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Le geste de Jésus Jn 13.4-21,31 ; Ph. 2 Si nous menions une petite enquête ce matin parmi nous, au sujet de ce que nous aimerions voir comme forme d'expression de message, il se pourrait que les résultats soient bien variés. Entre le style Billy Graham et celui de Gilbert Joss, ventriloque avec sa marionnette, il y a de la place pour différent type d'expressions selon la personnalité du prédicateur mais aussi le contexte dans lequel il se trouve. C'est une forme typique des prédications des prophètes de l'Ancien Testament que Jésus a adopté, dans ce moment si particulier que nous rapporte Jean, au ch 13 de son évangile.
Relisons ensemble ce que j'appellerai : le geste a-culturel de Jésus : le mime prophétique du lavement des pieds, laissé au disciple comme exemple à suivre.
Dans sa brève notice introductive, Jean décrit Jésus
dans l'intimité des siens, les préparant à garder foi en lui,
dans les sombres moments qui vont suivre.
1. Le geste de Jésus : mime prophétique surprenant 1.1. Un repas d'adieux Nous sommes donc dans l'anti-chambre du Procès expéditif de Jésus. Au cours d'un repas où selon la coutume gréco-romaine, les convives sont allongés sur des divans. Etait-ce le repas de la Pâque, d'une Pâque anticipée ou un autre repas ? C'est là une vieille discussion technique que nous laisserons au menu d'une étude biblique, ce texte à lui seul ne permettant pas de trancher. En revanche ce qui est clair c'est que c'est au cours de ce repas que Jésus va désigner celui qui va le trahir, et va préparer les siens à vivre les événements qui vont maintenant se précipiter. 1.2. Un moment haut en émotions C'est un moment d'émotions fortes pour Jésus. A la joie d'être avec les siens, de savoir bientôt le Père glorifié (13.31), se mêle le trouble ; A celui occasionné par Judas qui va le trahir s'ajoute le triple reniement de Pierre qui est annoncé fin du chapitre (13.38). Judas un des siens va le trahir la gloire du Fils de l'homme passe par l'injuste condamnation à mort et le supplice qui s'en suivra. Mais notons que Jésus maîtrise tous ces événements qui sont en préparation. Il n'est pas surpris par ce qui va se passer, cependant, il souhaite que tout cela aille vite maintenant que son heure est venue 1.3. Film au ralenti Mais avant ce procès en accéléré, Jean nous rapporte à la manière d'un film passant au ralenti, comment, méthodiquement, Jésus s'y est pris pour laver les pieds de ses disciples (v.4-5). Ce geste prophétique est l'occasion d'un message, sur les choses toutes proches qui vont survenir. Tout cela étant amorcé par une réaction spontanée de Pierre. Pourquoi Pierre s'offusque-t-il lorsque Jésus veut lui laver les pieds ? Dans la tradition culturelle de l'époque, il était de coutume de laver les pieds plein de poussières d'un visiteur, comme aujourd'hui on lui indiquerait où se laver les mains. Ce qui pique Pierre, c'est de voir le Seigneur, le Maître, accomplir une besogne dont était chargé un esclave, un serviteur et non au chef de la maison ! S'il y avait dans la tradition cultuelle des juifs de l'époque, les ablutions de nombreuses purification, aussi au cours des repas, celles-co étaient «te;auto-administrées »te;. Comme cela se pratique aujourd'hui encore dans la tradition musulmane, avant la prière, le croyant se purifie symboliquement en se lavant lui-même les mains, le visage, les pieds Là, c'est Jésus qui lave les pieds de ses disciples Il y a donc là quelque chose de tout à fait anachronique, d'a-culturel et a-cultuel dans ce geste C'est comme si un vénérable chef de village au Tchad, accueillant des «te; étrangers »te; de passage, allait lui-même leur apporter une calebasse d'eau pour qu'ils puissent se désaltérer La coutume veut là-bas que ce soit à une femme d'accomplir cette besogne, selon un rituel de politesse bien caractéristique des traditions locales. Un tel geste émanant d'un honorable patriarche serait nécessairement pris comme devant revêtir un sens tout particulier pour les gens habitués aux us et coutumes du lieu Nous avons déjà eu l'occasion de souligner comment dans sa pédagogie, Jésus s'est souvent joué de quiproquos, d'un côté pour ouvrir l'intelligence des siens à la compréhension profonde des choses du Père, d'un autre pour laisser dans l'ignorance ceux qui refusent de voir en Jésus le Christ. Non, Jésus ne s'est pas métamorphosé en esclave. Au v.13 il a bien conscience d'être Maître et Seigneur et ne rechigne pas d'être considéré pour ce qu'Il est vraiment ! Jésus ne fait pas preuve, de fausse humilité. Par ce geste inattendu, Jésus annonçait le sens de la mission qu'il était venu accomplir. Pourtant, à ce moment-là, les disciples sont encore à 100 lieues de comprendre ce que le Seigneur leur dit Pierre reste scandalisé par ce geste. La croix est aussi un scandale qui bouleverse tout ce que notre imagination pourrait inventer concernant Dieu et la manifestation de son amour envers l'homme ! 2. Le geste de Jésus : signe prophétique du ministère du Serviteur de l'Eternel 2.1. De la portée hygiénique à la portée symbolique Lorsque Pierre comprend que ce geste de Jésus dépasse la portée hygiénique, et qu'il voit qu'il doit se laisser faire par Jésus s'il veut rester en communion avec le maître, alors symbole pour symbole, si le geste est une image de la purification, alors pas que les pieds ! La tradition juive imposait différents rites de purification au croyant qui se préparait à célébrer la Pâque. Ces ablutions, les 12 comme Jésus s'y étaient donc certainement déjà soumis. N'étaient-ils pas déjà tous purs ? L'attitude de cur de Judas, se préparant à trahir Jésus, montre que pour lui, le rite accomplit n'était qu'une pure formalité. Pour être efficace , l'ablution devait être le signe visible d'une attitude de cur soumise au Seigneur. Le rite n'a aucune efficacité magique. Mais plus loin, Jésus précise ce qui les a rendus purs : Au onze, une fois Judas loin, Jésus dit qu'ils ont été purifiés par son enseignement. Or l'enseignement de Jésus consistait à montrer qu'Il était le Christ, et que c'est en croyant en Lui, qu'on a accès à la vie éternelle. Si Judas, comme les Juifs qui le soudoyèrent, avait cru que Jésus était le messie, comment aurait-il pu accepter de vendre son maître ? La foi vient de la prédication qui est l'annonce de la Parole du Christ, (Rom 10.17). Les remords de Judas, le conduiront à se suicider pour en finir ainsi de la honte insupportable qui l'assaillait. Pierre quant à lui, se repentira, ce qui n'est pas du tout la même chose. Pierre vivra la réalité du pardon, du sang de Jésus qui couvre ses péchés et ainsi empêche la honte de le torturer, mais la change en reconnaissance pour la grâce reçue. 2.2. Jésus : le serviteur. En adoptant volontairement les gestes d'un esclave, Jésus souligne que le Fils de l'homme n'est pas venu pour se faire servir, mais pour servir lui-même et donner sa vie en rançon pour beaucoup (Mt 21.28). Bien que Jésus ait eu l'humilité de se laisser servir (pas que par Marthe !), le but de sa vie n'était pas d'attirer à lui tout un monde de fan dont il serait la coqueluche mais de rassembler dans un même troupeau ceux que le Père lui donnait, pour qu'ils vivent une vie qui honore Le Père. Là où l'homme naturel pense que pour être Grand, il faut que tout tourne autour d'eux en imposant leur façon de voir les choses, pour Jésus, vivre sur cette terre était entièrement mue par le souci d'accomplir non sa volonté, mais de servir celle du Père, et de voir ceux qu'il côtoyait, voir accomplir la volonté du Père pour eux. L'esprit de service, ce n'est pas de s'imposer à ne faire que ce que les autres rechignent de faire, cela pourrait encore être une manière détournée de chercher à s'attirer l'admiration des hommes. L'esprit de service c'est chercher de tout son cur à servir la volonté du Père, à accomplir les uvres bonnes qu'il a d'avance préparé pour que nous les pratiquions, afin que Son nom soit glorifié et que son plan de salut et de restauration s'accomplisse dans la vie de ceux qu'Il attire à lui. Jésus est bien le serviteur dont Esaïe avait annoncé la venue. Lui qui, dès l'origine, était de condition divine, ne chercha pas à profiter de l'égalité avec Dieu, mais s'est dépouillé lui-même et a pris la condition de serviteur il s'abaissa lui-même en devenant obéissant, jusqu'à subir la mort, oui la mort de la croix nous rapporte Paul (Ph 2.6-8). Mais servir selon Dieu, et nous savons que Jésus l'a fait parfaitement, cela ne garantit pas d'être épargné par des souffrances injustes. Je ne parle pas des peines que nous avons à endurer suite à nos mauvais choix. 2.3. Choisir de vivre en Serviteur Pour accomplir la volonté du Père, Jésus s'est volontairement abaissé Comme dans le mime il s'est volontairement levé de table pour laver les pieds de ses disciples. L'heure venue, ni avant ni après, Jésus par obéissance à Dieu, a mené à bien la mission pour laquelle il avait été envoyé : il s'est fait homme pour laisser les autorités le condamné et ses bourreaux le crucifier. Vivre animé par un souci de servir, c'est aussi une question où notre volonté entre en action. Et ce n'est pas si simple que cela pourtant, c'est là une position vis-à-vis de Dieu qu'il faut nous rappeler tous les jours. Vous serez comme des dieux est une aspiration qui ne laisse pas l'homme naturel indifférent Parler de serviteur aujourd'hui est souvent très péjoratif, et cela parce qu'à cause du péché, ce mot a pris une connotation toute faussée. Trop de petits ou de grands chefs véreux, assoiffés de pouvoir, ont été enclin à tyranniser et exploiter ceux qui travaillaient sous leurs ordres. Mais Dieu n'est pas un chef de ce calibre là Il nous connaît, sait quelle est notre potentiel et comment le développer à la gloire de Son nom. Nous savons que ce qu'il nous demande est toujours juste et bon, et qu'il agit lui-même en nous pour susciter le vouloir et le faire (Eph 2.13). Quel choix de profil voulons-nous adopter ? Voulons-nous demander à Dieu ce matin, l'aide de vivre toutes les responsabilités qui nous incombent comme des serviteurs au service de sa noble cause ? Pour que notre attitude, au travail, à l'école, à la maison, en vacances honore son nom et donne à d'autres envie de vivre dans l'optique de Son service ? 3. Le geste de Jésus : exemple à suivre par les disciples. 3.1. Un exemple à mettre en pratique Dans l'explication que Jésus donne de son geste, il le pose en exemple à suivre : v.12-15 Avez-vous compris ce que je viens de vous faire ? Vous m'appelez Maître et Seigneur et vous avez raison, car je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le maître, je vous ai lavé les pieds, vous devez, vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Je viens pour vous donner en exemple, pour qu'à votre tour, vous agissiez comme j'ai agi envers vous. Jésus ne commande pas de perpétuer un geste symbolique, comme la Cène en est un. Ici seul Jésus a lavé les pieds de ses disciples or il commande aux siens une application mutuelle de ce que signifie ce geste. La vie du chrétien, est celle qui porte la marque de la disposition à l'accueil, au pardon, du souci de l'intérêt de l'autre que le Maître appelle à son service, comme membre de sa famille. 3.2. Ce qu'implique la réciprocité. Pour que nous puissions pratiquer cet ordre de Jésus, encore faut-il, comme Pierre, commencé par accepter humblement d'être servi ! Servis d'abord par Jésus, qui a donné sa vie pour nous, à cause de nos péchés. Mais aussi servis par les serviteurs qu'il met sur notre route, pour qu'ensemble nous puissions conjuguer nos forces afin d'accomplir Ses œuvres. Or, savoir recevoir n'est pas toujours choses facile c'est reconnaître qu'on ne peut pas tout, tout seul, c'est accepter ce qui est offert, sans chercher à rendre tout de suite la monnaie pour avoir le sentiment d'être quitte, sans dette à l'égard de quiconque. Quelqu'un me racontait un jour, au combien les temps de fêtes, ou d'anniversaire lui était un supplice A chaque fois que cette personne voulait manifester son affection en arrivant avec un cadeau dans sa famille, elle s'entendait dire : oh merci, tu es bien gentil, mais dit nous combien ca a coûté on va te payer le prix ou bien : on a tout ce qu'il faut, et sinon, nous avons de quoi nous l'acheter Savoir donner selon Dieu commence par apprendre à recevoir et ce n'est pas chose toujours si facile que cela, surtout lorsque l'on a été éduqué selon la règle : ne devons rien à personne mais c'est oublier la suite Paul dit aux Romains : Ne devez rien à personne, si ce n'est de vous aimer les uns les autres; car celui qui aime les autres a accompli la loi (Rom 13.8). 3.3. Aimez-vous les uns les autres (Jn 13.34)
Or c'est justement dans ce chapitre, v.34 que Jésus insiste sur cette marque du disciple du Christ qu'il désigne par un autre terme encore : je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Oui, comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres. Si Jésus a usé d'un geste pour exprimer ce qu'il confiait comme mission à ses disciples, plutôt qu'un long discours, c'est sans doute aussi parce qu'une vie au service de Dieu et des siens, cela se vie, plutôt que cela ne se dit. L'enseignement de Jésus n'était pas radicalement dissocié de sa pratique Jésus sert d'exemple à ses disciples. Incarnant ce qu'il enseignait, il démontrait que la communion avec le Père rendait tout cela possible. Conclusion : Pierre est prêt à aller jusqu'à la mort par amour pour Jésus et il vivra cela, mais pas tout de suite il a encore du chemin à faire la réalité de la repentance, l'acceptation du Pardon de Jésus à expérimenter de façon toute particulière, l'acceptation de se savoir dépendant de Sa grâce. Suivre l'exemple de Jésus, ce n'est pas chercher le martyr, ou l'ascèse, comme cela fut valorisé aux premiers siècles de l'histoire de l'Eglise par beaucoup de gens sincères (martyrs, ermites ), et cela n'est pas si absent aujourd'hui encore de biens des aspirations piétistes. Oh combien les uvres et le donnant-donnant nous colle à la peau Seule la mort de Jésus sauve, celle des martyrs n'a aucune valeur expiatoire. En revanche mourir à nous-mêmes est quelque chose à laquelle nous avons à travailler. Cela ne signifie pas renoncer à tout projet, et toute joie, pour se mortifier, bien au contraire, mais c'est renoncer à un profil où nos désirs seraient désobéissance au Père, c'est renoncer à s'attirer la gloire qui revient à Dieu et à Lui seul, car qu'avons-nous que nous n'ayons reçus ? Puisse notre volonté se soumettre à celle du Seigneur, afin qu'à son heure, nous soyons reçus par le Père et qualifiés par le Maître de bons et fidèles serviteurs et invité à entrer dans la joie de notre Maître.
29 juillet 2001 |