Prier le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson

(Matthieu 9:37-38)


Voilà une parole de Jésus qui nous est bien familière !

Les paroles du Seigneur qui précèdent la désignation et l’envoi des Douze apôtres, est un texte classique de motivation missionnaire. Y reviennent par exemple ceux qui veulent réveiller puis fortifier l’intérêt pour la mission parmi les chrétiens. A juste titre ! C’est bien le sujet : envoyé, apôtre, missionnaire, sont trois mots à peu près synonymes.

Sa familiarité, pourtant risque d’émousser l’attention et de faire qu’on ne remarque plus certains traits du texte ! Pour éloigner ce risque, je vais me concentrer sur trois étrangetés contenues dans cette Parole de Jésus.

Les avez-vous remarquées ? Elles sont riches d’enseignements...

1. Pourquoi le Maître demande-t-il la prière ?

L’instruction que donne Jésus a de quoi ébouriffer notre logique !

On comprendrait un appel au volontariat ! Qui veut bien répondre à l’Appel ?... Qui veut aller ? Mais ce n’est justement pas ça ! Il faut que le Maître envoie...

Mais si le Maître envoie, pourquoi prier ? A-t-il besoin de conseil ? Ignore-t-il la situation ? Est-il distrait ? Voilà des hypothèses bien ridicules, puisque c’est Jésus, qui est " UN " avec le Maître, qui prononce ces mots.

Cette étrangeté caractérise toute la prière de requête dans la Bible : nous prions que Dieu fasse ce qu’il veut, non pas ma volonté mais la tienne, à la suite de Jésus. Et toute autre prière serait d’une sottise abyssale, d’une fatuité sidérale !

Le Maître, qui reste le Maître, veut nous associer à son œuvre au point d’attendre que nous lui demandions. Il n’est pas lié à notre demande pour agir, il n’est pas paralysé si l’on ne le prie pas avec grande précision, mais il se plaît, en règle générale, à attendre notre prière pour passer à l’action ; en tout cas, il nous y invite.

Et c’est cette même volonté de nous associer, de nous confier cet honneur insigne qui éclaire l’envoi des moissonneurs, les missionnaires. Dieu pourrait employer des moissonneuses-batteuses, des légions d’anges au lieu des faucilles ébréchées, des mains malhabiles et des genoux chancelants de ces ouvriers fatigués de naissance que nous sommes !

Mais il veut nous employer ensemble, ceux qui prient, ceux qui donnent et ceux qui vont.

2. La moisson est-elle si grande ?

Jésus donne pour raison à la prière : la moisson est grande. Mais où est-elle donc la grande moisson ? Que voyons-nous quand nous levons les yeux ?

Au lieu d’une vaste moisson de blé dorée, un horrible terrain vague où foisonnent les orties, avec quelques parcelles cultivées, mais c’est du cannabis !

Pour abandonner l’image, voyons-nous les foules se presser aux réunions évangéliques ? L’opinion publique s’ouvre-t-il à la Parole de Dieu ? Nous voyons parader dans les rues de Paris ceux qui bafouent ouvertement la Loi de Dieu, qui déshonorent leur propre corps, soutenus par les médias et les responsables politiques de gauche et de droite... Et ceux qui montrent leur faim spirituelle sont fascinés par les sectes malsaines.

" La moisson est grande ", dit le Seigneur qui a la vue plus perçante que nous !

À Corinthe, ville idolâtre et impudique, Dieu dit à l’apôtre Paul : " Personne ne mettra la main sur toi pour te faire du mal, parce que j’ai un peuple nombreux dans cette ville " (Actes 18.10b)

La pénétration du regard du Seigneur est liée à son choix souverain, mais aussi, me semble-t-il, à ce qui l’impressionne selon le v.36 : il est ému de compassion en voyant ces hommes et ces femmes comme des moutons harassés et prostrés, à bout de forces, là où nous voyons des pécheurs arrogants et des propagandistes sectaires. Jésus voit selon la vérité : des hommes et des femmes malmenés, désorientés, épuisés... Il voit la souffrance et dans son amour souffre de leur souffrance.

La foi, le regard de Jésus greffé dans notre regard, nous porte à prier, et/ou à donner et/ou à aller.

3. Est-ce le temps de la moisson ?

Mais au fait, comment Jésus peut-il parler de la moisson ? C’est un symbole pour la fin du monde (cf Jl 4; Mt 13.30, Ap) ? Nous pensons à notre travail en termes de semailles.

Le passage qui éclaircit cette difficulté, c’est celui qui suit la rencontre de Jésus avec la Samaritaine, Jean 4.35ss, Jésus souligne le décalage : les disciples qui se fient à ce qu’ils voient, disent : la moisson n’est pas encore là, encore quatre mois jusqu’à la moisson. La scène se passe donc en janvier. Et Jésus voit au-de là de l’apparence : déjà les champs blanchissent... En d’autres termes : bien que l’histoire semble suivre son cours ordinaire plutôt désespérant, levez les yeux, voyez plus loin que l’apparence, la fin a déjà commencé ! Les puissances du monde à venir sont à l’œuvre, le règne de Dieu s’édifie mystérieusement dans les cœurs par l’Esprit Saint. La vie éternelle est donnée.

C’est déjà le temps de la moisson, l’accomplissement de ce qui a été semé sous l’Ancienne Alliance, et même chez les Samaritains. Dans toutes les cultures Dieu a préparé sa moisson ! C’est le temps du fruit de l’œuvre du Semeur, qui est aussi le grain de blé.

La moisson est grande, Dieu engrange pour l’Eternité. La fin est proche ; il y a urgence avant les orages si noirs que personne ne pourra plus travailler. Que le Seigneur jette (littéralement) , fasse sortir, envoie des ouvriers dans sa moisson.

Dieu nous fait l’honneur de nous associer à cet accomplissement de son œuvre de grâce.

Prions qu’il envoie ; donnons pour soutenir ses envoyés ; allons, s’il lui plaît de nous envoyer, sa moisson est une grande moisson !

Henri Blocher
7 juillet 2002
(Résumé du message, dans le cadre d’un culte à caractère missionnaire avec Doris Irmgard Ellenberger).


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