La vie de l'Eglise d'Antioche

Ac 11.19-30, 13.1-5


Le groupe du palmier a choisi ce jour des rameaux (!), pour nous rappeler que le Roi de Paix est venu apporter la paix au près comme au loin, mais aussi qu’Il enrôle les siens de diverses manières, pour apporter ce message de paix au près comme au loin...

Dans le prolongement de ce qui a été déjà évoqué, je vous invite à présent à voir comment l’Eglise d’Antioche s’y est prise pour accomplir cette part de responsabilité qui lui revenait, ou plutôt ce que nous rapporte Luc de la manière dont ce groupe de chrétien s’y est pris pour entrer dans les œuvres que Dieu avait d’avance préparées pour eux...

Pierre vient d'inaugurer l'évangélisation des incirconcis, avec la conversion de Corneille. C'est vraiment le tout début d’une nouvelle étape de l’Histoire de l’Eglise qui commence. L’évangile va à présent être annoncé autant aux juifs qu'aux païens.

Après Jérusalem, jouant un rôle clef dans l’évangélisation des Juifs, c’est Antioche qui joue un rôle clef dans l'évangélisation des non-juifs. Je vous invite à voir la vie de cette Eglise sous 3 angles :

1° Une jeune Eglise au cœur d’une riche citée païenne
2° Une jeune Eglise et ses 5 responsables
3° Une jeune Eglise ni presbyte, ni myope

1. Une jeune Eglise au cœur d’une cité païenne

Introduction

Il s’agit ici d’Antioche de Syrie, l’actuelle Antakia au sud de la Turquie. Il y a dans le NT une autre ville qui porte le nom d’Antioche, Antioche de Pisidie, au centre de l’actuelle Turquie. C’est Séleucus Nicator qui a forgé ce nom sur celui d’Antiochus, son père vers 300 av.J.-C...

La ville était située sur les bords de l’Oronte, à 24km de la Méditerranée, à la croisée des chemins entre l'orient et de l'occident. Après Rome et Alexandrie, c’était la troisième capitale de l’Empire Romain. Cette prestigieuse cité, de quelques 500'000 hab devînt un pôle commercial important. Des gens y venaient d’un peu partout, pour s’y installer. Une diaspora juive y était aussi présente depuis la création de la ville.

Disposées en amphithéâtre, des montagnes gardaient la ville, complétées par douze kilomètres de murailles crénelées. Au-delà de cette enceinte avec ses cent cinquante tours, des oasis s'étendaient à perte de vue. Un peu partout on y rencontrait des oliviers, des bois de lauriers, de cyprès, des platanes, des vignes soigneusement cultivées et qui donnaient des vins plus doux que ceux de Rhodes.

L'hippodrome d'Antioche possédait une piste de 502 mètres de long et 75 mètres de large. Les deux longs côtés étaient bordés de tribunes. Au-dessus des tribunes se trouvait une galerie dont le toit était porté par des colonnes de granite, apportées du Sinaï. Cet hippodrome était entièrement revêtu de pierres de taille.

Ville fortunée, ses habitants avaient reçu la forte empreinte de l'intellectuelle civilisation grecque. Les poètes y pullulaient. Chacun pouvait trouver, dans ses jardins innombrables, toutes sortes de fines nourritures...

Mais la réputation de cette ville païenne n’était cependant pas glorieuse dans tous les domaines... en matière de corruption, elle était championne...

C’est pourtant là que pour la première fois les disciples du Christ vont être appelés chrétiens, et être ainsi distingués des Juifs comme des païens... formant ce que certains ont appelé la 3e race d'hommes. C’est depuis cette ville d'Antioche que Paul part pour son premier voyage missionnaire...

L’Eglise : sa naissance

L’Eglise d’Antioche est née, non suite à la vision d’un “ Antiochien appelant un célèbre évangéliste au secours des Syriens ”, mais suite à la dispersion occasionnée par la première vague de persécution qui est intervenue après la mort d’Etienne à Jérusalem. Ces “ réfugiés ” annoncèrent l’Evangile aux Juifs mais aussi aux Non-Juifs, et un grand nombre de personnes se convertirent au Christ.

L'historien Joseph, rapporte que déjà les cérémonies juives attiraient une foule de grecs à Antioche (G.J. VII, 45). Malgré la corruption et le paganisme ambiant, il y avait donc un terrain favorable à l'écoute du message biblique.

Dieu fait aussi son œuvre dans la vie des habitants des jolies mais corrompues capitales... et ce parfois par le moyen de réfugiés, d'étrangers ayant fuit la persécution ou ayant été fait captifs...

Nous avons eu l’occasion de voir ensemble, en Institut Biblique, comment le christianisme s’était aussi implanté selon une stratégie parfois étonnante, hors de l’Empire Romain au IIIe-IVe siècle...

  • en Géorgie, par le moyen d’une esclave.
  • en Ethiopie, par le moyen de deux jeunes gens originaires de Tyr en Phénicie. Froumentios et Aidesios, avaient accompagné leur précepteur dans un voyage d'exploration, ils survécurent seuls au massacre de leur équipage par les indigènes de la côte des Somalis ; réduits en esclavage, ils parvinrent à la cour du souverain de l'Éthiopie... où ils ne tardèrent pas à occuper des postes de confiances : le premier comme secrétaire, le second comme échanson. Leur faveur s'accrut encore après la mort du roi ; la reine leur confia l'éducation de son ou ses fils. C’est là qu’il témoignèrent auprès des jeunes princes et qu’ensuite s’est répandue la foi chrétienne dans cette partie de l’Afrique...
  • les pays germaniques ont eux aussi bénéficié du témoignage d’un captif. Wulfila était le petit-fils de chrétiens originaires de Capadoce enlevés par les Goths lors de leur raid sur l'Asie Mineur en 257-8 et emmenés par eux comme captif au-delà du Danube.

Dieu sait tirer parti des circonstances...

L’Eglise d’Antioche et celle de Jérusalem

On se souvient que l’Eglise de Jérusalem nourrissait des liens très étroits avec les nouvelles communautés naissantes. Pierre avait dû s’expliquer... après s’être rendu chez Corneille, le païen. A Antioche aussi, les apôtres gardiens de l’orthodoxie veulent en avoir le cœur net... et délèguent Barnabas pour se rendre compte de ce qui se passe sur place.

Barnabas était un homme bienveillant, rempli d’Esprit et de foi (11.24). Certains pensent qu’il pourrait être l’auteur de l’épître aux Hébreux. Barnabas était en fait le surnom qu’avaient donné les apôtres à un certain Joseph, lévite originaire de Chypre, qui avait fait preuve de beaucoup de générosité à l'époque à Jérusalem (Ac 4.36).

Outre les qualités personnelles qui lui sont reconnues par les anciens de la première Eglise, notons que ceux-ci envoient en éclaireur un homme originaire de la région.

Le choix de ce délégué montre que les disciples n’agissaient pas sans faire preuve de bon sens, bon sens spirituel mais aussi pratique... les deux choses vont de paires...

Le lien étroit entre l’Eglise de Jérusalem et celle d’Antioche laisse cependant à cette dernière la liberté de s’organiser et d’établir ses projets comme elle l’entend. L’Eglise prendra librement la décision de partager ses richesses matérielles et humaines. Aussi, si Barnabas est envoyé sur place pour vérifier qu’il n’y ait pas de dérapage théologique, pour enseigner la jeune communauté, il va s’adjoindre, très librement, l’aide d’un stagiaire en qui il avait reconnu un grand potentiel : Saul, qu’il cherche lui-même à Tarse.

Notons au passage comment Barnabas manifeste ici un sens aiguisé du discernement ; c’était déjà lui qui avait introduit Paul auprès des apôtres à Jérusalem, alors que ceux-ci ne pouvaient croire qu’il s’était réellement converti... et jamais les apôtres n’auraient songé lui confier quelques responsabilités dans l’Eglise.

On se souvient encore que c’est à Antioche qu’a éclaté le célèbre premier grand débat théologique de l’Histoire de l’Eglise... C’est là que Paul s’opposera publiquement à Pierre, qui par crainte des judaïsants avait quitté la table où il mangeait avec des chrétiens d’origine païenne (Ga 2.11ss). Barnabas s’était lui-même laissé entraîner par Pierre. Ces questions seront discutées et tranchées à la conférence de... Jérusalem (Ac 15) !

2. L’Eglise et ses responsables

Mais venons en aux responsables de cette jeune communauté... C’est au chapitre 13, que Luc nous les présente.

Les responsables de la communauté

Si les responsables de l’Eglise de Jérusalem étaient pour la première fois appelés Ancien (11.30), le groupe de responsable d’Antioche est qualifié de prophètes et docteurs.

Dans le contexte de la première Eglise, les prophètes étaient généralement des enseignants itinérants, ou des pasteurs, ayant pour mission d’encourager, de réconforter, d’aider les autres à grandir dans la foi (selon 1 Co 14.3). Ce n’est pas l’aspect prédictif qui est ici mis en avant, bien que le porte-parole de Dieu pouvait parfois être conduit à préparer les Chrétiens à des événements qui allaient survenir. Barnabas et Saul sont ces prophètes itinérants ayant un ministère de docteur dans l'Eglise, ce qui correspondrait aujourd’hui aux missionnaires mais j’y associerais aussi les pasteurs, chargés d’enseigner l’Eglise, de fortifier la foi des chrétiens, pour un temps.

En sont ; Vreni Dietter, Doris Ellenberger... qui nous ont visitées l’été passé. Elles vont là où l’Eglise les invite en CI, pour enseigner lors de camps, de séminaires...

A Antioche, le noyau de responsables reflète bien la nature cosmopolite de cette ville ;

  • Siméon, un juif foncé de peau. Certains l’ont associé à Simon de Cyrène qui a porté la croix de Jésus. Dans ce cas on sait que Paul allait nouer des liens très étroits avec cette famille jusqu’à considérer la femme de Siméon comme sa propre mère (cf. Rm 16.13, Mc 15.21)..
  • Lucius est originaire d’Afrique du Nord, de Lybie. Certains ont vu en lui un des fondateurs de cette communauté local. Toujours d’après les salutations de l’épître aux Romains, il semble qu’il ait aussi été un parent, peut-être spirituel, en tout cas quelqu’un de proche de Paul (cf Rm 16.21).
  • Manaën était quant à lui un prince, élevé au sein d’une cour corrompue. Il a été frère de lait d’Hérode Antipas, le Tétrarque de Galilée qui fit décapiter Jean-Baptiste ! Comme quoi être élevé dans un contexte corrompu n’est pas un obstacle disqualifiant quelqu’un du salut, ni des responsabilités dans l’Eglise...
  • En tête de liste figure le nom du délégué des apôtres : Barnabas.
  • En queue de liste figure le dernier arrivé, mais non le moindre, Saul (nom juif) ou Paul (nom romain).

L’Appel au service

On ignore comment Barnabas, le Lévite a été appelé par Dieu à le servir aux côtés des apôtres. Luc nous rapporte seulement comment les apôtres ont remarqué les qualités de cet homme, dans l’exercice des services qu’il rendait aux Chrétiens de Jérusalem.

En revanche, la conversion et l’appel de Paul tiennent une place toute particulière dans le livre des Actes, ou Luc décrit comment l’Evangile s’est répandu depuis Jérusalem jusqu’aux extrémités de la terre et comment Paul après Pierre a eu un rôle clef à jouer dans ce projet.

Ce qui importe ici, ce n’est pas tant la forme d’expérience que la reconnaissance par l’Eglise du choix que Dieu a fait souverainement. L’appel au service, comme au salut, ne revêt pas nécessairement la forme de ce qu’a vécu l’apôtre Paul sur le chemin de Damas. Comment Timothée, Tite, Jean-Marc, Andronicus, Junia ont-ils compris qui était Jésus et la mission qu’il avait décidé de leur confier ?... nous n’en savons pas grand chose. Par contre nous voyons pour chacun d’eux, comment des responsables de l’Eglise ont reconnues l’Appel que Dieu leur avait adressé. Leurs aptitudes au service et à se laisser former comme leur comportement en était la preuve.

Même pour Paul, remarquons que si le Seigneur lui parle directement sur le chemin de Damas, c’est à Ananias que nous voyons le Seigneur dire : j’ai choisi cet homme pour me servir : il fera connaître qui je suis aux nations étrangères et à leurs rois, ainsi qu’aux Israélites (Ac 9.15).

Cela fait penser à ce que Dieu avait dit à Jérémie. Avant de t’avoir formé dans le sein de ta mère, je t’ai choisi ; et avant ta naissance, je t’ai consacré : je t’ai établi prophète des nations (Jr 1.5).

Puisqu’en matière d’Appel à un service particulier, comme pour le salut, c’est Dieu qui choisit, nul ne peut s’en glorifier.

Pourtant, cet Appel n’a pas conduit du jour au lendemain Paul à prêcher aux rois... il a été tout un temps second, lui qui avait une position de leader chez les pharisiens... il s’est laissé introduire auprès du cercle des disciples comme au sein de l’Eglise d’Antioche par Barnabas qui avait une histoire moins foudroyante que lui et était peut-être moins brillant qu’il ne l’était lui-même. Il s’est soumis à la décision du groupe des 5 d’Antioche, en partant annoncer la parole de Dieu à Chypre, avec Barnabas et son parent Jean-Marc, dans leur partie d’origine.

L’Appel rend Paul humble mais aussi dépendant des autres disciples.

Appel et formation

Remarquons qu’avec Paul, Dieu n’a pas choisi le plus inculte des hommes... Paul était polyglotte, formé dans les Ecritures et la théologie juive de l’époque. Ces lettres montrent qu’il était un homme cultivé, connaissant les auteurs classiques de son temps. Il savait s’entretenir avec les philosophes, construire des discours avec grande finesse (cf Athènes).

S’il faut 5 ou 6 ans de formation aujourd’hui pour enseigner le français ou les mathématiques, à combien plus forte raison faut-il nous équiper pour parler de façon fidèle et pertinente de la part de Dieu... La technicité ne s’oppose pas à l’Appel mais la sert. Celle-ci ne s’acquière pas de façon magique, sans avoir à y travailler, et aujourd’hui encore il y a bien des manières de se former...

Mais, bien entendu, la formation ne suffit pas. Un étudiant à l’IBN racontait comment les choses s’étaient passées, le jour où il était allé voir le pasteur de l’Eglise qu’il fréquentait depuis peu, pour lui demander conseil. Conscient que le moment était à présent venu de se former en vue du service, il voulait parler des différentes écoles qui existent. Le pasteur, qui n’avait pas l’habitude de mettre des gants pour parler... de lui répondre du tac au tac : eh bien cher ami, avant de vous former pour le service de Dieu, il faut d’abord être converti !... Ce jeune avait 19 ans, inconnu dans une grande Eglise... bien qu’ayant reconnu en Jésus Son sauveur et seigneur personnel et ayant été convaincu de l’Appel au service 6 ou 7 ans plus tôt, ce fut tout de même un petit choc pour lui de se voir accueilli avec si peu de chaleur... Il ne s’attendait pas à cela de la part d’un pasteur qui incitait tant à prier pour des vocations...

Mais d’une part, les chocs sont une réalité du ministère où tout ne va pas comme sur des roulettes, en outre, le pasteur n’avait pas tort ; tout commence par reconnaître que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que nul ne vient au Père que par lui.

La formation de Paul aux pieds de Gamaliel ne suffisait pas. Il fallait cette rencontre du sur le chemin de Damas, ce miracle qui a fait tomber les écailles de ses yeux, afin qu’il puisse devenir un témoin du Christ. Seule l'œuvre du Saint-Esprit dans la vie d'un homme peut le convaincre que Jésus est bien le Christ, le Messie et qu'en croyant en son nom, nous avons la vie éternelle.

Seul l'Esprit de Dieu a le pouvoir de renouveler notre intelligence, pour que l’on puisse interpréter la Bible de façon juste pour la mettre en pratique, mais aussi pour en parler avec clarté et à propos autour de nous.

3. Une Eglise ni presbyte, ni myope

Mais revenons à l’Eglise d’Antioche, cette Eglise ni presbyte, ni myope...

Une Eglise qui a le souci de l’enseignement

Parmi les premiers chrétiens de cette Eglise, il ne figurait aucun apôtre. Ceux-ci étaient restés à Jérusalem (Ac 8.1) alors qu’eux, par crainte pour leur vie, fuyaient Jérusalem vers les contrées d’où ils étaient originaires.

L’Eglise était donc née du témoignage authentique de jeunes chrétiens, qui n’avaient pas encore le NT entre les mains, et qui n’avaient pas eu la vocation de le rédiger !

Le récit de Luc, souligne le souci qu’avaient les apôtres d’enseigner ces jeunes convertis dans la vérité biblique, en fait d’accomplir leur ministère !

Si l’Appel à être des témoins du Christ s’adresse à chaque chrétien, et si Dieu sait comment utiliser ce témoignage infiniment varié pour attirer les siens à Lui, tous les Chrétiens n'ont cependant pas le même Appel à une charge de direction et d'enseignement dans l'Eglise, bien qu’aujourd’hui aucun n’ait plus à rédiger un livre de plus au NT !...

Pour protéger cette toute jeune communauté d’Antioche des faux docteurs ou faux prophètes qui se rendaient de communautés en communautés pour enseigner de fausses doctrines, il fallait tout de suite les former dans la saine doctrine. Là réside le secret d’une prophylaxie efficace contre les méfaits que peuvent causer d’éventuels faux-prophètes, des illuminés parlant de façon séduisante... soi-disant au nom du Saint-Esprit

Pour mûrir, devenir adulte en la foi, et savoir discerner les projets qui sont ceux de Dieu pour l’Eglise, une communauté ne peut en rester au lait, au béaba....

Barnabas et Paul se sont rendus disponibles pour cela. Pendant un an l'Eglise d’Antioche les a accueilli sachant tirer bon profit de leur enseignement. L’Eglise savait discerner ces propres besoins !

Une Eglise qui pratique la solidarité : en partageant ses ressources matérielles

Mais l’Eglise avait accueilli aussi d’autres prophètes de passage. Luc parle d’Agabus. venu lui aussi de Jérusalem. Il annonça, entre autres (car il n’a pas dû que dire ces mots !) qu’une famine allait à venir. Cette famine a effectivement sévi vers 46-48 ap. J.-C.

Comment l’Esprit lui donna-t-il d’arriver à cette conclusion ? Le texte biblique ne dit rien là-dessus pour satisfaire notre curiosité...

Ce qui est par contre important pour Luc, c’est de montrer d’une part que cette information est véridique, d’autre part de mettre plutôt l’accent sur ce qu’ont fait les chrétiens d’Antioche de cette information. Après concertation, ils ont décidé non de plaindre les éprouver, ni de dire qu’à coup sûr si les Judéens ont la foi, Dieu les épargnera de toute privation... Non, ils ont regardé de façon réaliste les choses en face, et ont sans fausse culpabilité ont décidé de mettre chacun la main à la poche, chacun selon qu’il pouvait, puis d’envoyer Barnabas et Paul apporter ce qu’ils avaient pu rassembler, aux anciens de l’Eglise de Jérusalem (les cartes de crédits ne fonctionnaient pas encore en ce temps là...).

Agabus n’avait rien demandé explicitement, il n’avait pas imposé de cotisation aux gens d’Antioche. Cela correspond à ce que nous avions vu fin du siècle dernier ensemble, à propos des critères permettant de distinguer les vrais des faux prophètes selon la Didachê :

...Celui à qui l'inspiration fait dire : "donnez-moi de l'argent" ou quelque autre bien, vous ne l'écouterez pas. Mais s'il demande pour d'autres que lui, qui sont dans le dénuement, nul ne doit le juger1

Notons aussi qu’Agabus avait annoncé une famine touchant plus largement l’Empire Romain, mais les chrétiens d’Antioche ont ciblé leur aide. Ils ont décidé de venir en aide matérielle aux Chrétiens avec lesquels plusieurs avaient déjà des liens personnels, avec l’Eglise qui a envoyé Barnabas pour les aider dans le travail pastoral.

Nous non plus, nous ne pouvons pas venir en aide au monde entier, mais nous avons des liens étroits avec d’autres Eglises : de part notre histoire mais aussi la composition internationale de notre Eglise. N’est-ce pas déjà envers ces Eglises que nous avons à manifester notre solidarité, en toute sagesse, réalisme et bonne conscience, sous le regard de Dieu ?

Parlons concrètement, nous avons des liens avec les Eglises en CI et en Haïti...

Que faisons-nous aujourd’hui lorsque nous entendons que les dons destinés au soutien des missionnaires de la MB ne suffisent pas à couvrir leurs frais ?

Qu’est-il juste de faire lorsque nous recevons par exemple un mail d’un des missionnaires (eh oui on n’est plus au temps de Paul !) disant qu’aujourd’hui un étudiant de l’IBM peut se constituer une bonne petite bibliothèque de base de 36 livres pour 450F, mais le soutien qu’ils reçoivent de leur Eglise ne leur permet pas de profiter de ce “ cadeau ” ?

Que faire lorsque le STEP en Haïti demande le concours d'une bibliothécaire mais aussi des livres de théologie en langue française pour la bibliothèque du séminaire qui forme les pasteurs de toute la caraïbe ?

L’Ami pourrait donner d’autres exemples aussi...

Bien sûr, dans l’exemple d’Antioche, c’est l’Eglise qui accueille les missionnaires qui vient en aide à l’Eglise qui a envoyé Barnabas ... bien sûr le contexte historique, politique et économique aujourd’hui est différent... cependant, la notion de solidarité reste une même réalité à incarner, au près comme au loin.

A nous de réfléchir comment la vivre aujourd’hui dans notre contexte. Mais cela passera nécessairement par des relations plus resserrées et personnelles avec les membres de l’Eglise, les missionnaires, des membres des Eglises sœurs mais aussi les membres des comités de mission qui sont choisis pour servir de pont entre les Eglises.

Marguerite Hadorn sera bientôt en congé, Doris suivra, ces jours Daniel Pichet est en France se remettant d'une hépatite... pourquoi ne pas les inviter, dans une réunion de quartier, une réunion de jeunes, à l'école du dimanche, ou pour un repas chez vous... question de faire mieux connaissance...

En outre, il se trouve 9 ou 10 Tabernaclais faisant partis du comité de la MB, d’autres sont membres du comité de l’AMI... donc d'avoir un échange avec l'un d'eux ne devrait pas relever d'une mission impossible...

Une Eglise qui pratique la solidarité : en partageant ses ressources humaines

Mais si l’Eglise d’Antioche a le souci du bien être physique de ses frères et sœurs restés en Judée qui en plus de la persécution souffre de mauvaises récoltes, les progrès de l’Evangile les préoccupe aussi, en particulier à Chypre d’où est originaire Barnabas, région où des liens sont faciles à nouer.

Il est bien certain qu’à cette époque les 500.000 habitants qui résident à Antioche ne sont pas encore tous à Christ... aussi, Barnabas et Saul n’avaient qu’à peine duré un an sur place... était-ce vraiment le moment de laisser les 3 autres responsables seuls ?

Là de nouveau nous ne savons pas comment s’y est pris l’Esprit Saint pour leur donner de façon claire cette conviction d’envoyer à Chypre, les deux missionnaires dont il bénéficiait des précieux services. Mais ils ont conscience que l’Eglise doit aussi partager ses richesses humaines... et ne pas soigner que son propre confort.

Le geste d’imposition des mains est une marque de délégation officielle de l’Eglise. Barnabas et Saul ne sont pas des aventuriers qui prennent le large, mais des envoyés de l’Eglise, désignés par le Saint-Esprit, mais dont l'Eglise fait fonction de canal.

A la fin de leur mandat, c’est aussi devant l’Eglise qui les a envoyé, qu’ils rendront compte de leur travail (14.26).

Dans l’Eglise, il est aussi juste de savoir que nous avons des comptes à rendre, et pas seulement à Dieu, mais aussi à nos frères et sœurs dont Dieu se sert comme canaux de sa grâce. Le but de ce rapport, n'étant pas de chercher à mettre notre personne ou des exploits personnels en avant, mais de montrer comment Dieu travaille avec nous afin de nourrir la l'intercession comme la louange de ceux qui travaillent à l'arrière garde (14.27), et qui répondent devant Dieu des envoyés.

Conclusion

Voilà quelques éléments tirer du vécu de cette Eglise du premier siècle. Puisse le Seigneur utiliser cet exemple pour nous rendre attentif aux besoins des autres, et raviver en nous un zèle intelligent pour qu’en tant qu’Eglise aussi nous travaillons à pratiquer ensemble les bonnes œuvres que Dieu a d’avance préparées pour nous. Puissions-nous veiller à n’être une Eglise ni presbyte, ni myope... à l’image de celle d’Antioche... et pour la gloire de notre Dieu.


1 La Didachê, 11.1-6, 10, 12.

8 avril 2001
A.R.