'interdit catégoriquement réaffirmé, la question eut été vite réglée ! 3° L'optique de ne pas scandaliser les juifs D'autres font remarquer qu'en fait Jacques ne demanderait aux chrétiens d'origine païenne que de s'abstenir de ce qui était en horreur aux juifs, c'est-à-dire :
Certains commentateurs soulignent que c'était là des interdictions auxquelles devaient se soumettre les étrangers résidents au milieu du peuple élu, aux temps de Moïse. Comment imaginer un seul instant, dans une jeune Église composée de jeunes croyants originaires de traditions différentes, mais où tous veulent vivre en paix, se réjouir, manger et prendre la cène ensemble, qu'il se trouve certains mettant sur la table commune d'excellents rôtis de porc, ou du boudin ... pour choquer et provoquer un groupe qui n'est pas encore affranchi de ses traditions passées. Jacques remplit de sagesse recommanderait donc aux chrétiens d'origine non-juive, de renoncer à certains droits, en adoptant une attitude qui contribue à la paix, afin que toute la communauté puisse vivre en bonne harmonie, s'affermir et croître dans la connaissance du Seigneur. Du reste, avant l'an 70 ap J.-C., les juifs offraient encore des sacrifices d'animaux au temple de Jérusalem ! Conclusion Le chrétien est libre de manger de tout, car ce n'est pas ce qui entre dans le ventre qui le souille (Mt 15.11), pourtant, selon le contexte, pour agir bien, il peut être nécessaire de renoncer volontairement à certains droits. Cependant cela n'en fait pas une règle à imposer à tous, en tout lieu et en toutes circonstances, et surtout pas un moyen d'acquérir le salut ou d'en être rejeté ! Que notre amour gagne de plus en plus en pleine connaissance et en parfait discernement pour que nous sachions discerner ce qui est important. Ainsi nous serons purs et irréprochables au jour du Christ, où nous paraîtrons devant lui chargés d'œuvres justes, ce fruit que Jésus-Christ aura produit en nous, à la gloire et à la louange de Dieu (d'après Ph 1.9-11).
A.R. |