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La générosité bienveillante et responsabilisante du Seigneur 2 R 4.1ss Après la joie et la reconnaissance manifestées hier à l’occasion des 80 ans de l’Institut Biblique de Nogent et de la fin de l’année scolaire à Nogent comme à la Faculté Libre de Théologie Evangélique de Vaux-sur-Seine, je vous invite ce matin à tirer instruction d’une histoire, une histoire qui commence très mal. C’était il y a en gros 2850 ans, au temps ou vivait le prophète Elisée. Un homme meurt subitement laissant sa femme et ses 2 fils dans une dramatique situation. Cet homme avait semble-t-il eut, des responsabilités envers une confrérie de prophètes. Peut-être avait-il été l’intendant ou le directeur d’un de ces " proto-IB " tel que Samuel en avait fondé. Lisons ce texte biblique : 2 R 4.1-7 Le drame : Un homme meurt subitement en laissant des dettes J’entends déjà l’un ou l’autre murmurer : comment un homme qui révère l’Eternel peut-il avoir des dettes ?!... eh bien si, cet homme avait des dettes ! et manifestement une grande dette. La tradition juive identifie cet homme à Abdias (1R 18), cet administrateur d’Achab, qui avait sauvé la vie à 100 prophètes fidèles, en les cachant dans deux grottes et en les nourrissant d’eau et de pain. C’était à l’époque où le Roi Achab massacrait les prophètes de l’Eternel. Selon Flavius Joseph (Ant.IX.4.2), Abdias aurait emprunté de l’argent pour nourrir les prophètes. Le texte biblique est quant à lui muet sur le motif de cet emprunt. Il ne porte pas de jugement de valeur sur cet acte. Comme il ne porte pas non plus de jugement de valeur sur l’attitude du créancier qui réclame son dû !... Le travail des fils rembourserait la dette, selon la loi de l’époque. Les fils étaient l’assurance vieillesse, santé... mais aussi l’assurance-crédit !... Il y a, dans la Loi de Moïse, des Lois qui statuent sur ces questions de dettes : Ces lois montrent la légitimité du remboursement, mais soulignent souvent comment Dieu veut empêcher les plus riches de s’enrichir encore plus en exploitant la faiblesse dans laquelle se trouve, les plus démuni. Au Tchad, un agriculteur qui n’avait plus de mil pour finir l’année devait emprunter aux commerçants qui avaient pu faire des stocks. À la récolte suivante, lorsque le mil était à son court le plus bas, il devait rembourser le double, soit un taux d’intérêt de 200 % ! On comprend comment très rapidement une famille devenait entièrement dépendante d’un commerçant !... En France, plus d’1 ménage sur 2 a recours à un prêt, et sur ces 52,9% de la population française la moitié soit en gros 25 % des Français ne peuvent pas rembourser (SOFRES, fin 2001). Mais pour beaucoup de sur-endettés en France ce n’est pas une nécessité vitale qui les a plongés dans l’endettement. Beaucoup se sont laissé tenter par des achats non existentiels, vivant largement au-dessus de leurs moyens, voulant faire " comme d’autres " se laissant anesthésier par les offres multiples de pseudo crédits gratuits et des slogans comme " ;Acheter le présent avec du futur "... En fait ils achètent très cher ce qu’ils auraient pu acquérir à moindres frais en faisant quelques économies.... Parfois l’objet est hors d’usage avant même d’avoir été payé... c’est si facile de payer avec une carte de crédit... Notre société de consommation veut aveugler et pousser à toujours dépenser plus. La période des soldes peut être un piège redoutable pour certains. Cependant, des coups durs, comme le chômage, un décès ... subit peuvent aussi ébranler l’équilibre d’un sein budget familial... Ce récit peut aussi nous encourager à veiller à ne pas prendre de risques trop grands. Je sais que dans certaine tradition plus que dans d’autres, on se refuse d’évoquer sa propre mort. Sujet tabou, superstition... pourtant, à la suite de Jésus qui, à plusieurs reprises, a parlé de sa mort à ses proches et dans la perspective de ce récit, ne serait-il pas judicieux d’y penser pour peut-être régler certaines choses matérielles, afin de ne pas ajouter peines sur peines à ceux qui vont rester si nous devions subitement être rappelé par le Seigneur ?... Dieu se présente dans la Bible comme le défenseur des veuves, le père des orphelins, celui qui entend le cri de détresse des siens et particulier de ceux qui manquent de défenseur. Cela dit, les promesses de Dieu ne doivent pas nous encourager à la négligence. De savoir que Dieu prend soin des veuves, ne peut légitimer l’insouciante ni l’irresponsabilité. Ce n’est pas parce que l’on a une assurance tout-risque que l’on roule n’importe comment sur la route !... La réponse de Dieu : C’est par Elisée que Dieu répond à cette femme. C’est la veuve qui est à l’initiative de l’échange. Son propos témoigne de l’injustice dont elle se sent victime. Ce n’est pas juste, son mari était un homme pieux et droit, il craignait le Seigneur... il a pris sur lui d’aider ceux que le Roi voulait massacrer et tout retombe maintenant sur cette famille. Pourquoi le juste doit-il supporter tant de peine alors qu’à côté de cela les méchants prospèrent et veulent encore prendre ce qui reste au plus pauvre... Peut-être que dès le départ Mme Abdias avait mis en garde son généreux mari, mesurant plus que lui les risques encourus pour la famille par de telles initiatives, mais n’avait pas été entendue... Le couteau sur la gorge, elle se débat maintenant seule même abandonnée du secours que sa famille aurait pu lui offrir... Élisée ne se laisse pas prendre au piège d’un questionnement sans issue. Il ne s’apitoie pas sur le triste sort de la pauvre femme, il ne justifie pas le bien-fondé de l’action du défunt, il n’enfonce pas non plus le clou en lui disant quelque chose comme " tu récoltes ce que vous avez semé " il ne fallait pas emprunter, il ne la renvoie pas non plus en disant qu’il priera pour elle et que le Seigneur l’aidera... Non, Elisée renverse la vapeur, il prend l’initiative du questionnement et réoriente la pensée de la veuve vers ce qu’elle a plutôt que vers ce qu’elle n’a pas : " Que puis-je faire pour toi ? Dis-moi ce que tu as à la maison." La détresse avait fait perdre conscience à cette femme qu’elle pouvait avoir quelque chose à la maison. Dans la peine, il peut arriver que l’on devienne sérieusement myope. On s’enfonce alors toujours plus dans une voie mathématiquement sans issue ; car rien c’est-à-dire (0) x toutes ses forces et tout l’or du monde= 0, alors qu’un tout petit peu de quelque chose x un peu de force = quelque chose à développer... Dieu va opérer un miracle, multiplier le tout petit peu d’huile qui lui restait dans une toute petite boîte, lui permettant de payer non seulement la dette contractée par son mari, mais lui permettant encore de vivre des restes avec ses fils ! Quelle générosité ! Quel encouragement de voir que Dieu se préoccupe de nos besoins existentiels et nous répond au-delà de ce que nous lui demandons ! La réponse de la veuve Mais pour voir Dieu répondre à ses besoins, cette veuve a dû faire preuve de foi dans la Parole d’Elisée et la mettre en action ! En lisant ce texte, je me suis souvent demandée ce qu’elle a bien pu dire a ses voisines en allant frapper à leur porte pour leur emprunter des récipients vides !... Notez que Dieu lui demande d’emprunter à son tour !... Selon quel(s) critère(s) s’est-elle arrêté de rassembler ces récipients... Comment a-t-elle expliquer tout cela a ses fils pour les rendre participant à cette délivrance ?... Et il fut fait selon la foi de cette femme. Autant d’huile que de contenant... pas une goutte de plus, mais pas une de moins non plus ! Et tout cela dans le secret de sa maison. Sans rien claironner. Dieu ne limite pas ses grâces, c’est plutôt nous qui les limitons ! Mais tout n’était pas encore fini, encore fallait-il qu’elle fasse du commerce, allant vendre son huile au marché du lieu, faisant preuve d’intelligence pour gagner ce qui lui permis de rembourser en toute loyauté et honneur le créancier. Dieu donne largement, mais en nous responsabilisant, faisant de nous des partenaires coopérants avec lui. La foi qui a pour objet le Dieu de la Bible engendre une action sensée, elle n’est pas un oreiller de paresse. Dimanche dernier nous avons vu comment Dieu répond à cette prière : " donne-nous notre pain quotidien ", en fertilisant la terre par la pluie la réchauffant avec le soleil, en faisant germer le grain de blé... mais à l’homme de le semer, de le récolter, d’en faire de la farine, puis du pain... Et même lorsque le pain arrive directement, comme c’est arrivé à plus d’une reprise à Georges Muller lorsqu’il n’avait plus de quoi nourrir les orphelins qu’il avait accueillis, c’est encore par des hommes qui connaissaient ces orphelinats et leur fonctionnement, c’est par ces hommes à qui Dieu avait mis à cœur d’être généreux que le pain est venu. La foi et l’action vont de pair, or, il me semble que l’on peut trouver, parmi de sincères et authentiques chrétiens, deux tendances, l’une aussi déséquilibrée que l’autre : il y a ceux qui s’activent en oublie que tout vient de Dieu, et ceux qui ne voulant vivre que de la dépendance de Dieu ne font pas leur part de travail ! La foi qui a pour objet le Christ incarné n’est pas quelque chose de suspendu dans le vide. Elle s’incarne dans les réalités et mécanismes créationnels que par notre intelligence nous sommes appelés à dominer. Conclusion A nous qui sommes venus vers le Seigneur ce matin, la question nous est aussi posée : " Que puis-je faire pour toi ? Qu’as-tu à la maison ? " Etes-vous venu ce matin au culte le cœur tourmenté comment cette veuve vous sentez-vous pris comme dans un étau, vous disant je n’ai rien, ne suis plus rien, ne puis rien, il n’y a plus d’issues ?... Je n’arrive jamais à joindre les 2 bouts fin du mois mon conjoint faisant des dépenses inconsidérées... au travail, je n’en peux plus d’être injustement le bouc émissaire... les examens n’ont pas marché, pourtant j’ai bien travaillé, je ne sais plus quoi faire maintenant... avec mon conjoint, mes enfants ou mes parents le torchon brûle, je ne vois plus d’issues... avec les voisins riens ne va plus... " Que puis-je faire pour toi ? Qu’as-tu à la maison ? " Ne serait-ce qu’une petite bouteille d’huile, que 3 pains et 5 poissons, qu’un peu de force pour réfléchir... entre les mains du Seigneur cela sera multiplié. Ayons simplement foi en la parole, et agissons selon elle. Oh pas une foi grosse comme un diplodocus ou comme une montagne, non, de la foi juste grosse comme un petit grain de sénevé, une toute petite foi qui dit " oui " au Seigneur et qui l’invite à agir en nous afin que nous nous posions les bonnes questions celles qui mènent vers une issue... Sortir du tunnel ne se fait pas forcément instantanément, mais dans le Seigneur notre travail ne sera pas vain !... Nous pouvons aussi être venu au culte en nous interrogeant sur la meilleure manière d’aider quelqu’un qui est dans la détresse. Ce récit stimulera aussi notre réflexion, et inspirera des actions qui poussent simultanément à la confiance en Dieu et à l’action fondée sur ce qu’a cette personne. Faire prendre conscience à quelqu’un qu’il a quelque chose, c’est déjà l’empêcher de se laisser complètement happer par ce tourbillon mortel du ", ‘ je n’ai rien ", c’est lui ouvrir un chemin d’espérance qui lui permette de " se prendre en main " dignement, sans créer de graves dépendances qui ne rendent pas la liberté. En matière d’aide, le Seigneur veut aussi nous inspirer, et nous demande : " Que puis-je faire pour toi ? Qu’as-tu à la maison ? " Mais dans la Bible la " dette " symbolise souvent le contentieux qui sépare l’homme de Dieu. Le plus grand miracle jamais accompli par Dieu c’est d’avoir donné Jésus, pour que cette dette nous soit remise. Jésus a payé pour nous bien plus que la dette que réclamait le créancier à Mme Abdias. Pour être libéré ce de poids, il suffit de croire ce que Jésus dit ; qu’il est le Christ venu pour mourir pour nous à la croix et nous libérer du poids de cette dette de laquelle on ne peut se défaire soi-même... Alors il remplira les jarres que nous sommes, chacun selon sa taille, pour nous donner de vivre sur cette terre comme des témoins de sa grande bonté. Avons-nous fait cette démarche de foi ? Puisse ce matin la Parole du Seigneur fortifier et multiplier la foi qu’il veut susciter en nous, qu’il exerce notre pensée à reconnaître ce que nous avons, pour que ce qu’Il nous a donné fructifie, en le faisant " travailler " selon les règles de sagesse que préconise sa Parole. A. Ruolt
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