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La grâce et le consentement Lc 1 :39-56 Introduction Lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, ce vendredi 13 août, quatre milliards de téléspectateurs découvraient que nous appartenons, tous, à un grand village planétaire. Plus de 200 nations, des cultures, des histoires et des couleurs si diverses, mais une même appartenance, affirmée, visualisée. Pour manifester cet universel, il aura fallu une cérémonie large, à la fois sobre et grandiose. Les photographes savent pourtant qu'il est possible, aussi, de capter ce même universel sur un seul visage, une seule expression. Le particulier, saisi dans ce qu'il a de plus profond, peut exprimer l'universel : le regard d'une mère sur son enfant, la détermination d'un visage à aller plus loin... Ce matin, notre méditation s'arrêtera sur Marie, mère de Jésus. En ce dimanche du 15 août, l'Eglise Catholique la célèbre, en d'immenses rassemblements. Pour l'Eglise catholique, Marie possède une universalité, qui s'exprime par les titres élevés qu'on lui attribue aux côtés du Christ, et par l'ampleur de la dévotion qu'elle suscite. Marie de Nazareth est devenue la Vierge, la Reine des Cieux, Mère de Dieu et Mère de l'Eglise. L'Eglise a proclamé, en 1854, son Immaculée Conception, dogme selon lequel elle aurait été préservée intacte, dès le tout premier instant de sa conception, des souillures du péché originel, pour mener ensuite une vie parfaitement sainte, sans péché. En 1950, l'Eglise a défini son Assomption, dogme selon lequel elle bénéficierait, déjà maintenant, du privilège d'un corps glorifié dans les cieux, au côté du Christ. Selon ce dogme, le corps qui a porté le Fils de Dieu a été préservé de la dégradation, et immédiatement élevé à la gloire céleste. L'universalité du rôle passe par l'attribution des titres les plus élevés. Les Evangiles sont plus sobres. Si l'on s'en tient à leur témoignage, c'est en restant " Marie de Nazareth " que Marie acquiert sa signification pour nous. Nulle part, le NT ne valide les ajouts qui se sont développés dans la Tradition de l'Eglise catholique. C'est à cette sobriété que nous voulons nous tenir, pour respecter l'autorité des Ecritures sur notre pensée et notre théologie. Cela ne signifie pas pour autant dévaluer Marie. Car elle ouvre à l'universel, mais dans le particulier des attitudes et des situations de vie où les Evangiles nous la présentent. L'exultation des petits, ou la beauté de la grâce J'ai choisi le texte de la rencontre entre Marie et Elisabeth pour éclairer un aspect du visage et du rôle de Marie. Il est tiré de l'Evangile de Luc, qui parle de Marie " avec une infinie tendresse " . C'est que Luc, en chantant la grâce de Dieu, veut nous la montrer dans ses multiples facettes, telle qu'elle s'exprime envers chacun. Il s'arrête à Marie, comme il le fera pour d'autres. les autres récits Relevons d'abord, pour éclairage, l'approche des autres récits. Marc, lui, commence son Evangile, sans mention de Marie, par l'ouverture du ministère de Jésus-Christ, " Fils de Dieu ", qui paraît comme l'avaient annoncé les prophètes. Marc veut souligner que le plan de Dieu et son initiative, sont plus forts et plus décisifs que tout autre facteur. Jean, de même, ne s'attache pas au rôle de Marie dans son prologue : Jean veut souligner, plutôt, le mystère de l'intimité éternelle du Fils et du Père, et l'amour vertigineux que représente sa venue. Matthieu, quant à lui, s'adresse à des Juifs, et valorise donc le rôle de Joseph. Mais il inclut, dans sa généalogie, quatre femmes pour précéder et annoncer Marie. Chacune dit la liberté de la grâce de Dieu à l'oeuvre dans l'Histoire : il " fait grâce à qui il fait grâce ". Le point commun de ces trois présentations est qu'elles soulignent la liberté de Dieu, son initiative propre dans la venue de Jésus-Christ. L'Evangile et le salut, sont l'initiative et le don de Dieu. De manière éblouissante, unique. Aucun intervenant humain, aucune coopération humaine ne peut, ni ne doit, voiler cela. Cela s'applique, aussi, à Marie. un peuple humble et petit Luc, lui, s'attarde sur les circonstances et sur les personnes impliquées dans la venue au monde de Jésus. Il prend le temps de nous décrire, non seulement Marie et Joseph, mais aussi Elisabeth et Zacharie, puis Siméon et Anne. Il y a là un groupe de personnes, qui sont unis, par une profonde parenté spirituelle. Ce qui les caractérise, ce n'est pas la puissance ou la grandeur. Mais leur fidélité à Dieu, leur attachement à ses commandements et à ses promesses. Elisabeth et Zacharie vivent cette fidélité malgré l'épreuve de la stérilité ; Anne, au coeur de son veuvage ; Siméon, quant à lui, est au terme de son pèlerinage, l'espérance de la venue du Christ reste sa seule raison de vivre. Ils ont une même attente de Dieu, de son intervention. Ensemble, ils incarnent ce que l'on peut appeler les " Pauvres du Seigneur ", cet Israël de l'humilité, sans grands moyens ni considération, vivant de dépendance de Dieu, de fidélité, d'attente. Les Prophètes avaient décrit sous ces traits le " reste " fidèle d'Israël, héritier des promesses. " Je laisserai au milieu de toi un peuple humble et petit, qui trouvera son refuge dans le nom de l'Eternel " (So 3 :12). C'est à ce reste qu'est identifiée Marie. La toute première salutation de l'ange reprend les promesses du prophète Sophonie à ce peuple humble qui trouve son refuge dans le Seigneur : " Réjouis-toi, fille de Sion ! Ne crains pas. Le Seigneur, ton Dieu, est au milieu de toi comme un héros qui sauve. " (So 3 :14,16). Marie est ici désignée par l'ange comme héritière de ces promesses. Le chant de Marie, le Magnificat, est, lui aussi, tout vibrant de cette joie du regard porté par le Seigneur sur les humbles, et non sur les puissants. lc 1 :52-54 : " Il a renversé les puissants de leur trône, et il a élevé les humbles. Il a rassasié de biens les affamés, et il a renvoyé les riches à vide. Il a secouru Israël, son serviteur, et il s'est souvenu de sa miséricorde. " Ce chant évoque celui d'Anne autrefois, Anne la méprisée, dénigrée par sa rivale parce qu'elle n'av ait pas d'enfant, mais délivrée par le Seigneur en réponse à sa prière. Marie représente cette continuité-là. Elle ne l'incarne pas à elle seule, mais la grâce qui lui est faite rejaillit sur tous les humbles, les sans-force, les sans-grade, qui se découvrent, en elle, sous la bienveillante attention de Dieu. " Moi je suis pauvre et indigent, mais le Seigneur pense à moi ! " (Ps 40 :17) le témoignage au Dieu des humbles Au travers de Marie - et c'est le témoignage qu'elle nous rend elle-même - nous découvrons un Dieu qui fait grâce aux humbles. Qui honore les fidélités sans bruit de celles et ceux qui ne sont pas sur les devants de la scène ou dans les premières pages du Who's Who. Un Dieu qui, en son temps, sait récompenser l'attente fidèle de ceux qui, peut-être, n'ont que lui pour recours. Un Dieu aussi qui veille, dans ses choix, à donner place à ceux que le monde ignore, ou même ne voit pas. Je ne sais pas s'il vous est déjà arrivé d'avoir l'impression d'être complètement " transparent " pour quelqu'un, ou dans un groupe : quelqu'un s'approche de vous, comme pour vous tendre la main, mais en fait il regarde au-dessus de vous, et vise quelqu'un d'autre que vous. Pour Dieu, nous ne sommes, ne serons, jamais " transparents ". Il aime donner une place à celles et ceux que l'on ne considère pas autrement, et qui, simplement, s'attendent à lui. Il leur fait place en son coeur. Place en ses plans. C'est ce dont témoigne Marie avec émerveillement. Jésus aussi s'en émerveillera : " Je te loue, Père, de ce que tu as caché ces vérités aux sages et aux intelligents, et que tu les as dévoilées à ceux qui sont tout petits. Oui, Père, car dans ta bonté, tu l'as voulu ainsi. " (Mt 11 :25). Nous sommes appelés, nous aussi, à en rendre témoignage, par l'attention vraie, que nous savons nous accorder les uns aux autres. Il me semble utile de relever que, dans les Evangiles, Marie s'émerveille de ce que Dieu a ce regard. Sa parole, sa louange, invitent à la confiance en ce Dieu-là. Elle fait de son expérience, non pas une grâce unique que Dieu lui accorderait à elle seule, mais une illustration de la faveur de Dieu, et de son coeur pour tous les humbles. Si l'on reçoit ce témoignage, il n'y a aucune raison de suggérer que nous ayons besoin de son intercession, parce qu'elle au moins " nous est toute proche " , tout en étant toute proche du Christ. En elle, les Evangiles nous disent, justement, que Dieu nous est proche ! La confiance à cultiver, l'assurance à découvrir, c'est de ce côté-là que l'Evangile nous y invite ! En Marie, nous découvrons la proximité de Dieu pour chacun de ceux qui s'attendent à lui ! Et Jésus l'illustrera plus encore, tout au long de son ministère, nous révélant ainsi le caractère de Dieu. Tout cela nous invite à une pleine confiance en Dieu, en sa faveur, à ce que Jésus appelle " la liberté des fils " devant leur Père, l'assurance joyeuse de celles et ceux qui se savent accueillis par lui. Insister sur la nécessité de l'intercession de Marie, c'est mettre une ombre, un voile, sur cette ouverture de Dieu. Car c'est suggérer que nous aurions besoin de quelqu'un qui nous soit plus proche, pour jouer les intermédiaires. Comme s'il y avait une réserve à notre égard chez Dieu... ou comme s'il devait rester toujours, en nous, une sorte de gêne par rapport à Dieu. L'Evangile de la grâce est, au contraire, l'évangile des relations qui s'ouvrent . une grâce unique Certes, Marie est comblée d'une grâce unique : mais elle est unique comme grâce, comme don de Dieu. Cette grâce est un privilège. C'est ce que relève Elisabeth : " Tu es bénie entre toutes les femmes ! " Par sa mission unique, Marie est distinguée. En elle se réalisera le " grand songe féminin d'Israël " : devenir la mère de l'Unique Sauveur, du Fils de la promesse. Ce Sauveur, Elisabeth l'appelle " Mon Seigneur " : elle souligne ainsi le caractère divin de sa fonction. Mais elle relève, en même temps, le privilège pour Marie d'être " la mère de ce Seigneur " ! Quel accomplissement, pour une mère ! Mais ce qui frappe, chez Marie, c'est le sens aigu que tout est de Dieu, que tout cela est grâce, cadeau, merveille d'étonnement. Le sujet de son Magnificat, c'est Dieu et son action magnifique. Marie vit pleinement la grâce qui lui est faite, mais cette grâce ne la centre pas sur elle-même : elle l'élève, tout entière, vers Dieu : " Il a porté son regard sur moi... Il a fait pour moi de grandes choses... Il a élevé les humbles... Il est venu en aide à Israël son serviteur... il a agi comme il l'avait dit à nos pères... " Là où on lui attribue des privilèges, Marie chante le Seigneur et magnifie son action. Il y a là une démarche à bien considérer : 1. Est-ce une façon pour Marie de nier sa propre personne, pour que le Seigneur seul soit élevé ? Nous raisonnons parfois ainsi. Ce n'est pas le cas de Marie. Elle ne nie pas son bonheur. Elle ne nie pas que ce qui lui arrive est absolument unique, que son privilège la distingue : " Toutes les générations me proclameront bienheureuse ! " Lorsque Dieu nous fait grâce, il nous dit la valeur que nous avons à ses yeux. Et s'il nous dit : " Tu as du prix à mes yeux ", c'est pour que nous recevions ce message, et qu'il nous fonde, nous affermisse, nous renforce, y compris dans notre personne. C'est ce que vit ici Marie, qui ne retient ni sa joie ni son bonheur. Elle est ici modèle de simplicité. Apprenons, nous aussi, à donner tout leurs cours, en nous, aux grâces que Dieu nous fait. Laissons-nous irriguer, renforcer, par les actions de Dieu en notre faveur, qui nous disent que nous comptons pour lui. Laissons-nous pénétrer par le message qu'il nous adresse ainsi. Car lorsque Dieu nous fait du bien, c'est nous qu'il vise. Ici, c'est Marie qu'il visait, pour lui dire : Tu as du prix à mes yeux... C'est elle, et pas une autre, qu'il a voulue pour être la mère de son Fils, son Unique, selon son humanité. En cela, elle est et restera à toujours unique, et bienheureuse, éblouie de cette grâce. De même, quand Dieu nous fait du bien, c'est nous qu'il veut pour ce bien, et pas un autre ! 2. Deuxième constatation : cette grâce que l'on reçoit élève et humilie en même temps. Ecoutons Marie : " Il a porté son regard sur son humble servante ". (1 :48) Toute à son bonheur, oui ! Mais remplie, en même temps, du sentiment d'être absolument trop petite pour tant de bienfaits ! La grâce, reçue comme grâce, humilie. Pourquoi moi ? Comment... moi ? Il y a là un double mouvement, un dialogue jamais achevé, entre la valeur que Dieu nous donne, et la question que nous pose cette valeur reçue de Dieu. Dans ce dialogue sans fin , on découvre ce qu'est la gratuité, et que c'est elle qui nous fonde... Cf " Je ne sais pourquoi dans sa grâce... " 3. Cette grâce, unique, éprouvée par Marie est pour elle le signe de multiples grâces, uniques elles aussi, que Dieu dispense, largement, de génération en génération, et de personnes à personnes. " Le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses : saint est son nom ! Sa bonté s'étend, de génération en génération, sur tous ceux qui le craignent. " Les actes de Dieu reflètent sa personne, son caractère. La grâce reçue révèle un Dieu de grâce. Et de grâce pour tous. Et de grâce, largement. Cela, c'est une formidable espérance. Qui donne un tout autre regard sur la vie. Car l'irruption de la grâce veut dire, simplement, que notre vie n'est jamais fermée. " La grâce invente ses voies, libres et hardies. " Aucune fatalité, aucune grisaille ne peut rien contre cela. Si Dieu " a fait pour nous de grandes choses ", notre vie ne peut qu'être ouverte à d'autres ressources de sa bonté envers nous. Ouverte et accueillante à ces bontés. Ouverte et aux aguets de ces bontés. Parfois dans l'attente, exigeante, certes. Mais jamais fermée. Car la grâce invente ses propres chemins... et son irruption ne dépend ni de celui qui va, ni de celui qui court, ni de ce qui a été, ni de ce qui semble devoir continuer... Mais du Dieu qui fait grâce à qui il fait grâce. Et qui prend plaisir à faire du bien... L'ange avait dit à Marie : " Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu " . Cette faveur, Marie l'accepte pour elle, mais ne l'enferme pas. Tel un feu d'artifice, elle en fait une grâce qui rejaillit largement, sur la vie, sur les autres... Exultation et consentement Mais Marie qui exulte et magnifie la grâce a aussi consenti à la grâce qui lui était annoncée, elle a dit " oui " à la mission qui allait être sienne. Elisabeth le relève dans sa salutation : " Bienheureuse celle qui a cru : ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s'accomplira. " (1 :45) Dans la bouche d'Elisabeth, cette parole a quelque chose de pathétique. Car, non loin d'elle, il y a Zacharie, son mari, qui n'a pas cru à la parole de l'ange (cf 1 :20). Il est là, muet, privé de toute expression, jusqu'au jour de l'accomplissement de ce qu'il n'a pas cru. Alors que Marie, qui a cru, chante et magnifie les merveilles de Dieu... Marie nous rappelle ici l'importance que Dieu accorde à notre adhésion. L'initiative et la source de tout don sont en lui et lui appartiennent souverainement. Il peut, et sait agir, sans nous, ou malgré nous. Mais il trouve sa joie et son plaisir dans l'adhésion, pleine et entière, de son peuple. la délicatesse de Dieu Il y a là une touche de " délicatesse " infinie de sa part. Lui qui " dit, et la chose existe ", sait prendre le temps et la patience pour annoncer ses plans, pour dire sa volonté, de telle sorte que nous puissions y adhérer, et entrer dans le projet. C'est toute la démarche de l'alliance : dans l'alliance, Dieu a l'initiative, mais il ne réquisitionne pas. Il agit, il s'engage, il s'implique... mais il donne le cadre pour que nous puissions entrer dans le projet. Le but de Dieu dépasse, de loin, l'utilitaire de " ce qu'il y a à accomplir ". Il est aussi, il est pleinement, un projet de relation. Son but, sa joie, c'est de nous voir en pleine phase avec lui, impliqués de coeur dans l'action que lui-même a à coeur. Matériellement, certes, il pourrait parfaitement tout accomplir sans nous. Mais son plaisir, son objectif est le partage, la relation. Cela suppose un mouvement réciproque. De foi, d'obéissance, de vibrant enthousiasme, de disponibilité, d'ouverture. Marie nous le rappelle. Son " oui ", entier, a compté dans le plan de Dieu. Il a compté pour Dieu, alors qu'il s'engageait, lui le premier, dans le vertigineux abaissement qui allait être le sien. Il était important qu'il y ait, là, entre Dieu et celle qu'il avait choisie, une harmonie qui honore la beauté du geste. A la libre initiative de Dieu répond la libre adhésion de foi et d'obéissance de Marie. le plaisir de Dieu Ce " oui " de Marie au moment crucial du plan de Dieu nous rappelle que le plan de Dieu se veut aussi, et pleinement, partage. Le " plaisir " de Dieu, ce qui fait " toute sa joie ", c'est quand se réalise ce plein partage, qui vient d'une adhésion du coeur. Dieu n'a pas vraiment de plaisir à imposer les choses, à contraindre de force. Ce n'est pas ainsi qu'il conçoit sa puissance. Ce que Dieu aime, ce que Dieu cherche, c'est l'adhésion du coeur. Marie, ici, nous interroge, par son exemple. Comment vivons-nous notre relation à Dieu, notre insertion dans son oeuvre, notre soumission à sa pensée, sa volonté ? Comme une loi imposée ? extérieure à nous ? Comme un éternel " il faut " ? Ou comme une réalité accueillie, intégrée, que nous faisons nôtre ? à laquelle nous donnons, vraiment, notre adhésion ? Comme un " je veux ", assumé, réfléchi, décidé ? la différence La différence entre les deux attitudes n'est pas forcément celle de la facilité. Voyez Jésus à Getsémané : il oriente sa volonté sur celle du Père, mais l'exigence est entière. Et pour Marie, aussi, le renouvellement de son " oui " aux moments cruciaux où Jésus quittera la maison, donnera priorité à sa mission, ira jusqu'au don total de lui-même à la croix, ce renouvellement de son " oui " ne sera pas facile. La différence, c'est celle de la joie, et du sens. L'adhésion de coeur aux projets et à la volonté de Dieu pour nous, libère en nous la joie. Car elle nous met en harmonie avec Dieu, au diapason d'un véritable coeur à coeur. Voyez Marie chanter ! Il y a là l'une des clés d'une vie avec Dieu qui " chante ", qui éclaire le visage : le " oui " à Dieu renouvelé, assumé devant lui, avec lui, pour lui. Ce " oui " n'est pas simplement le " oui " d'un jour, lorsque, pour la première fois, nous avons ouvert notre vie à Dieu. Pour qu'il soit vivant, dynamisant, ce " oui " doit réactualisé, renouvelé. Offert, toujours et encore. En pleine conscience. Les chrétiens heureux sont ceux qui vivent ce renouvellement régulier de leur " oui " à Dieu. Les chrétiens tristes, pour qui tout est charge et devoir, sont souvent ceux dont le dernier " oui " à Dieu remonte très loin. L'autre différence, c'est celle du sens. Renouveler notre " oui " à Dieu, c'est donner sens à notre action, à notre obéissance. Sens relationnel, d'abord : c'est pour Dieu, et avec lui, que nous voulons agir. Sens directionnel, ensuite : nous inscrivons notre action dans l'oeuvre que Dieu fait, et nous la lui confions pour qu'il lui donne la direction et les aboutissements qu'il voudra. Marie témoigne , aussi, de ces deux " sens ". consentement et coopération Faut-il parler, ici, de coopération humaine ? Peut-on dire que Marie, par son " oui " initial, coopère à l'alliance nouvelle que Dieu établit ? Qu'au pied de la croix, elle participe au sacrifice du Christ par le consentement de son amour ? Les lignes doivent être tirées avec finesse. Il y a, certes, participation, et engagement humain de la réalisation du plan de Dieu. C'est la volonté de sa grâce. Mais il faut distinguer les rôles. Celui de Marie est d'être mère : mais ce fils qu'elle a porté possède sa propre mission, celle-là même que l'ange a annoncée. Et vient le jour où la mère s'efface devant le fils, et sa mission. C'est " l'épée qui lui transpercera le coeur ". La distinction doit être maintenue, clairement : le rédempteur, le Sauveur, c'est lui. Celui qui se donne, c'est lui qui s'offre en sacrifice pour nos péchés. Qu'il y ait ou non adhésion de Marie, que cette adhésion soit consentante ou subie, le Fils accomplira la volonté du Père. Il n'est pas juste, dans ce sens, de donner à Marie un rôle de " co-rédemptrice ". Nulle part, le NT ne le fait, et il nous faut, là encore, respecter cette réserve. Par contre, le consentement douloureux de Marie au pied de la Croix a un plein sens pour elle, dans sa relation personnelle à Dieu en cette heure terrible, dans son abandon à lui, dans son obéissance. Marie figure ici le peuple de Dieu, à l'heure où tout bascule, comme le montre la présence de Jean à son côté. Peuple désarçonné, peuple souffrant... peuple encore objet de l'attention du Christ... mais peuple, bientôt, émerveillé, rendu à l'allégresse, par le triomphe du Ressuscité. Certains de nos " oui " se disent dans la nuit, l'angoisse, ou le brouillard opaque. Seul l'amour du Christ, qui demeure envers nous, peut nous y soutenir. Seul son triomphe peut, et pourra nous en délivrer. Le salut, la délivrance, relèvent de lui, et de lui seul. Quant à nous, il nous reste, et nous restera éternellement, le magnifique chant de Marie : " Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur... Car le Tout puissant a fait pour moi de grandes choses ! " Que ce chant puisse nous accompagner, de jour en jour, dans une pleine confiance dans les ressources de sa grâce, et une vibrante adhésion de coeur à son amour...
Thierry Huser
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