Le Lion rugissant, le Dieu de toute grâce, et moi

1Pi 5:6 ss

Introduction

    Dans le petit bestiaire biblique, le lion a une place de choix.
C'est même le roi des animaux, il ne recule devant personne (Pr 30.30), sa force et son courage ont fait de lui l'emblème de la puissance, sa majesté celui de la royauté.
Aussi l'on ne s'étonne pas de voir Jean appeler Jésus " le Lion de Juda " (Apo.5.5).

    Le rugissement du Lion est aussi une image qui s'applique à Dieu dans la Bible. Il y a même un commentaire sur le livre d'Amos qui a pour titre le " rugissement de Dieu ".

    C'est le signe avant coureur de la colère qui va s'abattre sur le peuple infidèle, peuple au cou raide qui refuse de se soumettre au Seigneur.

    Le Lion rugit avant de partir à la chasse, son rugissement est perceptible à 9km à la ronde ce qui a l 'avantage de laisser une certaine marge de manœuvre pour se mettre à l'abri !

    Dans le texte que nous voulons méditer ensemble ce matin, l'image du lion rugissant s'applique à quelqu'un d'autre. Aussi le contexte est différent ; Dans cette épître, Pierre cherche à encourager des chrétiens qui souffrent injustement, non parce qu'ils sont infidèles, mais parce qu'ils professent d'être chrétien dans une société païenne.

    Lisons ce texte qui conclue la première épître que Pierre adresse à des chrétiens qui comme vous et moi, ne vivent pas désincarnés sur un petit nuage insensibles aux réalités quotidiennes 1 Pi 5.6-11

1. Le rugissement du Lion

1.1. Le lion

    Le lion qui rugit ici, c'est le diable, le diviseur qui cherche à disperser les hommes loin de Dieu !

    Son rugissement ne signifie pas qu'il a déjà choisi sa proie, mais c'est le signe annonciateur qu'il est sorti de son sommeil (il paraît qu'un lion dort 20h/jour !) et qu'il va se mettre un peu au travail, en partant à la chasse !

    Mais au moment ou Pierre écrit aux chrétiens de Turquie, ceux-ci vivent encore de façon sereine : les familles étaient réunies, le travail s'effectuait normalement, les chrétiens se réunissaient librement Eglise...

1.2. Les persécutions

    Mais depuis Rome, Pierre présent que des vagues de persécutions allaient atteindre l'Eglise. Selon l'appel qu'il avait reçu du Seigneur (Lc 22.32), il cherche à fortifier ses frères. L'histoire nous apprend qu'à la folie de l'Empereur Néron (54-68), succédera Domitien (81-96) puis Trajan (98-117).

    Les chrétiens ont souvent servi de bouc émissaire... suite à une défaite militaire, il fallait expliquer la débâcle ; pourquoi les dieux n'avaient pas été favorables à l'Empereur... bien sûr c'est parce que les chrétiens ne les avaient pas adorés et non par incompétence de l'armée !

1.3. Discerner l'origine des difficultés

    Ici si Pierre encourage les chrétiens à tenir bon, face à des souffrances injustes, ne mettons pas cependant pas toute origine de peines dans le même sac, sans discernement !

    Entre les gens qui aujourd'hui voient le diable partout, qui à la moindre résistance contrariante ou effort leur demandant de la persévérance, expliquent leur malaise en accusant le diable

    Et ceux qui ne le voient nul part, il y a un équilibre biblique à trouver, un effort de discernement à faire !

    Mais dans cet exercice, une autre donnée est à prendre encore en compte ; il y a des résistances et des efforts tout à fait naturels ; qui sont ni une conséquence d'un péché, ni l'œuvre du diable : tracer un sillon dans un champ, mettre en place un projet, apprendre à maîtriser telle technique ou telle matière exige du travail, de la sueur, de la concentration... bientôt l'heure des examens de fin d'année sonnera : redoubler d'efforts et de discipline sera d'actualité... ce sera un juste & louable investissement pour réussir les épreuves !

    L'épître de Pierre se situe clairement dans l'optique de chrétiens qui doivent se préparer intelligemment et lucidement à faire face à des souffrances injustes. Si en France nous sommes loin de vivre dans la perspective des chrétiens d'Asie Mineur de l'époque ou de certains pays aujourd'hui, si nous sommes relativement protégés des persécutions, nul, parce qu'il est fidèle au Christ n'est forcément à l'abri de réelles " souffrances injustes " ; qu'elles surgissent dans la famille, au travail, à l'école, dans le quartier... Ainsi, l'exhortation de Pierre est aussi pertinente pour nous !

2. Le Dieu de toute grâce

2.1. Dieu prend soin de nous

    La pierre d'angle de l'encouragement est en Dieu même. C'est ce que dit Pierre en leur rappelant à ses destinataires que " Dieu prend soin des siens " (v.7). Pour quelqu'un qui a connu les " souffrances injustes " comme Pierre, son propos n'était pas qu'une " pieuse parole ", il avait expérimenté ce qu'il disait : nous savons qu'il n'a pas eu la vie simple et une mort " naturelle " (Jn21.19)... du reste comme Paul qui dresse ce tableau aux Corinthiens ; 3 x fouetté, une fois lapidé, 5x il a reçu " 40 coups moins 1 " des Juifs, plusieurs fois en prison, il a survécu à 3 naufrages, les travaux, de nombreuses nuits blanches, la faim et la soif, le froid et le manque d'habits... (2 Co 11.24) rien de tout cela ne lui a pas été épargné.

    Il en est tout autre, d'un pareil propos qui serait dit de haut, de la part de quelqu'un qui se présente au zénith du succès " planant " comme sur un petit nuage... il y a des " prend courage, tout ira bien, car Dieu prend soin des siens " qui assomment plus qu'ils ne relèvent... mais en général les chrétiens sont assez bien élevés, même s'ils peuvent légitiment avoir envie de réagir vertement à de tels propos, ils se maîtrisent pour rester aimables tout en s'enfonçant toujours un peu plus !

    Cela dit, il n'est pas nécessaire d'avoir connu la prison, la guerre ou la famine pour encourager valablement... beaucoup tient à la façon dont on se positionne face à celui à qui on s'adresse... sommes-nous de la même pâte ?...

    Quand nous pensons à nos frères et sœurs en Côte d'Ivoire ou en Haïti qui ont été victime d'injustices, et là pas à cause de leur foi, comment encourager vraiment ? Comment nous positionner vis-à-vis d'eux lorsque nous prions pour eux ?

2.2. Reconnaître la souffrance et les inquiétudes sans l'expliquer pour s'en décharger

    2ième élément, Pierre sait reconnaître la réalité des souffrances endurées ainsi que le poids des inquiétudes qu'elles génèrent. Si les Evangiles sont plus sobres que Mel Gibson, Dieu ne passe pourtant pas sous silence les souffrances de Jésus ni la façon dont il les a redoutés et a du volontairement les endurer... Les souffrances sont inévitables.

    Mais notons aussi que Pierre ne cherche pas à soulager les souffrances injustes en les expliquant ou en les justifiant ! Au contraire il stimule le courage des chrétiens en leur rappelant plutôt qu'ils ne sont pas les seuls à vivre ces choses " vos frères dispersés à travers le monde connaissent les mêmes souffrances " (v.9).

    D'autres sont passés par-là et ont tenu ferme ! Dans sa grâce et selon ses promesses, Dieu leur a donné de vivre ces moments sans que l'Eglise n'ait disparue !

2.3. Dieu rétabli, affermi, fortifie rend inébranlables

    Même si à côté de l'Eternité, les souffrances ont une durée limitées, elles n'en sont pas moins véritables et douloureuses... mais elles ne sont pas dernières...

    La promesse du rétablissement que Dieu va opérer, scelle l'encouragement.

    Pierre ne promet pas le paradis sur terre, l'évaporation de toutes peines comme disparaît soudainement un nuage laissant place à un ciel complètement bleu... mais l'auteur de toute grâce va rendre les siens forts et inébranlables. Toutes choses demeurent sous son contrôle. Dieu mène à bien son œuvre de salut dans le cœur de ceux qu'il a appelé à connaître sa gloire éternelle dans l'union à Jésus-Christ.

3. Et moi...

    Quelles attitudes adopter en prévention ou traitement face aux souffrances injustes, sdaprès ce que Dieu dit dans notre texte ?

3.1. Se placer sous l'autorité de Dieu

    En tout premier lieu il s'agit de se soumettre volontairement à l'autorité du Dieu souverain. C'est ce que veut dite l'expression " humiliez-vous ". Il ne s'agit pas ici d'engager le chrétien à vivre prostré, en se flagellant, en se dénigrant systématiquement soi-même.

    Jésus s'est humilié (Ph.2.8) décrit son abaissement volontaire, sa soumission à la volonté de son père, qui le conduira à apprendre l'obéissance par les choses qu'il a souffertes (Hb5.8)... le Père " l'élevant " après la croix.

    Son exemple de vie est pour nous l'image de " l'homme véritable ". Il n'avait rien de l'ascète vivant un quotidien sans relief, présentant aux siens une mine défaite tout au long de sa vie, donnant l'impression de porter le poids de souffrance de chaque personne qu'il croisait, renonçant à toute joie, dépensant tous ses revenus pour exclusivement subvenir aux besoins des nécessiteux...

3.2. S'alléger des inquiétudes qui paralysent

    Parce que Dieu est pour nous celui qui gouverne le monde, nous nous déchargerons sur lui du souci de vouloir assurer seul notre lendemain.

    L'entreprise a fait faillite, on a perdu son travail, de quoi vivrons-nous demain, comment payer le loyer ou la maison ? ...

    Je dois absolument réussir cet examen je n'ai pas droit à l'erreur sans quoi...

    Mon enfant ne veut pas étudier, mais que fera-t-il de sa vie ?

    Ces constats et ses interrogations sont légitimes ! Il est important d'évaluer les risques, de calculer le prix d'une tour avant de la construire... pour prendre les bonnes dispositions... pour rectifier, conseiller ou limiter dans la mesure du possible les dégâts...

    Mais face à l'inquiétude, nous ne sommes pas tous nés " égaux "... il y a des personnes plus anxieuses que d'autres, qui se font plus de soucis que d'autres.

    Cependant pour les uns comme pour les autres, l'appel à se " décharger " de ses soucis, n'est pas synonyme de résignation, ni d'insouciance ou peut-être pire encore ; d'indifférence !

    La suite de l'exhortation le montre bien, l'exercice de la vigilance et de la foi responsable est toujours notre part active auprès de Dieu ! Mais il s'agit ici de refuser de nous laisser paralyser dans notre réflexion comme notre action, par une excessive crainte du lendemain. Comme si tout dépendait de nos forces, de notre intelligence de notre " capacité à déplacer les montagnes "... C'est Dieu qui est souverain dans l'histoire du monde, mais aussi dans la notre ! Ses plans il les mènera à leur terme.

3.3. Soyez vigilants, sans vous laisser distraire ; Résistez !

    Si l'on ne peut empêcher le lion de rugir, en revanche notre part est de prendre les bonnes dispositions pour se protéger !

    Prévention : Rester vigilent, ne vous laissez pas distraire... le rugissement peut chercher à paralyser, comme certains cris dans les arts martiaux sont des moyens d'intimidation pour rendre l'adversaire plus vulnérable...

    Dans la jungle il y a paraît-il un grand remue-ménage lorsque rugit le lion, chacun fuit et se met en lieu sûr... mais gare à la gazelle insouciante qui préfère continuer à se désaltérer encore un peu au bord de la rivière... Avec des pointes de 64km/h, le lion bondira en un instant... Si elle n'y prend pas garde, la gazelle sait que pour sauver sa peau, il lui faudra alors faire un 100m en 6s... après 100m le lion essoufflé lâche prise...

    Ne " provoquons " pas d'affrontement inutile... ne donnons pas prise au diviseur :

    Paul donne un exemple de prise ; " Mettez-vous en colère, mais ne commettez pas de péché ; que votre colère s'apaise avant le coucher du soleil. Ne donnez pas prise au diable " (Ep 4.26-27)

    Nous sommes ainsi appelés être attentifs à ce qui pourrait constituer une " prise " pour le mal. Là aussi nous ne sommes pas égaux, les " failles " peuvent être de nature diverse : - l'attrait excessif du pouvoir, de l'argent, peut engendrer l'exploitation de l'autre, le vol, le mensonge, et toute sorte d'abus... - certains peuvent être facilement enclin aux dépenses démesurées et sont ainsi toujours sur-endettés... et cela touche des gens qui gagnent bien leur vie comme ceux qui ont peu... - d'autres peuvent réagissent sans recul et se mettre des situations délicates qu'ils regrettent après

    Comme un voleur entre le plus souvent dans une maison sans se faire remarquer... le mal s'immisce souvent subrepticement sans se faire remarquer...

    Si le Seigneur pardonne, éduque, restaure, et guérit, restons vigilants quant aux fragilités qui pourraient encore subsister...

    Plus haut dans son épître Pierre disait : " Que nul de vous ne souffre comme meurtrier, comme voleur comme malfaiteur ou comme se mêlant des affaires d'autrui ; mais si c'est comme chrétien, qu'il n'en rougisse pas... et qu'il fasse le bien " (1Pi 4.15-16 ; 19)

    Défensif : l'image s'arrête sur la foi comme forteresse !

    Paul parlera du bouclier de la foi comme arme défensive (Eph 6.16).

    La foi tire sa force de Celui vers qui elle est orientée, le Dieu du Salut. Se placer " dans la foi ferme " c'est se placer en Dieu lui-même par Jésus-Christ...

    Alors avec David nous pourrons dire : " L'Eternel est ma forteresse, mon rocher, mon libérateur. Il est mon Dieu, le roc solide où je me réfugie, Il est mon Sauveur tout-puissant, mon rempart et mon bouclier "(Ps 18.2-3)

    Se placer dans la foi comme dans une forteresse, c'est s'approcher de Dieu par notre Seigneur, c'est croire qu'il est plus grand que tous, et que nul ne peut nous ravir de sa main (Jn 10.29)

conclusion

    Jacques résume ainsi l'exhortation de Pierre : " soumettez-vous donc à Dieu, résistez au diable et il fuira loin de vous. Approchez-vous de Dieu, et il s'approchera de vous " (Jcq 4.7-8)

    Et avec Rochedieu de conclure : " Alors, le rugissement du lion qui cherchait à nous éloigner de Dieu, fait comme office du chien qui, par ses aboiements, ramène la brebis vers le bon berger ".

    Ce bon berger ne fuit pas quand survient le loup, le danger... mais il va jusqu'à donner sa vie pour ses brebis (Jn 10.11 & 15).

    Auprès de qui d'autre vivre en sécurité et apprendre à vivre en faisant résolument le bien, pour la gloire de notre Père ?

A.R.