Une demande qui plut à Dieu

Lectures : Ps 91, 1 R 3.1-15, Jc 4.2-3


Introduction



Il paraît que depuis le mois dernier, il y a une nouvelle façon de se situer dans le temps : jusque-là on parlait d’un avant et d’un après Jésus-Christ, maintenant on parlerait d’un avant et d’un après 11 sept 2001 ! de quoi déclencher une nouvelle épidémie de sinisthrax ! Quel antidote proposer contre ce type de mal ?

Comme moi, vous avez dû entendre cette interview de Rudolph Giuliani, maire de New York le mois passé. Devant les tours réduites en gravats, il disait avoir prié pour les pompiers et sauveteurs qui pénétraient dans les deux célèbres tours jumelles du World Trade Center, avant que celles-ci ne s’effondrent. Partis sauver des vies humaines, ils y ont laissé leur vie.

Un peu plus tard, dans son allocution télédiffusée, c’est le Président Bush qui, à son tour, appelait les Américains, à prier tout en les rassurant en citant le Ps 23

Ce type d’appel à la prière a suscité en moi 3 questions principales : prier, oui, mais :

Prier QUI ? Prier POURQUOI ? Prier QUOI ?

En effet, les bouddhistes prient, les animistes prient, les musulmans prient, ceux qui se réclament du christianisme, toutes traditions confondues, prient mais tous ne s’adressent pas nécessairement ni exclusivement au Dieu trinitaire qui se révèle à nous dans l’Ecriture.

La prière n’est pas pour tous le signe de la communion et du dialogue avec le Père qui a fait d’eux ses enfants en Jésus-Christ, et qui, par l’oeuvre de Son Esprit, renouvelle leur intelligence pour des propos justes, afin que soient formulées des demandes " qui plaisent à Dieu ".

Mais au fait, qu’est-ce qu’une demande qui " plaît Dieu " ?

Peut-on formuler des demandes qui ne lui plairaient pas ?

Ces interrogations m’ont amené à repenser à 2 passages bien connus de l’Ecriture :

  • l’un où Dieu dit explicitement d’une demande : " qu’elle lui plut ",
  • l’autre où est exprimée la motivation qui rend une demande déplaisant au Dieu de la Bible.

La prière qui " plût à Dieu ", c’est celle d’un jeune homme de bonne et pieuse famille qui, il y a 2970 ans, accéda à la magistrature suprême de son pays.

Bien administrer n’est pas chose simple, mais succéder à un père qui en 40 ans de règne avait bien assis sa renommée était un héritage encore plus lourd à porter  De quoi vous donner des cauchemars

Manifestement travaillé en lui-même par le poids de la charge professionnelle qui lui incombait, c’est à l’occasion d’une nuit agitée, dans un rêve, que ce jeune homme d’une vingtaine d’année alors, formula cette prière qui plut au Seigneur

C’était à Gabaon où se trouvait alors la tente de la rencontre, à une époque où le Temple n’existait pas encore à Jérusalem juste après une grande célébration religieuse qui avait marqué sa prise de fonction effective roi Salomon

Lecture 1 R 3.2-15 ; 2 Ch 1 ; Ja 4.2-3

PRIER QUI ? Prier POURQUOI? Prier QUOI ? (haut)

La prière n’étant ni un simple " lieu de paroles " ou centré sur nous-mêmes nous vidons notre " trop plein " intérieur, ni un simple devoir cultuel comme le souligne si bien le " notre Père " interprété par la compagnie Sketch’Up il importe de nous interroger : avec QUI parlons-nous, lorsque nous prions ?

Prier, c’est entrer en relation avec quelqu’un de vivant, or l’estime que nous avons pour notre interlocuteur, l’idée que l’on se fait de ses qualités et de ses limites- façonne nécessairement notre manière de nous adresser à lui.

Après la construction du Temple à Jérusalem, les haut-lieux désignent des lieux où étaient adorées des idoles, c’est-à-dire le plus souvent des bouts de bois ou de la pierre taillés par l’homme à sa mesure, pour être à son service ; c’est à dire, lui accorder la santé, le préserver des intempéries et autres catastrophes naturelles, lui accorder le succès à la guerre, et de nombreux fils comme vaillants guerriers

Mais avant la construction du Temple, les Israélites avaient l’habitude d’adorer l’Eternel dans toutes sortes de lieux. Cela n’était pas explicitement défendu, dans la mesure où il ne s’agissait pas, bien sûr, d’anciens sanctuaires païens, ce qui aurait pu prêter à confusion ou inciter certains à s’adonner au syncrétisme. Ce que ce passage semble déplorer chez plusieurs

Gabaon était alors le lieu ou se trouvait le Tabernacle (1 Ch 16.39), l’arche de l’Alliance étant quant à elle à Jérusalem (1 Ch 15.1, 16.1).

Salomon, s’était donc rendu à Gabaon, pour rechercher la communion au vrai Dieu au moment où il allait commencer à régner, c’est à dire à exerçer la justice dans le pays qui lui était légué.

C’est là une bonne priorité, car la crainte de l’Eternel, est le commencement de la sagesse (Ps 111.10, Pr 9.10).

Dommage qu’il n’ait pas appliqué ce même principe en décidant sans consulter Dieu, de faire alliance avec l’Egypte en épousant la fille de pharaon

Cependant le Dieu de la Bible accueille qui vient à lui. Il accueille Salomon, qu’il aime et qu’Il veut former à sa sagesse.

Le Dieu de la Bible à qui s’adresse Salomon, est un Dieu Saint, c’est pourquoi le Roi lui offrit 1000 holocaustes, c’est-à-dire 1000 animaux pures, entièrement consumé par le feu.

Aujourd’hui nous n’avons plus besoin de ce préalable, pour être en communion avec Dieu, car Jésus s’est pleinement offert pour nous, nous ouvrant ainsi le chemin qui mène au Père. C’est la foi au Christ, fait Homme, seul médiateur entre Dieu et les hommes qui est nécessaire et elle seule. L’ascèse, les privations de toutes sortes, comme d’autres formes d’œuvres ne purifient personne. Seul le sang de Jésus purifie de toute iniquité.

Le Dieu de la Bible, vers qui Salomon se tourne, est aussi un Dieu bienveillant. Le mot bienveillance, est la pauvre traduction d’un mot hébreu au sens bien plus riche : la hésed c’est aussi la miséricorde, l’amour, la tendresse, la grâce, la fidélité

L’empreinte de cette bienveillance divine dans la vie de David parlait d’elle-même à son fils. Le bien-aimé de l’Eternel (Jedidja 2 Sam 12.25) comme l’avait surnommé Nathan, ne pouvait qu’aimer ce Dieu de grâce, qui ne veut pas la mort du pécheur, mais qui veut qu’il vienne à Lui qu’il se convertisse et qu’il vive (Ez 18.32).

Le Dieu de la Bible est aussi celui qui choisit des serviteurs et les mandate pour être administrateurs de ses biens. Si Salomon est Roi, c’est à cause du choix du Seigneur, mais bien que Roi, il a bien conscience d’avoir à exercer cette fonction comme serviteur, dans la dépendance du Tout-Puissant.

Guy APPERE dans son petit livre " Pour un dialogue avec Dieu " dit avec justesse :

La prière n’est pas la rencontre de deux camarades, ni celle d’un bienfaiteur avec un mendiant, d’un chef avec son subordonné, d’un Dieu à tout faire avec des hommes prêts à tout commander ou d’un père indulgent avec des enfants capricieux.

La prière est l’acte dans lequel la créature rencontre son Créateur, un pécheur le Dieu juste et saint, un enfant bien aimé son Père

PRIER POURQUOI? Prier QUI? Prier QUOI ? (haut)

La question peut à première vue sembler incongrue, et pourtant Qu’est-ce qui motive ma prière, moi qui me réclame du Christ ?

Jacques dénonce une fausse motivation : vous voulez que l’objet de vos demandes serve à votre plaisir, en d’autres termes vous cherchez seulement votre confort immédiat, vous ne cherchez pas à accomplir premièrement la volonté de Dieu.

En fait, " POURQUOI prier " est intimement lié à la réponse que nous donnons à la première question : " QUI prier ? ". Si nous sommes les serviteurs choisis par le Maître de l’Univers pour accomplir sa volonté, notre confort ne peut être le motif premier de nos demandes. Non pas que dans sa grâce, le Seigneur ne fasse aucun cas de notre bien-être, mais à l’image de Jésus qui priait " ta volonté et non la mienne " (Mt 26.42), il est juste de prier dans cette même perspective.

Salomon savait quelle était la volonté de Dieu pour lui : c’était d’administrer le peuple de Dieu. Ce peuple nombreux était comme une montagne, ou comme un Goliath devant lui Mais pas question de démissionner ni de faire disparaître l’objet de son tourment, c’est-à-dire : ce peuple nombreux !

Allait-il voir cela comme un défi à relevé, avec ses forces, pour se faire se prouver qu’il est quelqu’un, puis se faire un nom ?


La crainte de l'Éternel enseigne la sagesse, Et l'humilité précède la gloire (PR 15.33). La confession du Roi en est une belle illustration. Conscient " qu’il ne savait pas gouverner " et par-dessus le marché, se sachant jeune, donc sans grande expérience comme " capital de sécurité ", il se tourne humblement vers Celui qui sait tout.

C’est Luther qui disait : " Prier, ce n’est pas vaincre la résistance de Dieu, c’est saisir sa bonne volonté ".

On pourrait y ajouter : " prier ce n’est pas désarmer toute opposition, ou faire disparaître toute souffrance, mais c’est trouver auprès du Seigneur la force pour vivre les réalités de la vie sur cette vieille terre, selon la volonté de Dieu, pour que Ses projets s’accomplissent ".

Dans notre société de consommation, ou on assure même la vie, et ou le risque-zéro est la norme à exiger des autres, il est assez naturel de prier pour assurer premièrement notre sécurité et notre " bien être " matériel et physique.

Une " théologie de la gloire " qui fait fi de la " théologie de la croix " est déjà quelque chose d’ancien, Marc l’évoque déjà dans l’évangile qui porte son nom. Dans le beau Ps 91 que nous avons lu tout à l’heure, Dieu dit : " je serai avec lui au moment de la détresse et je lui ferai connaître mon salut ".

PRIER QUOI? Prier QUI? Prier POURQUOI ? (haut)

Dans ce qui aurait pu être un cauchemar, un puits sans fond, ou le pauvre Salomon sans expérience aurait pu se voir près à être englouti par cette foule en marche contre lui, maintenant que son père était mort Dieu prend les devants mais non pour lui chanter le Ps 23, ou le cantique 159 sur ATG (ne crains rien je t’aime non jamais tout seul ".

De façon étonnante, Dieu intervient dans le fort intérieur de Salomon, en lui posant une redoutable question-test : " Demande ce que tu désires, que je te l’accorde ".

Comment réagirions-nous, de façon consciente si Dieu nous disait personnellement maintenant : " Demande ce que tu désires, que je te l’accorde" ?

Quelle est la nature de nos désirs les plus profonds ?

1° certains pourraient dire rapidement, tout en veillant bien sûr à ce que la requête soit conforme à l’Ecriture. : oh j’ai plein de chose à demander donne-moi un meilleur salaire et moins d’impôts je pourrais ainsi mieux exercer la libéralité, un conjoint et un qui sache répondre et même devancer mes besoins, des enfants et des enfants intelligents, gentils et beaux, des collègues compréhensifs et coopératifs, les voisins discrets et près à rendre service, une santé sans faille...

N’est-ce pas là une réaction très centrée sur soi ?

Ne serait-ce pas là confondre Dieu avec le Père Noël, et le Chrétien avec un petit enfant naïf qui ne voit guère au-de-là de ce qui lui semble être des besoins immédiats ?

2° d’autres pourraient être envahi d’un certain sentiment de malaise, se traduisant par un silence embarrassé Que demander qui fasse plaisir à Dieu tout en s’incarnant de façon incisive dans ce qui touche nos préoccupations quotidiennes, ou celles de nos amis ? Faire plaisir à quelqu’un d’autre ce n’est pas si simple que cela voyez le casse-tête que peut représenter l’achat de cadeaux de Noël

L’exemple de Salomon, illustre plutôt de la seconde réaction. C’est une démarche qui n’a rien d’un simpliste " YAKA ", mais une démarche qui engage à une honnête réflexion sur Dieu et sur soi !. En effet, comment demander quelque chose qui plaise à notre interlocuteur, si nous ne le connaissons pas du tout ou s’il nous indiffère de lui faire plaisir ?

La demande de Salomon est le fruit d’un cheminement qui lui a pris du temps, a coûté le voyage à Gabaon et 1000 holocaustes, occasionné du tourment, nécessité le concours de sa réflexion active mais aussi d’une nuit bien agitée et pour finir de l’aveu de sa crainte de ne pas être à la hauteur. Cependant, cela en valait la peine

Salomon finit par demander à Dieu :

Veuille donc donner à ton serviteur l’intelligence nécessaire pour administrer la justice pour ton peuple, afin qu’il sache discerner entre le bien et le mal !(1 R 3.9).

Litt. Veuille me donner un coeur qui entende, qui soit attentif, capable d’apprécier de façon juste les réalités de la vie.

Salomon ne réclame pas une assurance tout risque, mais en se plaçant dans la position du serviteur, ne demande que la capacité de bien pouvoir accomplir le travail qu’il lui est confié : la compétence de mettre en lumière ce qui est juste, pour trancher et faire des choix justes.

Ce qui plaît à Dieu, c’est qu’

1° Il ne demande ni la richesse et les honneurs des hommes

2° ni que tout obstacle disparaisse devant lui comme un mirage

Salomon avait compris que le but de la vie du croyant, c’est d’accomplir les oeuvres bonnes que Dieu a d’avance préparées pour lui, et non d’abord la recherche du confort d’une vie forcément facile ou tout vous souris, ou toutes les sécurités nous sont assurées, et où tous font des courbettes devant nous...

Où sont du reste les sécurités inviolables à l’ère ou même le Pentagone peut être touché ?

Le but de notre vie, c’est d’entrer dans les projets de vie et de paix du Dieu de la Bible et d’y oeuvrer en bon et fidèle serviteur, à l’image de Jésus qui n’a pas eu une longue vie, n’a pas vécu dans l’opulence démesurée, et n’a pas vu la mort de ses ennemis.

Il ne s’agit pourtant pas de mépriser les sécurités financières et autres, une vie plus facile voir les honneurs et pourquoi pas une longue vie. Dieu va accorder par grâce en surcroît cela à Salomon, quoiqu’il ne soit pas mort très très vieux (60 ans), mais là n’est pas ce qu’il nous faut rechercher premièrement

Conclusion :

Comme Salomon puissions-nous réfléchir à des demandes qui visent justes, des demandes conscientes qui touchent aux outils qui nous sont nécessaires pour accomplir la part d’activités qui nous revient, sur cette terre. (en matière de travail, mais aussi nos engagements familiaux, d’Eglise, activités de loisir)

Puissions-nous apprendre aussi aux enfants, dès leur plus jeune âge à prier de façon non infantilisante.

Dieu est un Dieu bon, et généreux, qui nous a donné ce qu’il avait de plus précieux, en Jésus-Christ, mais il veut encore être sollicité et peut nous combler au-delà de ce que nous pourrions imaginer. Et il nous comblera, car s’il y a bien eu un " avant " et un " après " Jésus-Christ, il y aura encore un nouvel " après " Jésus-Christ ", qui sera inauguré par les réjouissances qui nous attendent dans la nouvelle Jérusalem.

En attendant, dans l’intimité de la communion avec lui, invitons-le à forger nos désirs sur le modèle des siens. Que Son Esprit trouve en nous un coeur, c’est-à-dire une intelligence bien disposée à le laisser faire son oeuvre de renouvellement, par sa Parole. C’est alors que nous agirons avec sagesse et que nous formulerons des demandes qui lui plaisent.

A.R.


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