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La prière de Jésus Jean 17
Le texte que nous voulons méditer ce matin était si cher à ce Réformateur que, sachant son heure venue de quitter cette terre, sur son lit de mort, il demanda à sa femme de lui lire ce chapitre de la Parole de Dieu, en disant ; c'est là où j'ai mouillé ma première ancre, entendons par là l'ancre de sa foi, de son ministère de sa vie. Ce passage clôt la section des discours d'adieux que Jésus adresse aux Douze puis aux Onze lorsque Judas les quitta. Nous sommes probablement dans ce lieu où Jésus a lavé les pieds de ses disciples et ou il a institué la sainte cène. Après avoir ainsi prié dit le ch 18, Jésus va ensuite se rendre à Géthsémané, dans ce jardin où il va encore prier pendant que les Onze eux s'endorment et que de son côté Judas trahisse son maître. A la suite d'un luthérien1 de la première heure... on a souvent pris l'habitude de donner à ce chapitre le nom de : prière sacerdotale, pour souligner une des fonctions du souverain sacrificateur qu'a endossé Jésus : celle de médiateur entre les hommes et Dieu, médiateur qui prie Dieu pour lui-même et pour le peuple. Lisons ensemble ce chapitre si cher à John Knox, chapitre qu'avec d'autres j'aurais aimé appeler la prière du Seigneur, mais comme ce titre est communément attribué au « Notre Père », je l'intitulerais plutôt prière de consécration ou prière du Fils pour la fécondité de son œuvre... Lecture Jean 17 Si les Evangiles rapportent que Jésus a souvent prié, nous ne savons en revanche pas grand-chose de ce que Jésus disait dans ses prières. Il priait souvent seul, à l'écart dans l'intimité de son Père. L'évangile de Jean est le seul à citer cette prière ou 5 demandes sont inscrites, demandes adressées au Père Saint et Juste pour Jésus lui-même, pour les apôtres et pour l'Eglise à venir.
Jésus prie le Père pour lui-même : Glorifie ton Fils ! Pour qui aurait souvent entendu dire, qu'il faut penser aux autres et pas à soi... qu'il faut de ce fait se garder de prier pour soi, voilà une prière à première lecture bien surprenante ; non seulement Jésus commence par prier pour lui-même... mais en plus, il demande au Père de le Glorifier !... Toute l'Ecriture ne s'élève-t-elle pas contre la tentation d'une gloire personnelle ? Jésus lui-même disait aux Juifs qui le rejetaient : comment pourriez-vous parvenir à la Foi alors que vous voulez être applaudis les uns par les autres et que vous ne cherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul ? (Jn 5.44) Celui qui parle de son propre chef cherche sa propre gloire; seul celui qui cherche la gloire de celui qui l'a envoyé est véridique... (Jn 7.18) Paul lui-même disait : ne cherchons pas une vaine gloire (Ga 5.26) ne faisons rien par vaine gloire (Ph 2.3) Ce qui n'est pas vaine gloire, c'est la gloire qui vient de Dieu. C'est en fait celle que demande Jésus, afin de Glorifier son Père. Or « Quel est le but principal de la vie de l'homme ? » c'est la première question du Petit Catéchisme de Westminster et la réponse est celle-ci : « Le but principal de la vie de l'homme est de glorifier Dieu et de trouver en lui son bonheur éternel. » 2 Or quel était le but de la vie de Jésus ? Le Fils de l'homme n'est pas venu pour se faire servir, mais pour servir lui-même, et donner sa vie en rançon pour beaucoup (Mc 10.45) C'est ce que Jésus disait au sien au début de son discours d'Adieux ; L'heure est venue où le Fils de l'homme va entrer dans sa gloire. Vraiment, je vous l'assure : si le grain de blé que l'on a jeté en terre ne meurt pas, il reste un grain unique. Mais s'il meurt, il porte du fruit en abondance... À présent je suis troublé. Que dirais-je ? Père, sauve-moi de cette heure ? Mais c'est précisément pour l'affronter que je suis venu jusqu'à cette heure ! (Jn 12.23-24, 27) Jésus s'est dépouillé de la gloire qu'il avait auprès du Père avant les origines du monde, pour faire connaître le Père et achever l'œuvre que le Père lui avait confié (v. 4). Cette demande de Jésus souligne à la fois combien il maîtrise toute chose, sa mort n'est pas un accident qui le surprend, il va se livrer volontairement. Pourtant, Jésus vit ces moments dans la subordination, la dépendance au Père en qui Il se confie pour mener à bien et jusqu'au bout sa mission. Applications... Seul Jésus avait une telle mission dont le succès était indispensable ; le salut de l'homme en dépendait, l'accomplissement et la crédibilité des Ecritures en découlaient. Seul Jésus était pleinement Homme et pleinement Dieu.
Pourtant notre vie aussi veut glorifier le Père. A la suite de Jésus,
il est aussi légitime de prier le Père pour que nous
pratiquions avec fidélité les œuvres bonnes qu'il
a d'avance préparées pour nous, et ce, quelque
soit les renoncements nécessaires.
Hier, lors du forum d'échange avec les responsables des différents groupes de l'Eglise, nous parlions entre autres d'accueil et d'intégration au sein de l'Eglise. Quelqu'un soulignait que pour pouvoir s'intégrer dans une Eglise, il était nécessaire de renoncer à certaines sollicitations pour tout simplement pouvoir avoir du temps et être disponible pour être régulièrement avec les autres et vivre des choses ensembles. Ne serait-il pas judicieux de parfois nous arrêter pour faire le point, personnellement, en couple ou en famille et si nécessaire de réajuster ce qui doit l'être, demandant au Père de nous aider à vivre non pour nous-mêmes, mais en chargé de mission, de sa part, sur terre ? Jésus prie le Père Saint pour les Apôtres : La deuxième partie de la prière décrit ce qu'est un Apôtre : Les disciples étaient des Juifs, choisis par le Père, qui ont cru que Jésus est le Messie, l'envoyé du Père, pleinement « un » avec lui. Ils avaient cru que les paroles de Jésus, son enseignement ne venait pas de lui-même mais du Père. Ils ont gardé cette Parole, et elle est parvenue jusqu'à nous. L'apôtre est la possession de son Maître, ils appartiennent au Père et au fils » (v.6/10). Il est soustrait au Monde « ils n'appartiennent pas au monde » v.14-15. Il bénéficie de la révélation du nom, c'est-à-dire de Dieu, par Jésus v.6. La joie du Seigneur marque déjà sa vie sur cette terre v.13 (cf 15.11 & 16.24). Comme le Père a envoyé le Fils, à son tour l'apôtre est envoyé par le Fils pour accomplir une mission dans le monde (v. 18). Dans cette perspective de « chargé de mission », Jésus présente au Père Saint 2 principales demandes :
Jésus n'ignore pas les épreuves qui vont toucher les siens, celles-ci ne sont pas un mirage qui ne touche pas le Chrétien au vif de ce qu'il est dans sa chair dans son être entier ! Si Jésus a vaincu le monde (ce qu'il dit juste avant de prier), il sait combien les siens seront secoués, ayant à souffrir bien des afflictions, devant supporter la haine du monde. Mais sa prière n'est pas que toutes souffrances leur soient épargnées. La prière de Jésus c'est qu'ils gardent la Foi et mènent à bien leur mission. Cela est possible, si Dieu les garde, cela serait impossible s'ils étaient exclusivement livrés à leurs propres forces et agissaient sur leur propre initiative. S'ils sont mis à part, cela est l'œuvre du Père et du Fils. Le Père les consacre par le moyen de la vérité, cette vérité s'est fait chaire en Jésus (1.14), c'est parce qu'il s'est pleinement consacré que nous pouvons devenir enfant de Dieu et que nous sommes soustrait au monde, c'est-à-dire à la mentalité de ceux qui rejettent Jésus, et ne vivent pas pour glorifier le Père. Applications : Lorsque nous prions pour nos frères et sœurs, prions-nous exclusivement pour que Dieu suspende toutes difficultés de leur chemin, ou prions-nous pour qu'il les garde fidèles dans l'épreuve ? Je pense par exemple aux tensions ou pressions qui peuvent être rencontrées dans le milieu professionnel, ou dans le milieu scolaire ou parfois dans les maisons où nous habitons. Demande-t-on au Seigneur que par Son pouvoir il garde la foi des siens, qu'il leur donne les réponses à propos, la sagesse pour ne pas se laisser prendre dans les mailles d'un filets où ils seraient pris au piège de situations impossibles ? Le Seigneur nous met à part, bien que vivant dans le monde, nous ne sommes plus du monde, mais membre du peuple de Dieu. Comment cela se manifeste-t-il concrètement ? Qu'est-ce que l'œuvre de Jésus change en nous ; dans notre façon de penser, notre façon d'organiser nos priorités, notre façon de choisir nos fréquentations, de gérer notre budget, de vivre nos loisirs ... Pour les Apôtres, l'enseignement de Jésus a complètement changé leur destinée, les pêcheurs de Galilée méprisés des Judéens allaient parcourir le monde pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Pour quelqu'un comme Paul, suivre Jésus a dû l'obliger à rompre avec certains amis, ceux qui persécutaient les chrétiens par exemple, et le conduire à tisser d'autres relations. Mais se faire accepter par les chrétiens ne s'est pas fait du jour au lendemain... aussi spectaculaire que fut son récit de conversion. Jésus prie le Père Juste pour nous : La troisième partie de la prière rapporte ce que Jésus demande au Père Juste pour nous, pour les chrétiens que nous sommes qui ont cru suite au témoignage des apôtres, témoignage consigné dans la Bible. Jésus a prié le Père, demandant pour nous ces 2 choses : Qu'ils soient un, comme toi et moi nous sommes un (v.22) Que ceux que tu m'as donnés soient avec moi là où je serai (v.24) « Que tous soient un » est une demande qui avait déjà été formulée pour les apôtres (v.11b), c'est selon certains, la seule prière de Jésus qui n'ait été exhaussé !... Pourtant Jésus dit au ch 11 que le Père l'exhausse toujours (Jn 11.42). Comment comprendre cette demande ? La nature de l'unité dont parle Jésus ici, est comparable à celle qui unit le Père au Fils (v.21). C'est une relation qui n'est pas fondée sur des sentiments, ou des efforts, mais est « constitutionnelle » ou « naturelle ». Cette unité n'est pas synonyme de confusion ou dilution des personnes, comme le Père est distinct du Fils, c'est pourquoi le Fils peut nous faire connaître le Père. Cette unité est scellée par la gloire que Jésus a transmis de la part du Père (v.22), L'unité des Chrétiens n'est donc pas une fabrication humaine, comme l'unité du cep et des sarments, l'unité est l'œuvre du vigneron, œuvre accomplie par son Fils, et dont l'Esprit rend témoignage. C'est l'Esprit Saint (grand absent explicite de cette prière, puisqu'il n'est pas nommé) qui atteste en notre cœur que nous sommes enfants de Dieu par adoption (Galates 4.4-6), c'est l'Esprit Saint qui applique à la vie du croyant l'œuvre accomplie par Jésus à la croix. C'est l'effusion de l'Esprit, le jour historique de la Pentecôte qui est l'exhaussement de cette prière. Depuis ce jour tout pécheur qui reconnaît en Jésus le Christ, son sauveur et Seigneur, reçoit l'Esprit saint, et sait qu'il est membre du peuple que Dieu s'est acquis. Nous pouvons nous-mêmes expérimenter cette vérité du lien qui nous unis ici à notre niveau d'Eglise : nous venons continents différents, d'arrières plans culturels et social différents... et pourtant en Jésus nous sommes membres les uns des autres. Nous avons aussi eu l'occasion d'entendre parfois des personnes passant régulièrement devant notre bâtiment, dire avoir été touché de voir comment nous nous côtoyons à la sortie des cultes ou des réunions. Il y a «quelque chose » qui nous lie les uns aux autres. C'est un fait, nous sommes membres d'un même peuple en vertu de l'adoption, selon l'initiative même de Dieu. Reste encore à apprendre à vivre correctement ensemble sur le long terme me direz-vous... pour conserver ce que Dieu donne selon l'exhortation de Paul « Efforcez-vous de conserver l'unité que donne l'Esprit, dans la paix qui nous lie les uns aux autres » (Ephésiens 4.3). Dans une famille, les liens « génétiques » unissent les différents membres les uns aux autres, mais cela n'épargne pas les frictions, les incompréhensions, les erreurs, les ajustements nécessaires, les apprentissages... chacun a des efforts à faire pour manifester l'estime qu'il doit à chacun, pour travailler à la cohésion et la solidarité au sein du groupe. Cependant ce ne sont pas les efforts qui fondent les liens familiaux !... ils en résultent. Mais cette unité n'est pas une fin en soit. Son but, ou sa fonction n'est pas tant notre bien-être personnel, la jouissance de vivre comme sur un petit nuage les uns avec les autres. L'unité pour laquelle Jésus prie a pour fonction de convaincre le monde que le Fils est l'envoyé du Père, Père qui aiment les siens comme il aime Jésus. Que ceux que tu m'as donnés soient avec moi là où je serai (v.24) La prière de Jésus se termine sur une demande qui nous mène jusque dans la présence glorieuse du ressuscité. Nous connaîtrons la pleine dimension de cette présence, sur la Nouvelle Terre, mais dès aujourd'hui la communion au Christ est déjà une réalité, Christ vivant en nous par son Esprit. Conclusion : Même s'il le Saint-Esprit n'est pas nommé directement, quelle belle dimension trinitaire en trame de fond de cette prière ! Cette prière s'ouvre à nous comme un écrin contenant les joyaux les plus précieux de l'évangile de Jésus-Christ. Calvin, la décrit comme un sceau de la doctrine précédente... proposant un exemple à tous ceux qui ont charge d'enseigner, pour qu'ils ne s'emploient point seulement à semer la Parole, mais aussi que mêlant les prières, ils implorent l'aide de Dieu ; afin que sa bénédiction rende leur labeur fructueux 3 A la suite Du Maître, puissent nos prières être intelligibles (1 Co 14), ancrées dans la réalité de notre quotidien terrestre, nourries de l'enseignement des Ecritures et toute empreinte de révérence envers le Père qui est Amour, Saint et Juste, pour que nous accomplissions les bonnes œuvres que Dieu a d'avance préparées pour que nous les pratiquions (Eph 2.10). S'enracinant dans l'amour du Père Juste et Saint, cette prière fait resplendir le lien indissoluble qu'il y a entre le Père et le Fils raison du ministère du Fils et fondement de son succès, motif aussi du ministère des apôtres et secret de leur réussite comme cela demeure le fondement de notre foi et la clef d'une vie glorifiant le Père, aujourd'hui encore. Puissions-nous nous aussi dire comme John Knox que c'est sur Jésus, l'envoyé du Père, dont toute la Bible parle que nous avons mouillé notre première ancre, celle qui nous permet de tenir bon, de ne pas partir à la dérive même si notre bateau est parfois secoué et prend l'eau... afin d'accomplir à la suite de Jésus, notre vocation d'homme, ici dans le monde, en attendant son retour...
A. Ruolt 1 David Kochhafe, dit Chyträus (1530-1600) disciple de Schwarzerd (1497-1560) plus connu sous le joli nom hellénisé de Mélancthon, 2 « Le petit catéchisme de Westminster » Les Textes de Westminster, Aix-en-Provence, Kerygma, 1988, p. 65 3 CALVIN Jean, Commentaires bibliques, Evangile selon Jean, Aix-en-Provence/Fontenay-sous-Bois, Kerygma/Farel, p. 456
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