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Qu'est-ce que le Seigneur attend de moi ? ( Michée 6.8 ) Les vacances sont souvent l'occasion de faire le point et de prendre de bonnes résolutions, en particulier pour ce qui touche à notre piété : culte personnel, fréquentation des réunions d'Eglise, ... pour une vie plus consacrée, plus fructueuse et pourquoi pas plus sage ! Pour nourrir notre réflexion, et bien orienter nos bonnes résolutions, écoutons ce que Dieu nous dit, par l'intermédiaire du prophète Michée. Ce texte ce présente sous la forme d'un procès fictif que Dieu intente contre son peuple à la morale et à la piété les plus relâchées... Michée 6.6 :8 & Mt 23.23 & Dt10.12ss Introduction
Peut-être que Mi 6.8 a rappelé à l'un ou l'autre
ce chœur que l'on trouve dans le recueil de cantiques
JEM I. Pour les juifs qui ont entendu ces paroles bien avant
nous, ce n'est le souvenir de ce cantique qui venait à
leur esprit ! Pour eux, cette parole leur rappelait un épisode
mémorable de leur histoire, au moment où Dieu réécrivit
le Décalogue sur les tables de pierre, après le terrible
épisode du veau d'or Michée qui s'adresse au peuple de Juda en pleine décadence morale et religieuse, fait aussi précéder cette parole du souvenir des actes de miséricordes par lesquels le Seigneur a libéré son peuple. Mais le peuple accusé plaide sa cause en accusant à son tour, parlant avec arrogance, reprochant en quelque sorte à Dieu d'être un éternel insatisfait ; faut-il encore plus de sacrifices pour apaiser ta colère ? Mais dans sa réponse, le Seigneur montre qu'il n'attend pas des siens un culte purement formel, comme le pratiquent les païens, qui vont jusqu'à offrir leurs enfants en sacrifice. La piété, les sacrifices ne sont pas une monnaie d'échange pour obtenir de Dieu ce que veut l'homme ! L'expression de la piété selon le Dieu de la Bible doit être celle d'un cœur changé, et non l'accomplissement mécanique d'un rite stérile, fusse-t-il coûteux !... Le programme que Dieu nous propose ce matin, il tient en 3 adjectifs : justice, bonté et foi, sans négliger le reste ! C'est comme un condensé du décalogue, soulignant comment l'expression de la droiture et de la grâce est intimement liée à la relation que cultive le croyant avec son Dieu. 1° Que tu te conduises avec droiture (mispat),, aimes la justice (respectant le droit social) Aimer la justice, se conduire avec droiture n'était pas la marque la plus caractéristique de la plupart des contemporains de Michée. Tromperie sur la marchandise, faux témoignages, suivis parfois de violence étaient là choses courantes. Par exemple, pour gagner plus d'argent, ceux-ci n'hésitaient pas à tromper le client en truquant leurs balances (6.11)... Ce n'était pas sur la qualité du produit et/ou des services qu'ils gagnaient honnêtement leur vie, mais il cherchaient à s'enrichir toujours plus en fraudant. Ce n'était pas l'honneur du négociant ni la relation de confiance avec le client qui primait mais le profit maximum au moindre coût, la fin justifiant n'importe quels moyens, ignorant qu'en agissant ainsi ils lésaient un être humain. « Non, il ne reste plus dans le pays d'homme fidèle à l'Eternel, plus personne n'est droit. Tous guettent l'occasion de répandre le sang et chacun traque son prochain en lui tendant un piège » s'exclame Dieu plus loin (7.2). Pour obtenir ce que l'on désir à tout prix, il n'y a ensuite qu'un pas vers le faux témoignage, voir le faux témoignage associé à la violence comme ce fut le cas plus tôt dans l'histoire d'Israel, lorsqu'Achab fit mettre à mort Naboth pour lui voler sa vigne (1 R 21.8). Pour assouvir son avidité de profits malhonnêtes, le pas vers les faux dieux et les superstitions de toutes sortes font aussi partie de cette escalade vers ces pratiques indignent de qui se réclament du peuple de Dieu. Quelques petites recherches m'ont permis de découvrir que la France n'est pas exempte de ce type de pratiques commerciales malveillantes... déjà en 1481, un édit de Louis XI, prescrivait les sanctions suivantes : Les sanctions montrent qu'à l'époque de tels actes étaient considérés, comme « anormaux ». Les choses sont bien plus sournoises lorsque la fraude devient le mode de fonctionnement « normal » dans un pays !... Mais il faut le dire : les pratiques corrompues de ce monde ne sont pas normatives ! Ce n'est pas parce que tout le monde fraude, que la fraude devient légale ! C'est sur les principes de justice et d'équité tel que Dieu les détermine qu'il nous faut décider ce qui est juste. Parmi les bonnes questions à nous poser il y a par exemple celles-ci : « est-ce que ce que je fais, valorise la relation de confiance à autrui ? Est-ce qu'en agissant de la sorte, je témoigne du respect pour les biens comme pour le travail de mon prochain ? Dois-je me cacher pour faire cela ou pour éviter de me faire prendre ? » Prendre le métro sans titre de transport, mais aussi utiliser mon temps de travail et le téléphone de l'entreprise pour de longues et non existentielles communications privées, négliger de payer les factures... On pourrait citer là l'exemple de cette couturière qui en était arrivé à rechigner de travailler pour les chrétiens : « trop souvent ils ne me payent pas » disait-elle, « comme je suis chrétienne, ils se disent que je ne vais pas porter plainte et en profite... mais moi, avec quoi je vais nourrir mes enfants, leur payer l'école ?... » ...tout cela n'est pas correct comme j'aime à dire, c'est-à-dire n'est pas d'équerre avec la définition de la pratique de la droiture selon Dieu. Dans certaines traditions, tant que n'est pas mise à la lumière l'injustice, le mensonge, le vol ou ... on pense que le péché n'est pas. Pour vivre en paix, le fraudeur déploie alors un trésor d'imagination pour ne pas se faire prendre la main dans le sac. Mais ce n'est pas ainsi que l'on cultive une bonne conscience et la paix véritable... Notez que pour Dieu, le mal est dénoncé et appelé péché dès qu'il est commis, que le coupable soit ou non confondu par les hommes ! Ces actions sont intrinsèquement opposées à la volonté juste et bonne de Dieu. Les commettre c'est accumuler en soi autant de dettes envers Dieu et les hommes que nous déshonorons simultanément. Venir au culte, lire tous les jours sa Bible, jeûner & prier, distribuer de la littérature chrétienne, donner largement aux œuvres chrétiennes... tout cela n'annule pas ces dettes. Seule la reconnaissance que ce que l'on a fait est un péché, la confession de cette faute avec l'engagement de travailler à ne plus recommencer suivi de l'acceptation par la foi que le sacrifice de Jésus nous purifie véritablement de tout péché, seule cette démarche libère et donne la paix. Les conséquences humaines du péché ne disparaîtront pas forcément comme par enchantement, mais l'œuvre corrosive et mortifiante de la culpabilité sera réduite à l'impuissante. Notons aussi que ce texte ne nous incite pas à dénoncer toutes les injustices qui existent au monde, en nous disant que rien ne va plus aujourd'hui comme hier... Ce n'est pas non plus de changer les autres dont il est question, mais de ma façon de vivre, de ma façon de témoigner par mes actes, que je suis digne de confiance... Dieu nous ordonne ici de travailler volontairement, chacun pour notre part, à nous conduire avec droiture, non pas d'être juste à l'excès, mais juste selon le Seigneur. Et nous savons que, lorsqu'il ordonne, il met aussi à notre disposition les moyens d'accomplir ce qu'il nous demande... 2° Que tu aimes la miséricorde, que tu prennes plaisir à témoigner de la bonté, de la bienveillance (hesed), Mais à la droiture est associée la bonté, la grâce, ou la miséricorde, une autre des caractéristiques du caractère de Dieu (1 Jn 4.11). L'équité et la grâce vont de pair. Être sensible aux peines d'autrui et lui manifester de la bonté, c'est là aussi une manifestation que Dieu attend de ceux qui se réclament de son peuple. Au temps de Michée les Judéens profitaient plutôt du malheur des pauvres pour les dépouiller davantage. Le diagnostic de Dieu état sévère : « Vous détestez le bien et vous aimez le mal » (3.2). Être « ému » devant qui est victime d'injustice, cela se comprend assez généralement aujourd'hui, mais pour qui se trouve dans le malheur à cause de son péché ou de son entêtement à faire fi des conseils sages qu'on lui donne... c'est souvent plus difficile... Dans ce cas-là souvent on entend des remarques comme : « C'est bien fait pour lui, ca l'apprendra, il/elle n'avait qu'à écouter... » et l'on rejète ainsi celui qui se trouve enfermé dans une situation douloureuse dans le labyrinthe d'une culpabilité sans issue. En écoutant il y a quelque temps, le témoignage d'un étudiant à l'Institut Biblique Emmaüs, j'ai été plus particulièrement interpellée par une parole qu'il avait dite, parole ressemblait plutôt à un cri du cœur. Fils unique de bonne famille, il avait très mal tourné, et était devenu très lourdement dépendant des drogues dites « dures ». Un jour son père en a eu assez et la mis à la porte. Dès ce jour-là, son fils est devenu SDF, se piquant 15 à 20x/jours « vivant » pendant 4 ans, dans un quartier de Zurich connu comme le repère par excellence des toxicomanes. NE METTEZ JAMAIS VOTRE ENFANT A LA PORTE disait cet étudiant... c'est le jeter dans la gueule des lions qui n'attendent qu'à fondre sur lui... NE METEZ JAMAIS VOTRE ENFANT A LA PORTE , AIDEZ-LE... ... RESTEZ TOUJOURS PRETS A L'AIDER... LAISSEZ-LUI LA PORTE OUVERTE, POUR QU'IL PUISSE TROUVER AU MOINS UN POINT D'APPUI SOLIDE QUELQUE PART, LAISSEZ LUI UNE CHANCE DE SORTIR DE L'ENFER NE COUPEZ JAMAIS LES PONTS Belle illustration de ce que Dieu a fait pour nous en Jésus, alors que nous étions ses ennemis, que nous le décevions, il ne nous a pas rejetés, il n'a pas coupé les ponts mais a jeté un pont vers nous... ce pont, ou ce chemin, c'est Jésus. Jésus est venu vers nous pour nous sauver, en payant de sa personne, non pas parce que cela allait lui rapporter quelques avantages, - il avait tout auprès du Père...- ni pour nous récompenser de nos actes justes comme nous avons lu tout à l'heure : Non. Il nous a sauvé parce qu'il a eu pitié de nous... (Tite 3.5)... par pure grâce. Cependant, qui dit miséricorde ne dit pas complaisance avec le mal. Et si, à l'image de Dieu il faut parfois sanctionner qui raidit le cou et refuse de reconnaître sa faute, c'est toujours dans la douleur que l'on agit de la sorte. Dieu ne veut pas la mort du pécheur, il veut qu'il se convertisse et qu'il vive (Ez 18.32) et qu'il vive cette vive d'abondance à laquelle le Bon Berger l'appelle (Jn 10) ! Et puis... le pardon offert par le Seigneur doit encore être reçu par la foi, de façon responsable par chacun de nous. La grâce de Dieu n'est pas tout à fait comme la grâce présidentielle institutionnalisée à l'occasion d'une élection ou pour le 14 juillet, grâce qui prend effet automatiquement sur décret... Nul ne peut contraindre son prochain d'accepter le témoignage de bienveillance qu'on lui tend, cependant à nous de cultiver cette disposition à la bienveillance, même si le succès n'est pas garanti... Car, notez une nouvelle fois qu'il ne s'agit pas d'évaluer si l'on me témoigne assez de bonté, si on me fait grâce comme je le souhaite... il s'agit en revanche de savoir si moi, je prends plaisir à témoigner de la bonté... Prendre plaisir à témoigner de la bonté, c'est être disposé à faire grâce, c'est résolument faire un choix optimiste, c'est manifester que l'on croit qu'un changement peut encore s'opérer, parce que notre espérance est vivante ! « Investir dans la grâce », c'est aussi tout simplement briser le cercle vicieux de l'indifférence en offrant gratuitement à l'autre une preuve tangible de l'estime et du respect qu'on a pour lui. 3° Que tu t'appliques à vivre pour ton Dieu La troisième partie de notre verset fait figure de pierre angulaire ou de clef de voûte, maintenant les deux premières pierres solidement à leur place. Que tu t'appliques à vivre pour/avec ton Dieu de façon réfléchie, vigilante, prudente, humble (Snc mot rare)
Qui place sa personne, ses intérêts, sa propre justice au cœur de son existence risque tôt au tard de manquer d'équité, d'abuser des autres en les chosifiant. Qui met au premier plan l'accroissement de sa puissance, ne se souciera ni de soulager les peines des autres ni d'encourager leurs progrès ... mais il cherchera plutôt à « éliminer » ceux qu'ils voient comme de redoutables concurrents... Mais pour qui l'expression de la bonté ou de la justice est une fin en soi, risque aussi d'échouer sur certains écueils. Il en est tout autrement de l'homme qui connaît le Seigneur,de celui qui a fait l'expérience de sa grâce et qui cherche à vivre pour son Dieu... Là est bien le cœur de la foi chrétienne. La bienveillance de Dieu s'est manifestée pour « remettre les pendules à l'heure », Jésus est notre justice qui dépasse celle des scribes et des pharisiens... Son œuvre à la croix nous replace dans une juste perspective relationnelle avec le Créateur mais aussi avec ceux qu'il a créés en son image. Et qui dit cultiver des relations, dit inévitablement nécessité de veiller à agir avec sagesse, vigilance, humilité, conditions nécessaires pour agir avec bienveillance et droiture !... C'est dans cette communion toujours renouvelée et approfondie au Dieu parfaitement juste et amour que nous puiserons le secret d'une vie qui conjugue de façon juste ; droiture et grâce. Conclusion : Alors quelles bonnes résolutions prendre cet été ? Vivons-nous pour faire valoir les intérêts de notre Seigneur, et cela au quotidien ou dissocions-nous nos actes de piété de la vie de tous les jours ? Être Chrétien, c'est l'être 24h sur 24, en vacances comme au travail, à la maison comme à l'Eglise ! Être plus assidu à la lecture personnelle ou en famille de la Bible, être plus généreux, plus engagé dans l'évangélisation, obéir au Seigneur en témoignant de ce qu'il a fait en nous en demandant le baptême... oui, Dieu n'est pas contre ces choses, pour peu qu'elles soient l'expression d'une vie toute entièrement consacrée au Seigneur, et non un pis-aller, pour s'approprier les faveurs de Dieu sans avoir à courber l'échine devant lui, et reconnaître qu'Il est Seigneur ! Prenons le temps de reconsidérer notre conduite quotidienne pour voir comment travailler à plus de marques de droiture et d'équité, prenons aussi le temps d'examiner notre « portefeuille » pour voir s'il ne faudrait pas réaffecter certains de nos placements pour « investir » plus résolument dans la bienveillance. Exerçons-nous donc à pratiquer la justice, la bonté et la fidélité, sans négliger le reste ! Cela à la suite de Jésus-homme qui s'est conduit avec une parfaite rectitude et qui a pris plaisir à témoigner de la bonté tout en s'acquittant des devoirs d'un Juif fidèle de ce temps-là. Mais de grâce, soyons justes, ne remettons pas à demain ce que nous pouvons faire aujourd'hui... commençons cet exercice dès maintenant ! Ce sera là le sacrifice de bonne odeur qui réjouira le cœur de notre Seigneur !
A.Ruolt |