Des sentiments mélangés à la foi ; chronique díun déménagement hors du commun... et de ceux qui sont restés marchant " par la foi et non la vue "

Lc 24.13-35 & 50-53 ; Jn 20.24-31

Le mois des déménagements síest ouvert hier au Tabí.

Si jíose me permettre le jeu de mot, la chrétienté síest souvenue jeudi díun autre déménagement, celui de Jésus, qui est allé síinstaller à la droite du Père. Mais là, point été besoin de cartons et de déménageurs...

Cela dit pour ceux qui restent, ce départ, comme díautres est souvent líoccasion díun moment un peu creux, où il faut refixer ses marques, faire le point, tout en continuant à aller de líavant chacun pour sa part.

Jíaimerais méditer avec vous ce matin un épisode de la vie des disciples de Jésus qui se situe juste avant ce déménagement hors du commun que fut celui de líAscension.

Nous verrons ces événements sous líangle de ceux qui sont restés, soulignant comment Jésus lui-même fait passer les siens de la déception et des sentiments mélangés à la foi et la sérénité cela par le moyen... díune étude biblique !

Les deux disciples discutent en chemin

Sur le chemin díEmmaüs

On dirait aujourdíhui quíils avaient le moral dans les chaussettes...

Les temps étaient durs, les impôts lourds... le pays était gouverné par les colonisateurs...

Nos deux amis, comme bien díautres en ce temps-là, avaient pourtant espéré un avenir meilleur... ils étaient venus tout joyeux à Jérusalem pour les célébrations pascales... avaient suivi avec bonheur ce Jésus si prometteur... et puis voilà quíen cette veille de Pâques la délivrance síétait évaporée... la déception níen était que plus cruelle à accepter...

Les faits étaient là, bien visibles, ce Jésus en qui il avaient vu leur libérateur avait été crucifié, comme le plus vil des criminels... livré aux Romains de façon délibérée et consciente par les autorités religieuses de la place.

Cíétait un dimanche matin, sans doute le 9 avril 30 ou le 5 avril 33, sur le chemin qui menait de Jérusalem à Emmaüs une dizaine de kilomètres plus loin...

Certes le bruit courrait que des femmes níavaient pas vu corps au tombeau et que des anges leur auraient dit quíil était vivant... mais elles, elles ne líavaient pas vu (Lc 24.24)... eh puis peut-on donner quelque crédit au témoignage díune femme (Lc 24.11) ?!... sous le coup de líémotion, ne sont-elles pas capables díhallucinations, díinventer un peu níimporte quoi ?!...

Díun autre côté les hommes, les vrais ( !) les autorités juives, disent que " ses disciples seraient venus voler le cadavre pendant la nuit, pendant que la sentinelle dormait " (Mt 28.13). Mais si les soldats dormaient comment ont-ils bien pu voir les disciples voler le corps ?... et pourquoi dormaient-ils, eux qui étaient payés pour veiller !!!... Ah ces fonctionnaires... toujours les mêmes...

Exprimer la cause de la déception

Líécart entre ce que viennent de vivre ces disciples et ce quíils espéraient vivre est tel, quíils ne peuvent síempêcher díéchanger leurs réflexions en chemin. Comment mettre toutes les parties du puzzle ensemble ? En fait sur quoi reposait leur déception ?

Seule une intervention extérieure les fera sortir de leur labyrinthe.

Cíest là quíintervient Jésus, leur demandant de reformuler ce dont ils discutaient en chemin, ce qui ne va pas aller sans les attrister et les agacer. Serait-il le seul qui ignore ce qui síest passé ?!!!...

Ironie du sort, cíétait en fait lui le seul qui savait vraiment ce qui síétait passé !!!

Pourquoi redire ce que tout le monde sait ?... ce qui est sur la bouche de tous ? ce qui éveille toutes sortes de passions et de craintes ?

Cléopas et líautre disciple ne faisait pas partie des Douze, mais de ces Juifs qui avaient suivi Jésus, reconnaissant en lui un prophète qui agissait et parlait avec puissance, devant Dieu et devant tout le peuple (Lc 24.19). Ils avaient soif de paix, et avaient espéré quíenfin Jésus les délivrerait, quíil leur accorderait le repos auquel, avec tant díautres, ils aspiraient.

Mais se reposer de QUOI ou de QUI ? Etre délivré de Quoi ? ou plutôt de Qui ?...

Des Romains bien sûr ! Du colonisateur qui gouvernait leur peuple ! Une fois celui-ci débouté, tout irait certainement à merveille !

Mais maintenant Jésus est mort, les Romains étaient toujours là !... líattente reste inassouvie.

Voilà la cause de leur déception, ils se croyaient si près du but, et puis en líespace díune journée líespoir síest évanoui tragiquement. Ils avaient risqué gros en suivant Jésus, maintenant que les autorités juives avaient eu raison, ils risquaient encore plus gros...

Ils ont sans doute eu líimpression de síêtre quelque part fait avoir... où est le vrai où est le faux ?... Quel monde, où tout semble à líenvers... ou sont les certitudes ? à qui peut-on encore faire confiance ?

Évaluer la justesse de líattente

Mais déterminer la cause de la déception níest pas tout, il reste encore à évaluer la justesse des attentes inassouvies !... Nos attentes sont-elles légitimes, sont-elles justes ? Tout en étant sincère, il peut arriver que líon se trompe, que líon omet de prendre tel ou tel paramètre en considération, ou que líon ignore certaines choses...

Pour nos deux amis, cíest là que Jésus " renverse la vapeur " et explique la juste manière de lire líhistoire quíils viennent de vivre ! Ce níest pas une question de vue mais de foi en Jésus tel que les Ecritures le présente, dans les Ecritures bien comprises !

Certes, dans les cercles de Juifs instruits et versés dans les Ecritures on attendait du Messie quíil soit un guide politique, redonnant à Israël sa puissance díantan. Líattente des deux disciples síaccordait bien avec ce que tous le monde disait et attendait... et pourtant il manquait quelque chose díimportant dans leur réflexion pour comprendre les Ecritures selon Jésus...

Les déçus díaujourdíhui

Nous ne sommes pas non plus aseptisés aux attentes courantes valorisées par nos contemporains, dans notre société, notre famille, notre Eglise... il est pourtant important de prendre de temps en temps du recul pour évaluer si ces attentes sont justes.

La vie chrétienne, celle des disciples díaujourdíhui peut aussi être parsemer de déceptions engendrées par de fausses attentes.

En venant à Jésus certains síattendaient peut-être à voir du jour au lendemain une vie facile, ou tout " roule " sans résistances, sans contrariétés et sans maladies. Díautres espéraient peut-être voir leur caractère (ou celui de leur proche) changer du jour au lendemain, comme en un éclair... et puis force est de constater que líon voit toujours encore son conjoint, ses parents ou beaux-parents, ses enfants, ses proches avec certains traits qui parfois nous hérissent !

Sans parler de líEglise ou certains pourraient penser que là tout seraient parfaits, les frères & soeurs devançant tous leurs besoins et les servant avec un désintéressement et un zèle sans limites...

Ou je pense à cette personne agacée par certaines choses lourdes dans son entreprise qui avait pensé quíen travaillant dans une oeuvre chrétienne tout irait sans tiraillements... entre chrétiens, tout va forcément bien se disait-elle... et puis de regretter ensuite assez vite les oignons díEgypte...

Déterminer la cause de sa déception mais aussi évaluer la justesse de nos attentes est un exercice important pour notre vie aujourdíhui encore. Mais ce níest pas encore tout !

Jésus fait route avec les disciples

Jésus prend líinitiative

Nous voyons ici comment Jésus prend líinitiative díouvrir les yeux des disciples. Il va vers eux, les interpelle et se laisse inviter à leur table. Face à Thomas qui doute, cíest encore Jésus qui prend líinitiative et lui demande díavancer sa main dans son côté ! Face aux disciples qui sont saisis de crainte prenant à tord Jésus pour un Esprit, cíest encore Jésus qui prend les devants, leur demandant quelque chose à manger pour leur montrer que tour en étant Dieu, il est aussi toujours resté un être humain, un homme ressuscité, revêtu de son corps de ressusciter !

Jésus accueille chacun là où il en est, mais pas pour le laisser tel quíil est !... sans pourtant valoriser la lenteur à croire de ceux qui ont les Ecritures. Ah homme sans intelligence ! Vous êtes bien lents à croire ce que les prophètes ont annoncé. Le Christ ne devait-il pas souffrir toutes ces choses avant díentrer dans sa gloire ? (Lc 24.25-26) et à Thomas de dire : Parce que tu mías vu, tu crois ! Heureux ceux qui croient sans avoir vu (Jn 20.29).

Jésus renvoie les siens aux Ecritures

Dans sa rencontre avec ses disciples, Jésus leur offre une étude biblique en bonne et due forme : Alors, commençant par les livres de Moïse et parcourant tous ceux des prophètes, Jésus leur expliqua ce qui se rapportait à lui dans toutes les Ecritures (Lc 24.27).

Pour líhomme spirituel, dans une économie ordinaire, les Ecritures suffisent pour le convaincre que Jésus est le Christ, venu en tant quíhomme sur cette terre pour le sauver et faire de lui un témoin de la résurrection ! et ce dès ce temps particulier de líHistoire du salut, ou Jésus níest pas encore monté au ciel, ou líEsprit níest pas encore répandu dans le coeur des disciples comme il le sera à partir du jour historique que nous commémorerons dimanche prochain (Jn 16.7).

Jésus suscite la foi qui a pour objet sa personne

À partir du moment où les disciples furent près à laisser tomber leur attente pour recevoir líenseignement de Jésus, leur cœur síest mis à " brûler " de líintérieur, consumant la tristesse quíavait engendrée la déception. Le puzzle était enfin reconstitué ! Plus de doute, Jésus était bien ressuscité ! Pas de miracle tonitruant pour les convaincre, juste une étude biblique serrée, puis un signe symbolique pendant le repas. Pour Thomas ce seront les marques des souffrances à la croix qui serviront de signe, pour Pierre le linceul...

Cíest dans cette rencontre avec Jésus quíest suscitée en eux la foi au Ressuscité. Voilà ce qui ouvre líintelligence et qui donne la paix aux siens, même lorsque Jésus ne reste pas auprès quíeux longtemps.

En effet, il est à remarquer que les disciples níont cherché comme une fin en soi à le retenir physiquement, ou vénérer quelque chose qui lui aurait appartenu, si ce níest son enseignement !

Ils ont reçu sa Parole puis ont témoigné que Jésus était bien le Christ, selon les Ecritures, Celui qui est au cœur de líattente profonde et véritable de chaque être humain.

RQ Lorsque líon parle de foi, il est toujours important de souligner quel est líobjet de la foi.

En parlant líautre jour de líEmpereur Constantin, qui, selon une tradition aurait fait mettre un symbole chrétien comme emblème sur les boucliers de ses soldats pour vaincre le redouté Maxence, réputé puissant en matière de magie, quelquíun síest exclamé " hum ! Constantin avait vraiment une grande foi ! "...

Si un dessin, ou une médaille protectrice est révélatrice de quelque chose, cíest plutôt de la superstition ! Quíil fasse assassiner son beau-père, 3 beaux-frères, son fils aîné et sa femme est un autre signe quíune piété à líéthique au moins très lâche... En fait, la religion de Constantin était très floue, il adorait le soleil invincible comme díautres dieux selon quíils leur donnaient satisfaction, un peu comme une " assurance vie " valait mieux en avoir plusieurs quíune seule !...

La foi que suscite Dieu est tout autre. Elle est exclusive, a pour objet la personne de Jésus-Christ et nía rien en commun avec la superstition et la magie, mais elle engage à un travail de raison, par une intelligence renouvelée. Ici Jésus entre en dialogue avec ses disciples leur explique les Ecritures, leur prouve par les Ecritures quíil est bien le Christ !

Conclusion : Heureux ceux qui croient sans avoir vu !

Aujourdíhui, Jésus est toujours vivant, tout pouvoir lui ont été donnés dans le ciel et sur la terre (Mt 28.18), il est assis à la droite du Père et intercède pour nous (Rm 8.34), rien ni personne ne pourra nous séparer de son amour.

Que la foi en lui produise en nous la joie quíont connue les premiers disciples lorsquíils comprirent que Jésus était bel et bien le Christ !

Quíà la suite de Cléopas et de son ami, notre cœur puisse aussi toujours " brûler " lorsque nous étudions sa Parole et que nous participions à une étude biblique !

Mais que nous sachions aussi évaluer lí à propos de certaines de nos attentes. A quelle sorte de délivrance soupirons-nous ? Quel scénario imaginons-nous pour y accéder ?

Cela tout en nous souvenant que Jésus était en droit díattendre par exemple que les spécialistes de la Loi de son temps líhonorent, il était Dieu.

Pourtant ils lui ont tendu des pièges et líont fait condamner à mort ! Le péché étant une réalité sur cette terre, Jésus savait quel prix il lui fallait payer, pour obéir à la volonté de son Père et accomplir la Mission qui lui était assignée ! Mais il est ressuscité, la mort ne pouvait le retenir !

Heureux êtes-vous, vous qui croyez sans avoir vu (Jn 20.29).

Heureux sommes-nous aujourdíhui (et pas serons-nous) nous qui croyons au témoignage des apôtres, sans avoir vu !

A.R.